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Jouets chinois, la Suisse se veut plus vigilante

Aux entreprises occidentales d’intégrer le coût des contrôles de qualité dans leurs calculs de base...

(Reuters)

Les retentissants retraits massifs de jouets fabriqués en Chine - un 3ème est intervenu mardi - ont provoqué une prise de conscience planétaire.

Craignant pour la sécurité des consommateurs, la Suisse va à son tour multiplier les contrôles visant les articles en provenance d’Asie et souhaite mesurer l’ampleur du problème.

Il y a quelques semaines, Mattel, le numéro un mondial de l’industrie du jouet, retirait 19 millions de jouets des rayons des grandes surfaces, aux quatre coins de la planète. L’un des produits de la gamme du fabricant américain présentait d’importants risques de toxicité dans la composition d’un vernis recouvrant le jouet et qui pouvait être absorbé par des enfants en bas âge.

Près de 100'000 unités avaient été livrées en Suisse. Les distributeurs, la chaîne «Toys’R’Us » et la Migros les ont tous retirés de leurs rayons.

Et ce mardi, Mattel a annoncé le rappel de onze autres modèles de ses jouets de fabrication chinoise. Huit jouets sont concernés en Suisse. Parmi eux figurent sept assortiments d'animaux et de meubles de la marque Barbie ainsi qu'un jouet de la marque Geotrax. Au total, 4254 jouets, dont la teneur en plomb est «inacceptable», sont rappelés en Suisse, a indiqué Mattel dans un communiqué diffusé tôt mercredi.

Berne a récemment adressé un courrier aux fabricants et importateurs suisses afin de leur rappeler leurs responsabilités en matière de garantie de qualité et de sécurité pour leurs produits fabriqués en Chine.

Pas que les jouets



Les inquiétudes soulevées par ces défauts sur plusieurs articles destinés aux petits s’étendent désormais à d’autres produits, les textiles par exemple. Ainsi, le Gouvernement de Nouvelle-Zélande s’est-il récemment penché sur une série de plaintes émanant de consommateurs. Selon ces derniers, divers produits distribués dans ce pays, contiendraient des substances hautement toxiques et cancérigènes, dont le formaldéhyde.

Ce nouveau signal d’alarme a aussi éveillé la méfiance des autorités helvétiques. Pourtant, Michael Beer, chef de la Division Sécurité alimentaire auprès de l’Office fédéral de la santé, souligne qu’il est «impossible de définir la quantité exacte d’articles concernés par ce problème et vendus en Suisse».

«Nous sommes confrontés à un défi de taille puisque nous devons nous assurer que tous les biens, peu importe leur origine, fournissent les garanties de sécurité de qualité requises», explique-t-il.

«Or, nous ignorons si certains de ces articles défectueux sont déjà présents dans le circuit de la distribution. Et c’est précisément ce que nous tentons de savoir. Dans l’affirmative, nous devrons faire en sorte qu’ils soient définitivement retirés de la vente en Suisse», explique Michael Beer.

Pour y parvenir, l’Office fédéral de la santé, de concert avec le Service des Douanes, a lancé un programme destiné à établir un échantillonnage détaillé des jouets importés de Chine mais, aussi de l’Asie du Sud-Est.

A qui la responsabilité?



Michael Beer tient cependant à souligner que, bien que la nécessité d’amplifier les contrôles de qualité soit indéniable, une telle charge n’est, en principe, pas du ressort des autorités.

«C’est le devoir des importateurs et des distributeurs de prendre les mesures qui s’imposent afin que leurs produits répondent aux critères de sécurité requis», précise encore le chef de la Divion de la Sécurité alimentaire.

De fait, l’Office fédéral de la Santé a rappelé, dans une lettre adressée il y a peu à ces entreprises, l’existence de ces principes et les responsabilités qui leur incombent. Notamment celle de s’assurer que leurs produits répondent aux normes établies par l’UE.

Quant au formaldéhyde, les autorités helvétiques procèdent actuellement à des vérifications avant, de lancer, le cas échéant, la traque des articles susceptibles de contenir cet agent toxique.

Réaction chinoise



Soucieuse de son image, la Chine a aussitôt réagi. Les milieux du commerce soulignent que la Chine n’est pas le seul pays concerné par de telles déficiences.

Les autorités de Pékin ont entamé une série d’investigations suite à la décision du géant américain Mattel de retirer ses produits du marché. But de l’opération: comprendre ce qui a conduit à cette débâcle.

Le Gouvernement chinois tient cependant aussi à rappeler qu’une infime partie seulement de la production annuelle du pays a été frappée par ce problème.

En Suisse, les spécialistes des échanges commerciaux avec la Chine soulignent combien il est important de tenir compte des deux sons de cloche dans ce litige sur la qualité des exportations.

«Les entreprises occidentales qui font fabriquer leurs produits en Chine sont elles seules responsables de la sécurité des articles qu’elles commercialisent», assène Kurt Haerri, président de la Chambre de commerce Suisse-Chine.

Pression occidentale



«Les fabricants chinois, sont confrontés à une pression énorme sur les prix imposée par les marchés occidentaux. Lorsque l’un d’entre eux, qui tente de faire baisser ses coûts, franchi la limite du tolérable, on se retrouve dans la situation catastrophique que l’on sait», commente Kurt Haerri, riche de son expérience de sept ans de travail dans l’Empire du Milieu et qui occupe aujourd’hui la vice-présidence du groupe Schindler.

Qui rappelle que «de nombreuses entreprises chinoises fabriquent aussi des produits de pointe pour le compte de multinationales telles que Sony, HP ou, précisément les ascenseurs pour Schindler».

«La grande différence réside dans le fait que ces entreprises là n’hésitent pas à assumer les coûts que génèrent les contrôles de qualité indispensables pour garantir un produit fiable. Les fabricants de jouets feraient bien d’en faire autant», ajoute le président de la Chambre de commerce Suisse-Chine.

«De toute évidence, la Chine a sa part de responsabilité dans cette affaire et elle en tirera les conséquences. Mais on ne pourrait affirmer que les autorités pourront absolument garantir la qualité de leurs exportations. C’est aux entreprises occidentales, celles-là même qui commandent et acquièrent ces biens de consommation, d’intégrer le coût des contrôles de qualité et d’assurances dans leurs calculs de base», souligne encore Kurt Haerri.

swissinfo, Isobel Leybold-Johnson
(Traduction et adaptation de l’anglais: Nicole della Pietra)

Jouets rappelés

Le 2 août dernier, le fabricant de jouets Fischer-Price, propriété de l’entreprise Mattel, rappelait 1,5 millions de jouets fabriqués en Chine. Une forte présence de plomb dans le vernis recouvrant ces produits avait conduit à cette décision. Fischer-Price craignait que le produit toxique ne soit absorbé par des enfants en bas âge.

Deux semaines plus tard, suite à la découverte d’un nouveau problème lié à la présence de ce métal lourd dans la composition de plusieurs de ses articles, Mattel retirait 19 millions de jouets des rayons des grandes surfaces, aux quatre coins de la planète.

Le 4 septembre, Mattel a annoncé le rappel de onze autres modèles de ses jouets de fabrication chinoise. Huit jouets sont concernés en Suisse.

La présence de plomb dans les jouets peut avoir de graves conséquences sur la santé des enfants en bas âge et entraîner notamment des lésions du cerveau.

En Suisse, 94'000 jouets, principalement des poupées et des accessoires des gammes Polly Pocket et Doggy DayCare, ont été retirés de la vente par les distributeurs.

En 2006, le chiffre d’affaire global de l’industrie chinoise se montait à quelque 17,8 milliards de dollars, soit environ 21,7 milliards de francs suisses.

En Europe, le 80% des jouets vendus proviennent de Chine.

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Accord dans le textile

Swiss Textile, la Fédération textile suisse a signé plusieurs accords de collaboration avec deux de ses homologues chinoises en vue d'améliorer la protection de la propriété intellectuelle et la qualité des produits.

Fruits de longues négociations, les accords sont intervenus après d'importants progrès lors des réunions à Pékin et Dalian, a précisé lundi Swiss Textiles.

Les organisations signataires de l'Empire du Milieu sont CNTAC (China National Textile and Apparel Council) et la CCCT (China Chamber of Commerce for Import and Export of Textiles). Les deux associations représentent quelque 14’000 entreprises membres.

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Liens

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