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Ed Fagan, un justicier controversé

Ed Fagan a été parfois violemment pris à partie lundi à Zurich. Keystone

Rejeté par le gotha des avocats américains, Ed Fagan est la bête noire des entreprises suisses depuis l'affaire des avoirs juifs en déshérence.

Ce contenu a été publié le 17 juin 2002 - 21:28

Ce n'est pas la première fois qu'Ed Fagan s'en prend aux banques suisses. Au milieu des années 90, il a été l'un des fers de lance des poursuites menées au nom des victimes et survivants de l'Holocauste. En tout cas de celles qui possédaient des comptes en Suisse avant la fin de la 2e Guerre Mondiale.

La verve de l'avocat texan dans les négociations qui ont suivi et ses coups de gueule dans les médias ont beaucoup contribué à faire fléchir l'UBS et Credit Suisse Group (CSG). Le 12 août 1998, ils ont finalement accepté de verser 1,25 milliard de dollars à un fonds spécial.

Sans pedigree ni manières

Les assureurs helvétiques se souviennent eux-aussi d'Ed Fagan. Même s'il a été finalement mis à l'écart de l'accord conclu dans l'affaire des polices en déshérence, au grand soulagement de la Bâloise, de la Zurich et de la Winterthur-Vie.

C'est que le Texan est un paria. Il n'a jamais su se faire accepter de ses confrères américains. Surtout de ceux issu du gotha new yorkais, qui brassent des milliards de dollars dans de grosses affaires judiciaires aux confins de la haute finance et de la politique.

Le problème d'Ed Fagan est qu'il n'a ni pedigree, ni bonnes manières. Petit avocat de province ayant essayé divers métiers, il n'a pas fréquenté les facultés de Droit les plus prestigieuses des Etats-Unis.

En tous cas celles qui font partie de ce qu'il est convenu d'appeler la «Ivy League», les écoles des universités de Yale ou de Harvard.

Un style de cow-boy

Son style de cow-boy déplaît, non seulement aux autres avocats et aux magistrats, mais aussi à ses clients. Du reste, certains lui ont fait des procès.

C'est qu'Ed Fagan a la mauvaise habitude d'accepter des dossiers et de lancer des poursuites pour finalement abandonner ses clients en cours de route. Christoph Meili en sait quelque chose.

L'ancien gardien de nuit de l'UBS qui avait découvert des documents relatifs aux avoirs des victimes de l'Holocauste avait été accueilli en réfugié politique aux Etats-Unis par Ed Fagan, avant qu'une brouille n'intervienne entre le Suisse et son protecteur américain, en raison de la facture salée présentée par l'avocat.

La facture du Texan dans l'affaire des comptes en déshérence a, elle aussi, fait sourciller. L'avocat estimait ses services à plus de 2 millions de dollars.

Cela lui a valu les foudres du Congrès Juif Mondial et des organisations de survivants de l'Holocauste.

Un bouc émissaire

Néanmoins, Norman Finkelstein, l'auteur de «L'Industrie de l'Holocauste» met en garde contre la tentation de diaboliser Ed Fagan. «Il ne fait aucun doute qu'il s'agit d'une brute, d'un voyou et d'un personnage répugnant», déclare Nornman Finkelstein à swissinfo.

Mais l'universitaire américain ajoute qu'à son avis, l'image de l'avocat texan a été noircie pour des raisons qui n'ont rien à voir avec ses méthodes et son comportement.

«Ed Fagan a été utilisé comme un bouc émissaire par le Congrès Juif Mondial et par certains de ses confrères impliqués dans l'affaire des avoirs en déshérence pour détourner l'attention. Et cela à partir du moment où les poursuites contre la Suisse ont commencé à avoir mauvaise presse», affirme en effet Nornman. Finkelstein.

swissinfo/Marie-Christine Bonzom à Washington

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