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Editeur africain, heurs et malheurs d'une vraie vocation

Caya Makhele, écrivain et éditeur congolais

(swissinfo.ch)

Les Africains au Salon du Livre? Leur présence s'y fait généralement discrète. Parfois, on y rencontre l'un ou l'autre écrivain. Cette année, grâce au soutien de quelques institutions suisses ou internationales, une poignée d'éditeurs africains tient stand commun.

Rencontre avec l'un d'eux, à la fois écrivain et fondateur d'une maison d'édition, le Congolais Caya Makhele, connu notamment à Genève pour sa «Fable du cloître», montée il n'y a pas très longtemps par le Théâtre de Poche.

L'écrivain. Caya Makhele est né à l'écriture le jour où il découvrit Paul Eluard. Cela a fait de lui un autre homme: «je me suis dit que si je suis capable d'écrire des textes qui peuvent parler à des milliers de gens je peux alors devenir quelqu'un».

Son lieu de prédilection reste le théâtre, même s'il aurait bien voulu devenir conteur, «à la manière des grands-pères, pour donner le sens des choses et l'espace qu'il faut à chaque être pour exister sans gêner les autres».

L'éditeur. Écrire est une chose merveilleuse, mais Caya Makhele a vite fait l'expérience de la limite. «Je suis devenu éditeur pour publier des livres que je n'aurais pas pu écrire, dit-il, et je reste écrivain pour écrire des livres que je ne trouve pas chez d'autres éditeurs.» Sa politique éditoriale? «Être ouvert à tout écrivain et à toute la francophonie.» Mais ses propres textes, il les publie ailleurs, sans problème.

Acoria. C'est-à-dire: «viendra bien un jour où ça marchera...», la maison d'édition qu'il a fondée voici deux ans pour donner une chance à ceux dont on refuse les écrits, parce qu'ils relèvent d'une culture particulière ou parce qu'ils dérangent. Avec déjà une cinquantaine de titres à la clef, et l'ambition de croire que l'on peut regarder le monde et en être acteur à partir aussi du Congo et de l'Afrique. «On ne veut pas être derrière un rideau que l'on tire de temps à autre pour voir si on est toujours là».

Le manuscrit. C'est quelque chose qu'à Brazzaville on trouve à chaque coin de rue. Le Congo, véritable volcan littéraire, est animé d'un exceptionnel esprit de «fratrie» entretenu par l'ensemble des écrivains qui, sans concurrence ni jalousie, se passent et se commentent leurs textes. Hélas, «il n'y a guère de maisons d'édition, ni de moyens de diffusion, et notre économie s'est retrouvée dans un état désastreux suite aux guerres civiles».

Le livre. La grande déception de Caya Makhele, c'est de constater que bon nombre d'Africains ont perdu confiance en cette chose imprimée. Au lendemain des indépendances, «ils avaient cru aux intellectuels, à ceux qui avaient accès aux livres et donc à la connaissance des Blancs, malheureusement ces gens-là ont tout foutu en l'air». Résultat: les gens hésitent désormais à acheter un livre uniquement pour le plaisir de lire.

L'argent. Publier un livre, en Afrique, coûte cher. À commencer par le papier, son prix, les taxes de douane ou sa conservation à l'abri de l'humidité. Pas besoin de grands dessins non plus pour imaginer les coûts de production, d'impression et autres. Avec, au bout de la chaîne, un pouvoir d'achat extrêmement réduit. Il ne faut pas dépasser 2000 à 2500 francs CFA, explique Caya Makhele. Cinq à six francs suisses, l'équivalent au Congo de deux jours de travail. «Pour pouvoir faire une maison d'édition, il faut donc trouver des débouchés extérieurs où l'on peut écouler nos livres à un prix normal pour pouvoir le vendre moins cher chez nous».

Le Salon. Un passage obligé, conclut l'écrivain congolais. Pour garder contact et pour rester vigilant, pour savoir ce que font les autres et pour comprendre sa propre situation. Et, surtout, «pour être les porte-parole de cette Afrique qui a besoin d'être entendue, regardée et acceptée telle qu'elle est».

Bernard Weissbrodt


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