L’ONU est-elle bientôt caduque?

En 100 ans, l’OIT a-t-elle fait avancer les droits des travailleurs?

Le Secrétariat de l'OIT à Genève. L'organisation compte 187 Etats membres. Keystone

Basée à Genève, l’Organisation internationale du travail fête un siècle d’existence. A bien des égards, cette agence des Nations unies est unique dans le monde globalisé d’aujourd’hui.

Ce contenu a été publié le 22 janvier 2019 - 15:33

Dès 1919, la structure tripartite de l’OIT, encore présente aujourd’hui, réunit les gouvernements, les syndicats et les employeurs autour d’objectifs ambitieux: élaborer un cadre de droits des travailleurs afin de les protéger contre l’exploitation et l’esclavage et garantir la liberté de créer des syndicats. 

Idéaliste

Née sur les décombres de la Première Guerre mondiale, l’OIT est établie par le Traité de Versailles, comme agence de la Société des Nations, ancêtre de l’ONU. C’est une époque où les travailleurs sont exploités et les luttes sociales intenses, voire révolutionnaires. Une phrase de sa constitution résume son crédo toujours actuel: «Une paix durable et universelle ne peut s’établir que sur la justice sociale».

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100 ans plus tard, dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont complexes, les emplois précaires, où la déréglementation du marché du travail ne cesse de progresser et où des millions d’êtres humains sont astreints au travail forcé dans des usines, des fermes ou sur des bateaux de pêche, une telle structure a-t-elle encore un sens?

Pour Sandrine Kott, professeure d’histoire contemporaine de l’Europe à l’Université de Genève, l’OIT joue toujours un rôle important pour la défense de la justice sociale dans le monde du travail. «Mais sa faiblesse, c’est que ce discours n’est pas dominant en ce moment, surtout depuis le milieu des années 70. L’OIT est une organisation de réglementation, et pas de déréglementation», tempère l’historienne.

Néanmoins, poursuit-elle, «l’OIT fait ce qu’elle peut dans un monde qui ne lui est clairement pas très favorable. Un jour, elle aura peut-être plus d'influence, mais pour l'instant, elle ne peut pas changer le monde».

En un siècle, elle a adopté près de 200 normes internationales sur le travail, dans des domaines allant de la journée de huit heures au travailleurs domestiques. Au-delà de la politique, son action se concentre sur la coopération technique, la recherche et la collecte de données et de statistiques fiables sur le travail et les questions sociales.

Les membres de la commission sur la législation internationale du travail à la Conférence de Paris en 1919, qui conduira à la création de l’OIT. ILO archives

Pourtant, depuis sa création, l’OIT est la cible de critiques pour sa lenteur, son côté bureaucratique, son manque de mordant et son incapacité à agir sur le terrain.

«Il y a un problème d’application. Certains gouvernements qui votent pour une convention à Genève et ne vont pas l’appliquer chez eux», admet Philip Jennings, ancien secrétaire général d’UNI Global Union, fédération syndicale internationale du secteur des services.

Il ajoute que les milieux d’affaires ignorent souvent les normes internationales sur le travail et la portée des travaux de l’OIT, notamment pour améliorer les chaînes d’approvisionnement.


Peinture murale sur le travail de Dean Cornwell (1955). Créée à l’origine pour l’OIT, elle orne désormais le siège de l’Organisation mondiale du commerce à Genève. Copyright WTO, photo Pierre-Yves Dhinaut, 2008

L’ambassadeur suisse Jean-Jacques Elmiger admet lui aussi que l’OIT n’est pas parfaite, mais il insiste sur le fait que l’agence défend des valeurs fondamentales et qu’elle obtient des résultats.

«Il n’y a pas que le rôle de régulation, mais il y a ce que l’OIT peut faire avec ces normes. L’application est très importante et nous avons de bons exemples où les normes de l’OIT ont joué un rôle central, comme dans le cas du travail forcé au Myanmar».


L’organisation est actuellement dirigée par le Britannique Guy Ryder. Voici son message pour le centenaire.

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L’OIT s’est fait la championne du travail décent, devenu un objectif stratégique depuis la crise financière et économique de 2008 et intégré aux 17 objectifs de développement durable des Nations unies.

Daniel Maul, professeur associé d’histoire internationale contemporaine à l’Université d’Oslo, note que le concept de travail décent a été parfois critiqué pour son caractère «vague», mais qu’il n’en constitue pas moins un grand succès pour l’OIT.

«Cette stratégie a valu à l’OIT beaucoup d’attention, et cela a renforcé sa position au sein de la communauté internationale, en lui ouvrant des portes, comme celles des sommets du G20».

Jeudi, pour marquer le début officiel des célébrations du centenaire, l’OIT publie «Travailler pour bâtir un avenir meilleur», un rapport sur l’avenir du travail, fruit de 15 mois de consultations. Face à la robotisation de l’économie, il présente un agenda «centré sur l’humain» pour les années à venir, basé sur l'investissement dans les capacités des personnes, les institutions du travail et le travail décent et durable.

Le rapport émet 10 recommandations, parmi lesquelles plus d’investissements pour apprendre tout au long de sa vie, une protection sociale garantie et une garantie universelle du travail qui consacre «un salaire adéquat pour vivre», des plafonds d’horaires de travail, ainsi que la sécurité et la protection de la santé au travail.


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