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Election du gouvernement: une quasi-révolution de palais

(Keystone)

Tous les regards sont tournés vers Eveline Widmer-Schlumpf, qui dira jeudi matin si elle accepte ou non de prendre la place de son collègue de parti Christoph Blocher au gouvernement.

L'UDC demande à son élue de renoncer. Le parti de la droite nationaliste vit l'éviction de Blocher comme une «catastrophe pour le pays» pendant que d'autres y voient une «journée historique».

Christoph Blocher n'aura fait qu'un aller-retour au Conseil fédéral. Quatre ans après avoir évincé Ruth Metzler, l'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste) et son tribun récoltent la monnaie de leur pièce. Démocrates-chrétiens (PDC / centre droit), PS et Verts unissant leurs forces, le Parlement a élu Eveline Widmer-Schlumpf.

Mais l'essai reste à transformer. La conseillère d'Etat UDC grisonne dira jeudi à 08h00 si elle accepte son élection. D'ici là, elle devra faire face aux pressions de son parti alors que la gauche appelle la rue à lui faire sentir qu'elle est derrière elle.

L'Assemblée fédérale l'a élue mercredi au 2e tour avec 125 voix, contre 115 à Christoph Blocher, qu'elle devançait déjà au 1er tour. N'étant pas parlementaire fédérale, la cheffe grisonne des finances, âgée de 51 ans, n'était pas sous la Coupole au moment de son élection. Arrivée à Berne, elle ne s'est pas exprimée publiquement.

Si elle refuse son élection, l'Assemblée fédérale devra procéder à un nouveau scrutin. L'UDC - premier parti du pays avec près de 30% des suffrages lors des élections parlementaires d'octobre - devrait présenter une nouvelle fois Christoph Blocher.

Si aucun UDC modéré n'est présenté, ceux qui n'ont pas voté pour le ministre de la justice mercredi pourraient accorder leurs voix au chef du groupe PDC Urs Schwaller, dont le nom est sur toutes les lèvres comme plan B.

Exclus du groupe UDC

Si Eveline Widmer-Schlumpf accepte son élection, la fille de l'ancien conseiller fédéral Leon Schlumpf serait exclue du groupe, comme le ministre UDC Samuel Schmid, réélu mercredi. Et l'UDC partirait dans l'opposition, a annoncé son président Ueli Maurer.

Il restera de toute façon encore une élection jeudi à l'Assemblée fédérale. Le Parlement devra nommer le vice-président du Conseil fédéral, poste qui aurait dû revenir selon le tournus à Christoph Blocher et qui devrait aller à Hans-Rudolf Merz.

Le nouveau président de la Confédération est, lui, connu. Les Chambres fédérales ont désigné pour la deuxième fois le radical valaisan Pascal Couchepin par 197 voix sur 210 bulletins valables.

Les deux radicaux Hans-Rudolf Merz et Pascal Couchepin ont été les deux conseillers fédéraux les mieux élus, avec plus de 200 voix chacun. Samuel Schmid a lui aussi dépassé les 200 voix. Les deux socialistes Micheline Calmy-Rey et Moritz Leuenberger ainsi que la PDC Doris Leuthard ont quant à eux obtenu des scores entre 150 et 160 voix.

En finir avec les provocations

Socialistes, radicaux et démocrates-chrétiens ont appelé le groupe UDC à présenter jeudi un autre candidat que Christoph Blocher à l'élection au Conseil fédéral au cas où Eveline Widmer-Schlumpf refusait son élection. Le Parlement a lancé un signal clair, selon eux.

L'UDC a droit à deux sièges au Conseil fédéral, ont répété durant toute la journée de mercredi les ténors du PS, du PDC et du PRD. Mais elle doit accepter que ce soit le Parlement qui choisisse les élus et non elle.

Président des radicaux, Fulvio Pelli a appelé les démocrates du centre à la raison: en tant que premier parti de Suisse, l'UDC doit en finir avec les provocations. C'est d'ailleurs celles-ci qui ont entraîné la défaite de Christoph Blocher. L'UDC ne peut s'en prendre qu'à elle-même, estime-t-il.

Pour Christian Levrat, candidat à la présidence du PS, si Eveline Widmer-Schlumpf refuse son élection et que l'UDC ne présente pas d'alternative à Christoph Blocher, les socialistes éliront le PDC Urs Schwaller.

Le PDC n'est lui jamais allé aussi loin dans ses déclarations d'intention, se contentant de plébisciter Eveline Widmer-Schlumpf ou un éventuel autre candidat UDC.

Milieux économiques soucieux

Ces appels à respecter la volonté du Parlement ou à présenter une autre candidature sont restés lettres mortes auprès des intéressés. Les ténors de l'UDC estiment en effet être désormais dans l'opposition, mettant leur menace à exécution.

«Ce n'est pas un problème» de représenter jeudi Christoph Blocher si Mme Widmer-Schlumpf refuse son élection. «Mais pour le moment je suis le chef de l'opposition», a déclaré le président de l'UDC Ueli Maurer avec un large sourire.

Si ce passage dans l'opposition n'éveille que peu de craintes au niveau politique, les milieux économiques sont plus soucieux. «Le système politique serait plus incertain, ce qui n'améliorerait pas la qualité de la place économique dans son ensemble», estime le directeur d'economiesuisse (organisation faîtière des entreprises).

Les élus UDC se sont dit pour la grande majorité choqués de l'éviction de Christoph Blocher. Il est «inadmissible que le leader du premier parti du pays ne soit pas élu au gouvernement», a notamment souligné Peter Spuhler (élu de Thurgovie).

«C'est une catastrophe pour le pays», a renchéri Ulrich Giezendanner (Argovie). Pour leur part, Christoph Blocher et Samuel Schmid ont préféré se taire.

«Le Parlement a écrit l'Histoire»

Cette amertume a contrasté avec l'explosion de joie des élus socialistes, écologistes et certains démocrates-chrétiens. Ces derniers ont salué l'éviction de Christoph Blocher en hurlant et en se mettant debout les bras levés.

Devant les micros, la joie a été plus retenue. «La jubilation a quand même des limites», a ainsi relevé Hildegard Fässler (socialiste de Saint-Gall). La gauche et le PDC se sont surtout félicités de leur stratégie pleine de succès.

Certains élus ont aussi souligné le caractère exceptionnel de cette élection. Le président du PDC Christophe Darbellay s'est dit persuadé que «le Parlement suisse a écrit aujourd'hui l'Histoire. (...) C'est un réveil républicain, dans le bon sens du terme». Pour Fulvio Pelli, la Suisse a assisté à une petite révolution.

swissinfo et les agences

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Les résultats

Ont été élus au Conseil fédéral mercredi:

- Moritz Leuenberger: 157 voix
- Pascal Couchepin: 205 voix
- Samuel Schmid: 201 voix
- Micheline Calmy-Rey: 153 voix
- Hans-Rudof Merz: 213 voix
- Doris Leuthard: 160 voix
- Eveline Widmer-Schlumpf: 125 voix (la question de savoir si elle accepte son élection est encore ouverte)

Pascal Couchepin a été élu président de la Confédération pour 2008 par 197 voix.

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Candidats non-officiels

Il est rare que le Parlement suisse n'élise pas le candidat présenté officiellement par son parti pour entrer ou rester au gouvernement. C'est arrivé huit fois depuis 1959. Et à chaque fois, il s'agissait de remplacer un ministre partant et non pas écarté, comme c'est le cas de Christoph Blocher.

En décembre 2000, pour succéder à Adolf Ogi, l'UDC bernois Samuel Schmid l'a emporté sur les deux candidats officiels (la Zurichoise Rita Fuhrer et le Thurgovien Roland Eberle) présentés par le groupe démocrate du centre.

En dehors de l'UDC, les socialistes ont connu cet affront à quatre reprises, les démocrates-chrétiens (PDC) deux fois et les radicaux (PRD) une.

En mars 1993, la socialiste genevoise Christiane Brunner avait échoué face à l'outsider Francis Matthey. Sous la pression du parti, le Neuchâtelois avait renoncé à son élection une semaine plus tard au profit de Ruth Dreifuss.

Dix ans plus tôt, une autre femme socialiste avait été empêchée d'accéder au gouvernement. Le groupe du PS avait désigné la Zurichoise Liliane Uchtenhagen, mais les parlementaires ont choisi le Soleurois Otto Stich.

En décembre 1973, trois candidats officiels se sont faits brûler la politesse d'un seul coup. Au lieu du socialiste Arthur Schmid, le Parlement avait élu son collègue de parti Willi Ritschard. Il avait imposé au PDC Hans Hürlimann au lieu d'Enrico Franzoni et au PRD Georges-André Chevallaz au lieu de Henri Schmitt.

En 1962, le PDC valaisan Roger Bonvin avait été préféré au grison Ettore Tenchio. Lors de l'instauration de la «formule magique», en 1959, c'est le socialiste bâlois Hans Peter Tschudi qui a passé la rampe, et non le Schaffhousois Walther Bringolf.

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