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Tessin L'Expo universelle de Milan devient un enjeu politique

Par , Locarno

A Milan, les travaux de construction du site de l'exposition universelle vont bon train. La première pierre du pavillon suisse a été posée il y a peu.

(Reuters)

Le 28 septembre, les Tessinois se prononceront sur la participation de leur canton à l'Exposition universelle de Milan de 2015, une présence financée par les deniers publics. Le référendum lancé par la Lega pour contrer un crédit somme toute modeste en dit long sur les rapports difficiles entre le canton du sud des Alpes et l'Italie voisine.

Une quarantaine de kilomètres seulement séparent Chiasso, pointe sud de la Suisse, à la banlieue milanaise de Rho, où se tiendra l'Expo 2015Lien externe. On peut donc bel et bien affirmer que la manifestation internationale aura lieu aux portes du Tessin.

Du 1er mai au 31 octobre 2015, l'exposition universelle, placée sous le thème «Nourrir la planète, énergie pour la vie» est consacrée aux problèmes de l'alimentation dans le monde. Environ 20 millions de visiteurs y sont attendus; trois quarts provenant d'Italie et un quart de l'étranger, dont 40% de Suisse.

La Confédération a déjà assuré sa participation en débloquant un crédit de 23 millions de francs et, en janvier 2012, un jury a sélectionné le projet «Confooderation Helvetica». Le coup d'envoi de la construction du pavillon suisse vient d'être donné.

Le Tessin en retrait

Contrairement au gouvernement fédéral, qui a pressé sur l'accélérateur, le Tessin a fait marche arrière. A 200 jours de l'ouverture officielle d'Expo 2015, il n'est pas encore certain que sa participation au stand des cantons dits du Gothard sera assurée par un financement public.

La balle est en effet dans le camp des électeurs. Ils se prononceront le 28 septembre sur le référendum lancé par la Lega (droite conservatrice) et soutenu par les Verts et l'Union démocratique du centre (droite conservatrice).

Ce référendum conteste l'octroi d'un crédit de trois millions et demi de francs approuvé en avril dernier par le parlement tessinois. Le texte a obtenu 12'698 signatures, alors qu’il n’en fallait que 7000. Un indéniable succès.

Le vote ne porte plus que sur 2,2 millions de francs, car le lancement du référendum a fait sombrer quelques projets, étant donné que le temps matériel pour les concrétiser ne suffit plus.

Relations difficiles avec l'Italie

La Lega est d'avis que le canton ne doit pas dilapider de l'argent dans la «Fallitalia» (Italie en faillite), ce d'autant plus que des infiltrations mafieuses ont été mises à jour au sein de l'organisation d'Expo 2015.

Le coordinateur des Verts, le journaliste Sergio Savoia, transfuge du Parti socialiste, le dit lui aussi: «cela ne vaut pas la peine de jeter de l'argent par les fenêtres». Alors que le canton réduit son budget destiné au social, il devient subitement généreux pour participer à un projet d'une telle envergure.

Les opposants à la présence tessinoise à la manifestation milanaise estiment en outre qu'une exposition universelle est un concept désormais dépassé. Ils rappellent aussi que, dans une situation que l'on peut qualifier d'«historique», les promesses de l'Italie à la Suisse n'ont pas été tenues. Et de citer le projet (suspendu) de la ligne ferroviaire entre Stabio (TI) et Arcisate (I) ou encore la menace d’inscrire la Suisse dans la liste noire des paradis fiscaux. Inutile, dans un tel contexte, de faire un cadeau au pays voisin.

En fait, le référendum reflète parfaitement le profond malaise que le Tessin ressent face à l'Italie et qui a déjà fait surface le 9 février dernier, lorsque le canton a accepté par 68,2% l'initiative de l'UDC contre l'immigration massive. Un taux d’acceptation qu'aucun autre canton n'a atteint, une protestation sans appel contre l'Italie et en particulier contre la présence élevée de travailleurs frontaliers, qui étaient 62'000 à la fin août.

Soutien gouvernemental

Cette ambiance anti-italienne est clairement ressentie au Tessin, même si elle n'est pas appréciée de tous. Le président du gouvernement tessinois, le socialiste Manuele Bertoli l'a vertement critiquée dans un discours officiel prononcé le 1er août à l'occasion de la Fête nationale. Ce qui lui a valu les foudres de la Lega et de l'UDC, insultes et menaces de mort confondues.

Le gouvernement recommande cependant aux électeurs d'accepter le crédit pour la participation cantonale à Expo 2015. «Nous ne pouvons pas ne pas en être» a affirmé le démocrate-chrétien Paolo Beltraminelli, membre du gouvernement cantonal.

L'exposition universelle représente pour le Tessin une occasion unique et une chance à ne pas manquer pour se faire connaître aux yeux du monde. Il s'agit aussi d'éviter que le Tessin ne perde la face vis-à-vis de la Confédération et des autres cantons du Gothard (les Grisons, le Valais et Uri) avec lesquels il a déjà signé un contrat qui le lie au stand commun dédié au thème de l'eau.

Sponsors privés à la rescousse

Pour respecter ces engagements institutionnels, au cas où le crédit devait être refusé par le souverain, le gouvernement a lancé une souscription auprès de privés (Chambres de commerce, associations bancaires etc.) et a obtenu une garantie d'un million de francs de la part du fonds Swisslos (loterie suisse à numéros). Cette démarche a incité la Lega à recourir jusqu'au Tribunal fédéral qui vient de la débouter.

Malgré cette assurance, le gouvernement tessinois a tout mis en œuvre pour que les électeurs acceptent le crédit le 28 septembre. Cette solution de repli garantirait au canton un budget pour l'expo d'un million et demi de francs au maximum. L'approbation d'un montant de 2,2 millions de francs permettrait au Tessin d'assurer d'autres projets en vue de la manifestation.

Les milieux économiques et les partis bourgeois se prononcent eux aussi clairement en faveur du crédit cantonal et ont fondé un comité de soutien à cet effet. Reste à attendre le vote du 28 septembre pour voir s'ils auront été entendus.

Présence suisse cherche des collaborateurs

Présence suisse, l’organe fédéral chargé de promouvoir la Suisse, cherche 52 personnes pour les six mois de la durée de l'exposition, de mai à octobre 2015. Ces collaborateurs devront s'occuper de l'animation du Pavillon suisse et seront chargés des relations publiques, de la gestion des événements, des contacts avec les visiteurs, de la communication et de l'administration.

Les salaires mensuels bruts vont de 1600 francs pour les personnes chargées de l'accueil jusqu'à un maximum de 2700 francs pour les employés avec responsabilités. A ces honoraires s'ajoutent un forfait d'entretien de 37,50 francs par jour ainsi que le logement offert. Le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) finance aussi le déplacement de la Suisse à Milan et retour.

Ces chiffres ont provoqué de vives discussions au Tessin. Quelques politiciens ont parlé de dumping salarial de la part de la Confédération, d'autant plus que les candidats doivent être au bénéfice d'une profession et parler plusieurs langues. Présence suisse a rejeté ces critiques: «ces salaires sont conformes au lieu et comparables à ceux offerts par les autres nations qui participent à l'exposition» a affirmé Andrea Arcidiacono, collaborateur auprès du DFAE et responsable du programme de l'exposition milanaise.

La campagne de recrutement s'adresse notamment à de jeunes Suisses qui veulent faire une expérience dans un cadre international. A ce jour, plus de 500 candidatures ont été déposées.

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(Traduction de l'italien: Gemma d'Urso), swissinfo.ch


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