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Roche et Novartis peinent à se faire payer

Le prix des médicaments est un fardeau encore plus lourd dans les pays déjà lourdement endettés.

Le prix des médicaments est un fardeau encore plus lourd dans les pays déjà lourdement endettés.

(Keystone)

En raison de la crise et des programmes d’économie, les hôpitaux des pays du sud de l’Europe payent leurs médicaments avec jusqu’à trois ans de retard. Les géants pharmaceutiques songent à limiter les livraisons. Mais une telle décision serait à double tranchant.

La crise qui frappe différents pays de la zone euro, particulièrement au sud du continent européen, a aussi des effets sur le secteur de la santé publique, qui peine à honorer ses factures.

«La crise de la dette a augmenté nos craintes quant à la capacité de certains pays à payer nos produits», déclare ainsi Isabel Guerra, porte-parole de l’entreprise pharmaceutique suisse Novartis.

En raison de factures impayées, l’autre géant pharmaceutique suisse, Roche, a même suspendu la livraison de certains médicaments aux hôpitaux grecs en 2011.

Programmes draconiens

L’Espagne, le Portugal, l’Italie, l’Irlande et la Grèce se sont engagés auprès de Bruxelles à appliquer des programmes d’ajustement draconiens afin de réduire leur dette publique. Cet accord exige l’élimination de toute dépense non indispensable.

«Si le secteur public doit procéder à des coupes, l’une des manières d’y parvenir est de retarder ou de ne pas payer les factures. Si l’on faisait de même avec le corps médical de son pays, on se heurterait à des réactions politiques immédiates. Mais avec les  multinationales pharmaceutiques, on part du principe qu’elles ont les poches pleines», explique Peter Zweifel, professeur à l’université de Zurich et expert en microéconomie appliquée à la santé.

Une vision que partage Ignazio Cassis, vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH) et député libéral-radical. «Depuis deux ou trois ans, la situation est encore plus dramatique, car la dette de certains pays est devenue insupportable, dit-il. Plusieurs hôpitaux publics et assurances-maladie publiques sont au bord de la faillite. Avant de refuser de payer le salaire de leurs employés, ils cesseront d’abord de payer leurs fournisseurs.»

Des dettes par milliards

Selon la Fédération européenne des associations des industries pharmaceutiques, les pays européens doivent entre 12 et 15 milliards d’euros (entre 14,5 et 18,1 milliards de francs) aux industries du secteur pharmaceutique, parmi lesquelles Roche et Novartis.

«Au 31 décembre 2011, les factures ouvertes des clients du secteur public du sud de l’Europe, qui comprend les marchés espagnol, italien, grec et portugais, se montaient à 2,1 milliards de francs», confirme Claudia Schmitt, porte-parole de Roche.

Egalement contacté par swissinfo.ch, Novartis n’a en revanche pas voulu donner de précisions sur le montant des factures impayées.

Des années d’attente

L’organisation faîtière des laboratoires espagnols, Farmaindustria, affirme que l’Espagne est le principal débiteur au sein de l’UE avec des passifs d’un total de 6,37 milliards d’euros (7,7 millions de francs) en décembre dernier, en hausse de 36% par rapport à 2010. L’organisme ajoute que les factures sont impayées en moyenne 525 jours en Espagne, avec des pics qui dépassent les 800 jours dans certaines communautés autonomes.

Roche confirme ces informations. «En Espagne, il y a des hôpitaux qui n’ont pas payé leurs factures depuis trois ans, indique Claudia Schmitt. Roche est donc en train d’examiner un changement de sa politique commerciale envers les hôpitaux qui payent le plus mal. Cela pourrait passer par la fixation d’une limite de crédit par hôpital; les médicaments ne pourraient être livrés que si cette limite n’est pas dépassée.»

Novartis planche également sur des adaptations. «La détérioration des conditions économiques et de crédit dans ces pays fait que la durée de recouvrement de nos factures ne cesse d’augmenter. Il est possible que cela nous oblige à réévaluer notre politique de recouvrement», déclare Isabel Guerra.

Dilemme

«Les entreprises pharmaceutiques sont des entreprises privées. Dans une société libérale et démocratique, le respect de l’initiative privée est une valeur fondamentale», souligne Ignazio Cassis. A ses yeux, les firmes sont donc les seules à pouvoir évaluer les avantages et les désavantages d’un frein à la distribution de médicaments.

«Une entreprise doit conserver une bonne image face à ses clients et à la population, de manière à s’assurer qu’elle conservera le marché lorsque la crise prendra fin», poursuit-il. D’où l’intérêt pour les sociétés d’appliquer des stratégies telles qu’une réduction momentanée des prix.

«Cependant, le vrai danger serait que la crise dure tellement qu’elle mette la vie des entreprises en péril, estime encore Ignazio Cassis. S’il n’y a pas de bénéfices, il n’y a pas d’innovation. Et sans innovation, il n’y a pas d’avenir.»

Peter Zweifel partage cette analyse. Mais le professeur ajoute que les entreprises n’ont finalement pas tellement de marge de manœuvre. Si elles cessent leurs fournitures de médicaments, «les gouvernements des expulseront du marché et les accuseront de menacer la santé de millions de citoyens».

Le dossier des factures impayées ainsi que celui des solutions potentielles restent donc ouverts. Pour l’heure, les géants suisses de l’industrie pharmaceutique savent seulement que le meilleur moyen d’améliorer l’encaissement de leurs factures, c’est que la crise de l’euro prenne fin.

Résultats 2011

Le bénéfice de Roche a explosé en 2011. L’entreprise a annoncé début février une hausse de son bénéfice consolidé de 26% à 9,5 milliards de francs.

Roche s’attend à une nouvelle croissance des ventes en 2012, notamment grâce au développement de nouveaux médicaments ou produits de diagnostic.

Le bilan de Novartis est moins bon. Le groupe a annoncé fin janvier un bénéfice net en baisse de 7%. Son bénéfice pour 2011 atteint tout de même la coquette somme de 8,59 milliards de francs.

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Chiffres clefs

Dette publique par rapport au produit intérieur brut: Portugal (110%), Grèce (160%), Irlande (105%), Italie (120%), Espagne (66%).

Parmi ces pays, l’Espagne représente le principal débiteur en matière de médicaments avec un passif de 6,369 millions d’euros au 31 décembre 2011.

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Contexte

L’Espagne a adopté trois décrets pour abaisser les prix des médicaments au cours des 12 derniers mois. La facturation des entreprises pharmaceutiques a diminué de 20%.

Roche est en négociation avec les hôpitaux les plus importants de l’Europe en crise pour assurer une distribution des médicaments aux hôpitaux et aux patients et pour trouver des solutions au problème des factures en souffrance.

En Grèce, Roche a lancé un programme avec les hôpitaux publics qui garantit – indépendamment de l’évolution des factures – la fourniture de médicaments sans lesquels la vie des patients pourrait être mise en danger. La même politique est appliquée aux traitements en cas de sida.

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(Traduction de l'espagnol: Olivier Pauchard), swissinfo.ch


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