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Le destin de Wael La Suisse, étape vers un avenir professionnel en Tunisie

Le taux de chômage parmi les diplômés de l'enseignement supérieur dépasse officiellement les 30% en Tunisie.

(Reuters)

Wael profite de l’échange de jeunes professionnels établi entre Berne et Tunis pour faire un stage en Suisse. Une adaptation tout sauf facile. Mais cette expérience pourrait l’aider à trouver un travail dans une économie tunisienne en crise.

Wael n’a pas le bon diplôme universitaire: la licence en anglais ne mène pas loin en Tunisie. Ses frères et sœurs sont en revanche diplômés de médecine ou d’ingénierie, des formations considérées comme prometteuses. Le système universitaire tunisien ne permet plus à Wael de faire un master ou un doctorat, puisqu’il a redoublé une année. Et de toute façon, il n’y a pas de travail pour les diplômés de l’enseignement supérieur. Le taux de chômage dans cette catégorie dépasse officiellement les 30%.

«Je devenais paresseux en Tunisie», affirme Wael, 26 ans et titulaire d'une licence universitaire en anglais.  

(swissinfo.ch)

«Je devenais paresseux en Tunisie», résume Wael. Comme tous ses amis précise-t-il, mais «je suis plus courageux qu’eux». Son courage l’a conduit en Suisse pour faire un stage professionnel. Quand son père, retraité de l’office de l’emploi tunisien (ANETI, Agence Nationale de l’Emploi et du Travail Indépendant), lui a montré l’annonce pour participer au programme helvético-tunisien d’échanges de jeunes professionnels, Wael n’a pas hésité. Cela aurait pu être n’importe quel autre pays, concède-t-il volontiers en riant. L’occasion a fait le larron.

A 26 ans, Wael n’a jamais quitté la Tunisie. Sa seule connaissance de la Suisse se résume à un seul mot: «cher». Il est arrivé en Suisse avec deux immenses pots de «bsissa». Sa famille, inquiète que le «petit» se nourrisse suffisamment, lui a préparé une réserve de ce plat traditionnel tunisien, une pâte très nourrissante.

Pendant un an, Wael touchera 2100 francs par mois, dont il faut déduire 300 francs pour les frais d’assurance et 300 francs pour le logement loué à titre préférentiel par l’entreprise qui l’a engagé. A lui de gérer le reste. Wael a aussi constaté la cherté des transports publics. Rencontré au deuxième jour de son arrivée en Suisse, il avouait, toujours en riant: «Je vais attendre un peu avant de visiter le pays et aller au restaurant».

«Marre de faire du babysitting»

Une entreprise de consultants en informatique (nom connu de la rédaction) a engagé Wael. Elle avait l’habitude jusque-là d’embaucher des stagiaires suisses pour leur faire découvrir les bases du métier d’employé de commerce. «Mais depuis 3 ans, j’en avais marre de faire du babysitting», résume la responsable des ressources humaines. Des jeunes Suisses démotivés, sans aucun esprit d’initiative, se sont succédé dans ses bureaux.

«Dans mon quartier de Tunis, je sais qu’il y a plusieurs jeunes qui sont partis en Syrie ou en Libye. Ils le font uniquement pour l’argent. Je préfère la Suisse»

Fin de la citation

Aujourd’hui, elle s’enthousiasme de la motivation de sa recrue tunisienne. Une rencontre due au hasard lui a permis de découvrir ce programme d’échanges. Elle a déposé une annonce sur le site de l’emploi tunisien. Celle qu’a vu le père de Wael.

Le stage proposé permet à Wael de parfaire son anglais, de pratiquer aussi le français, qu’il veut perfectionner malgré son excellente connaissance de la langue. Et surtout, il lui offre une expérience professionnelle rare, dans «un cadre rigoureux, réputé», une entreprise suisse. Une chance unique de sortir de l’ornière dans laquelle il se trouvait en Tunisie, sans le moindre avenir professionnel.  Il précise dans un éclat de rire: «Dans mon quartier de Tunis, je sais qu’il y a plusieurs jeunes qui sont partis en Syrie ou en Libye. Ils le font uniquement pour l’argent. Je préfère la Suisse».

Le Golfe comme porte de sortie

En cas de retour au pays, les apprentis djihadistes finissent en prison. Wael espère quant à lui que son certificat de stage lui ouvrira grand les portes de l’emploi. Trouver un premier contrat aujourd’hui en Tunisie relève de la gageureLien externe. A la sortie de l’université, les étudiants de l’Institut supérieur des langues de Tunis patientent jusqu’à 4 ans pour trouver un travail. En moyenne, il faut 2 ans et demi pour trouver un emploi à la sortie des études supérieures. Ces chiffres émanent du rapport national sur l’emploi 2016. Autant chercher dans le domaine commercial, plus demandeur. 

A son retour, Wael s’orientera donc vers ce secteur, avec l’espoir que son année d’expérience professionnelle en Suisse lui permettra de décrocher un emploi en Tunisie. Sinon, il partira tenter sa chance dans les pays du Golfe. «Des jeunes Tunisiens avec un master travaillent comme simples vendeurs dans des boutiques là-bas», souligne Wael. Il essayera de faire comme eux dans le pire des cas. Sans master, mais avec son expérience suisse sous le bras. 

Une carotte au gouvernement tunisien?

En juin 2012, la Suisse et la Tunisie ont signé un accord bilatéral pour un partenariat migratoireLien externe. Dans le même élan, avec l'idée que les échanges entre la Suisse et la Tunisie enrichissent la formation professionnelle, les deux pays ont signé un accord relatif à l'échange de jeunes professionnelsLien externe.

Certaines voies critiques y ont vu une carotte offerte au gouvernement tunisien pour qu’il accepte plus facilement le renvoi de ses ressortissants migrants non admis.

Quoi qu’il en soit, ce dernier texte est entré en vigueur en août 2014. Les jeunes professionnels tunisiens, âgés de 18 à 35 ans, peuvent rester en Suisse une année avec un éventuel prolongement de leur contrat de 6 mois, et doivent quitter le pays au terme de l’échange.

A l’heure actuelle, 15 jeunes Tunisiens ont profité de ces contrats avec des organisations ou des entreprises en Suisse. Des chiffres qui sont en-deçà des ambitions de départ, puisque l’accord relatif à ces échanges limite l'admission aux stages à un maximum de 150 jeunes professionnels par année. L’accord prévoit des échanges dans les deux sens, mais aucun Suisse n’a pour l’heure voulu en profiter pour effectuer un stage en Tunisie. 

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