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Du durcissement de l'asile à la hausse des crimes

Elmar Lederberger regrette que les villes soient exclues du débat sur l'asile.

(Keystone)

Pour le maire de la plus grande ville du pays, Zurich, le durcissement de la loi sur l’asile voulu par la Confédération risque de mener à une augmentation de la criminalité urbaine.

Elmar Ledergerber dénonce la mise à l’écart des responsables municipaux dans le débat sur des mesures visant à mettre fin à l’immigration illégale. Interview.

Le parlement fédéral planche en ce moment sur une série de mesures visant à limiter l’immigration et les procédures d’asile.

La semaine dernière, la Ville de Zurich – auteur en 2003 d’un projet pilote de travaux d’utilité publique pour des demandeurs d’asile – a organisé une conférence sur la question à Olten.

Des représentants d’une centaine de communes et d’organisations sociales ont invité les autorités fédérales à mieux tenir compte de leur point de vue.

Cette conférence s’est tenue moins de six mois après l’entrée en vigueur de nouvelles mesures supprimant l’aide sociale aux requérants d’asile déboutés.

La semaine dernière, l’Office fédéral des réfugiés relevait que le nombre de demandeurs d’asile n’avait jamais été aussi bas depuis les années 90. Et que la plupart des 1500 requérants d’asile déboutés entre le 1er avril et le 31 juillet avaient passé dans la clandestinité.

Pour le maire de Zurich, Elmar Ledergerber, il est inévitable que ces derniers choisissent de se cacher et cette situation est très problématique pour toutes les villes de Suisse. Interview.

swissinfo: Les communes suisses se disent «exclues» du dossier de l’asile qui est du ressort de la Confédération et des cantons. Est-ce vraiment le cas?

Elmar Ledergerber: Oui, c’est vraiment le cas. Les villes et les communes suisses n’existent tout simplement pas lorsque les dossiers sont traités au niveau fédéral.

Elles sont forcées d’accepter les décisions prises par le gouvernement et le parlement à Berne, alors même qu’elles ne participent pas au processus de développement des stratégies comme des solutions.

swissinfo: Sous quelle forme voyez-vous une participation des villes et des communes au débat?

E. L.: Des représentants des villes et des communes devraient être intégrés dans des groupes de consultation ou des ateliers où ils pourraient partager leurs expériences et proposer leurs solutions.

Il n’est pas nécessaire que chaque commune soit représentée à Berne, mais je pense qu’une délégation devrait être invitée à participer aux discussions portant sur des sujets aussi important que celui de l’asile.

swissinfo: Quels seront les principaux effets d’un durcissement de la loi sur les étrangers?

E. L.: Et bien nous craignons – et nous avons une certaine expérience dans le domaine – qu’un durcissement de la loi n’incite bon nombre de personnes à se cacher pour pouvoir rester en Suisse.

Elles iront grossir les rangs des sans-papiers et continueront donc de vivre dans nos villes. Certaines pourraient être amenées à commettre des délits pour survivre. Au bout du compte, il nous incombera de régler ce problème et de payer les pots cassés.

swissinfo: Zurich a lancé l’année dernière un programme pilote permettant aux requérants d’asile d’effectuer contre rémunération des travaux d’utilité publique. Certains craignent que la ville cherche à s’«offrir» une main d’œuvre bon marché...

E. L.: ...c’est complètement faux. Ce que nous voulions, c’est simplement occuper des centaines de personnes qui n’avaient rien d’autre à faire que de déambuler dans les rues de la ville et autour de la gare.

Nous espérions qu’en travaillant, ces personnes seraient perçues différemment par la population. La participation à ce programme a d’ailleurs fait d’elles des membres de la communauté à part entière.

C’est un moyen d’intégration et une façon de traiter les demandeurs d’asile comme des êtres humains en leur donnant la possibilité de donner quelque chose en contrepartie de l’hospitalité et de l’argent que nous leur offrons.

swissinfo: Ce projet pilote prend fin à la fin de l’année. Que va-t-il se passer ensuite?

E. L.: Nous sommes en train d’évaluer les avantages et les inconvénients de ce projet. Nous allons le faire en détail, si possible en octobre, afin de décider si nous continuerons ou non.

Je pense qu’à terme, le Canton de Zurich et la Confédération devraient nous aider, au moins financièrement.

swissinfo: Cette année, les autorités fédérales ont décidé de ne plus accorder d’aide sociale aux requérants d’asile déboutés. Quel impact cette décision a-t-elle eu à Zurich?

E. L.: Il s’est produit exactement ce que nous craignions. Contrairement à ce que Berne souhaitait, beaucoup de ces gens n’ont pas quitté la Suisse, mais simplement disparu dans la nature. Ils restent dans nos villes.

S’ils ont vraiment faim ou ont des difficultés, il incombera à nos services sociaux de leur venir en aide. Nous devons respecter les Droits de l’homme.

En résumé, les décisions prises au niveau national ont causé des problèmes dans les villes, ce qui nous mécontente beaucoup. Les autorités fédérales se sont tragiquement trompées en pensant qu’on peut se débarrasser de ces gens simplement avec de nouvelles restrictions.

La vérité, c’est que les demandeurs d’asile sont parmi nous. Nous devons en tenir compte et trouver des solutions pragmatiques.

Interview swissinfo, Katalin Fekete Zurich
(Traduction: Mathias Froidevaux)

Faits

Né en 1944, Elmar Lederberger est docteur en économie et membre du Parti radical suisse (PRD, droite économique).
Il a travaillé plusieurs années dans le domaine du développement.
De 1998 à 2002, il est chef du Département des constructions de la Ville de Zurich.
Il est maire de Zurich depuis 2002.

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En bref

- Il y avait 62’505 requérants d’asile en Suisse à la fin juin 2004 – soit le niveau le plus bas depuis 1990.

- La Chambre basse du parlement a accepté en juin la nouvelle Loi sur les étrangers, qui doit encore être examinée par la Chambre haute.

- Lors d'une Conférence sur l’asile, la semaine dernière à Olten, les représentants de 100 communes et d’organisations sociales ont exigé d'être consultées.

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