Expo.02: Q-R

R comme Rossellat, l’homme au bureau sartrien. swissinfo.ch

L'abécédaire d'Expo.02: Q comme quantité et qualité, R comme refusés ou refuge. Nelly Wenger, Frédéric Hohl et Daniel Rossellat ne s'essoufflent pas.

Ce contenu a été publié le 31 décembre 2001 - 15:05

Q comme quantité ou qualité?

Eh oui... 5 lieux, 37 expositions, des milliers d'«events»... Comment Expo.02 parviendra-t-elle à faire mentir cette traditionnelle opposition?

«Le fait d'être sur plusieurs sites a posé un problème de quantité, liée à l'investissement: tout doit être divisé par quatre, tout doit exister quatre fois, pour qu'il y ait de la densité sur chaque lieu, et ça c'est assez épuisant. Mais la qualité, c'est totalement lié au génie créatif des gens qui travaillent sur les projets», répond Nelly Wenger.

Justement, y a-t-il assez de talents et de génies dans un petit pays pour organiser autant d'expositions et de spectacles de qualité? La directrice générale répond spontanément oui, puis relativise:«on travaille avec beaucoup de monde, et on est allé chercher les talents où ils se trouvaient: il n'y a pas que des Suisses.»

Et d'ajouter: «il est vrai qu'on a rencontré à un moment un problème de concentration dans le temps. Mais pas seulement au niveau créatif, même en ce qui concerne les entreprises générales, ou le recrutement du personnel: c'est très gros, cela doit se passer très vite, et donc là, c'est vrai qu'on touche très vite aux limites du pays. Mais on est parvenu à passer ce cap, on a toujours trouvé les personnes adéquates.»

Frédéric Hohl comme Daniel Rossellat précisent que la qualité est une notion parfaitement subjective. Et Rossellat de rappeler le décalage qu'il existe souvent entre un public enthousiaste face à un spectacle et la critique qu'en fera un journaliste... «Je me méfie beaucoup du débat sur la qualité.»

Le patron des «events» précise sa démarche: «du point de vue des spectacles, notre but est d'avoir des spectacles 'de qualité' et d'autres qui relèvent simplement du divertissement. Mais pour moi, le divertissement n'est pas à mettre en opposition avec l'ambition culturelle, il y a plutôt complémentarité. Pour que la musique classique contemporaine existe, il a fallu que la musique classique existe, et pour que la musique classique existe, il a fallu que la musique populaire existe.»

R comme «refusés»

Dans le cadre d'Expo.02, les projets refusés ont été nombreux... quel est le pire dont ils se souviennent? Rien à faire, aucun de mes interlocuteurs ne caftera, ni n'ironisera. «Je ne me moque jamais de ces projets, s'enflamme Nelly Wenger, parce qu'ils ont toujours quelque chose de touchant. Quelqu'un qui parle de sa tante qui fait de la jolie peinture, un autre qui envoie une cassette de sa musique etc. Moi je ne veux pas me moquer de ça, parce que cela veut dire que les gens s'identifient à l'événement.»

«En Suisse, on n'a pas beaucoup l'occasion de rêver et on n'a pas beaucoup d'endroits où l'on peut déposer du rêve et des souhaits. Et ce projet suscite le rêve. Egalement la convoitise - c'est peut-être l'aspect moins joli de toute cette histoire - mais il suscite beaucoup de rêve. Cela me coûte toujours de répondre que pour telle ou telle raison, une idée ne peut pas être retenue.»

Daniel Rossellat va dans le même sens: «il est vrai qu'on a vu passer des projets assez comiques. Mais en même temps, c'est l'utopie. Je ne porte pas un regard sévère sur les projets. Parce que les gens qui ont fait ça l'ont fait avec une certaine vision de ce que pouvait être l'expo.»

«Peut-être aussi que, dans la campagne de participation, les critères n'étaient pas suffisamment clairs, et on a fait travailler des gens dans le vide, sur des projets qui n'avaient strictement aucune chance d'exister, et qui ont donc engendré beaucoup d'espoirs déçus; ça, c'est un peu un auto-goal d'Expo.01.»

Mais le goût de Daniel Rossellat pour ce qui peut paraître insensé lui reste chevillé au corps: «Moi, je juge avec respect les projets même les plus fous.. Parce que dans ce processus créatif, un projet fou peu amener un projet qui a une chance d'exister. Je dis souvent qu'il faut viser l'impossible pour avoir le maximum du possible.» Le patron de Paléo bientôt dans les pages roses du Petit Larousse?

R comme refuge

Quel est donc le coin de Suisse qui tient lieu de refuge à mes interlocuteurs lorsque le poids d'Expo.02 est trop lourd? Un chalet niché dans les Préalpes? Un couvent? Une grotte d'ermite? Pas vraiment. Chacun me citera simplement son domicile: Genève pour Frédéric Hohl, Saint-Sulpice pour Nelly Wenger, Nyon pour Daniel Rossellat.

Lequel évoquera également sa cabane au Canada, pardon, sa maison au Québec: «une vieille maison que j'avais achetée pour un prix dérisoire il y a quelques années. Là-bas, c'est le feu de cheminée, une tasse de thé, un livre, de la musique, une pipe. Un vrai moment de bonheur».

Bernard Léchot

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