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Etienne Barilier: «L'Enigme»

Etienne Barilier au Salon du Livre de Genève.

(swissinfo.ch)

«L'Enigme», c'est le titre du dernier roman de l'écrivain romand Etienne Barilier. Enigme policière, énigme psychologique? Pas vraiment, ou pas seulement. En 432 pages, Etienne Barilier nous renvoie deux mille ans en arrière, avec une question finalement assez simple: et si Jésus n'était pas ressuscité?

Nous sommes en 1972. Jean a 22 ans, prépare un doctorat en grec et, sur la proposition de son professeur, part en Egypte à la recherche d’un mystérieux manuscrit, qui pourrait se trouver dans la ville d’Oxyrhinque.

Ce document est susceptible de concerner la vie de Jésus, et surtout de bouleverser la connaissance et la compréhension que l’on a de ce personnage, dont la filiation divine reste encore à prouver… Que trouvera-t-il? Notamment une troublante remise en cause de la résurrection de Jésus.

Mais pas uniquement. Il découvrira également le voyage – l’Egypte, Rome, Capri, et l’amour, dans différentes déclinaisons… ainsi la silhouette d’une princesse de l’Egypte ancienne, étonnement vivante en cette époque presque contemporaine. De quoi donner corps, et chair, à cette enquête historique et spirituelle.

«L’énigme seule était grande, la grandeur c’était l’énigme», dit l’un des personnages. La recherche vaut-elle donc mieux que la réponse? «Sur ce point, je suis très proche de mon héros», répond Etienne Barilier. «L’énigme est passionnante, elle le sera toujours, et si le monde n’était pas énigmatique, il serait probablement non seulement ennuyeux, mais terrifiant. Si nous connaissions le fin mot de nos vies et de la vie, le monde serait peut-être une forme de prison, dont on connaîtrait exactement les murs et les limites, mais une prison».

Nous évoquions récemment «L’Evangile selon Pilate» d’Eric-Emmanuel Schmitt, ou dans un autre registre «Le triangle secret» de Didier Convard. Décidément, en ce début de 3e millénaire, Jésus focalise l’attention des auteurs.

Etienne Barilier a-t-il une explication? «Il y a deux choses. D’une part une renaissance de l’intérêt pour les religions, le sacré, le mystique – avec d’ailleurs tout ce que cela peut avoir d’inquiétant, de dangereux, de farfelu, parce que les explications rationalistes de l’histoire, en particulier la grande explication marxiste, ont fait leur temps, croit-on en tout cas».

«D’un autre côté, et c’est mon idée personnelle, c’est que le christianisme se fonde sur une histoire qui pourrait être théoriquement contrôlable, puisqu’on nous dit que la résurrection est un fait historique. Comme notre époque est fascinée par les faits vérifiables, qu’on a fait sur la question des avancées extraordinaires, qu’il y a eu des découvertes comme les manuscrits de Qumran, on se demande pourquoi il n’y en aurait pas d’autres. On a cette fascination à la fois pour le mystique et pour le fait scientifique. Les deux à la fois, cela donne une fascination pour le Jésus historique».

Sans doute. Mais une autre explication se niche peut-être encore ailleurs. Dans le fait que Jésus a changé de statut. Personnage divin et donc intouchable, il était jusque là coincé dans les habits que lui avaient cousus les Apôtres, puis les Pères de l’Eglise.

Aujourd’hui, l’idée du blasphème n’inquiète plus grand monde. Alors on peut enfin se permettre de s’interroger sur la réalité historique du personnage, tout en lui faisant rejoindre plus ou moins consciemment le cercle restreint des mythes littéraires. Combien de variations a-t-on écrit sur Electre ou Antigone?

Jésus… Jésus, un fabuleux flou artistique qui oscille entre mythe et réalité, et qui, une fois débarrassé de ses oripeaux strictement religieux, autorise toutes les explications, toutes les projections. Finalement, une forme logique de retour aux sources: malgré l’exclusion des textes dits apocryphes, la Bible n’est-elle pas elle-même un condensé d’interprétations disparates et parfois contradictoires?

Bernard Léchot

«L’Enigme» d’Etienne Barilier, aux Editions Zoé

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