Fermeture de consulats: la 5e Suisse furieuse

100% helvétique: la Place des Suisses de l'étranger à Brunnen. aso.ch

La décision du ministère des Affaires étrangères de fermer de nouveaux consulats a suscité des réactions très critiques à l’occasion de l’Assemblée de printemps des délégués du Conseil des Suisses de l'étranger à Brunnen. Par ailleurs, celui-ci a adopté son ‘manifeste électoral’.

Ce contenu a été publié le 08 avril 2011 - 19:21
Andreas Keiser, swissinfo.ch

Avec son discours, Gerhard Brügger, chef désigné de la Section consulaire du ministère des Affaires étrangères (DFAE), s’est fourré dans un drôle de guêpier.


Il a en effet confirmé devant le Conseil des Suisses de l’étranger (CSE) ce qui avait récemment été signalé dans la presse: les projets du DFAE concernant la centralisation des services consulaires et la fermeture de certains consulats.

Pour Gerhard Brügger, ce choix est dû à une optimisation des ressources. Et au fait que certaines «nouvelles régions» sont de plus en plus importantes pour les relations extérieures de la Suisse. Ainsi le DFAE souhaite-t-il ouvrir un consulat à Bangalore, en Inde, et un autre, temporaire, à Sotchi, en Russie, à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de 2014.

«L'expansion du réseau consulaire ne dépend pas que du nombre de ressortissants vivant en un lieu, mais de l’ensemble des intérêts de la Suisse», souligne-t-il.

 

Complications inutiles

La fermeture de consulats, pratiquement sous le nez de nombreux Suisses de l'étranger, et sa justification par l’argument économique ont suscité de nombreuses interventions de membres de la Cinquième Suisse.

Le fait que des consulats soient fermés en particulier dans des pays de l’Union européenne, là où les Suisses sont très nombreux, a été sévèrement critiqué.

«En Italie, il y a des Suisses qui doivent voyager pendant deux à trois jours pour simplement faire renouveler leur carte d'identité», a constaté Roberto Engeler, l'un des représentants de l'Italie au sein du Conseil.

«Si vous continuez comme ça, la présence physique de la Suisse en Afrique du Sud sera à peine perceptible!» La Suisse serait plus sage d’épargner dans les secteurs de «la promotion économique et culturelle», a déclaré quant à lui Peter Müller, qui réside en Afrique du Sud.

 
«Devoir perdre deux jours pour aller à Vienne lorsqu’on habite l’est de la Hongrie, c’est de la connerie! En Hongrie, les Suisses sont très en colère contre le DFAE», s’est emporté John McGough, qui vit, on l’aura compris, en Hongrie. «Cet exercice ridicule est également une sorte d’abus à l’encontre des Suisses de l'étranger. Nous sommes instrumentalisés pour certaines choses, puis on souffle à nouveau le froid. Nous ne sommes pas que des ambassadeurs de Suisse Tourisme!»

Pas de consultation

Plusieurs orateurs se sont plaints du fait que, sur cette question, les organisations suisses à l'étranger n'ont pas été consultées.


La consultation des Suisses de l'étranger n’aurait «pas eu de sens», a répondu Gerhard Brügger. «Nous savons bien que vous nous auriez opposé tous les arguments possibles pour ne pas fermer de consulats», a-t-il constaté, tout en admettant qu’il évoluait là en terrain miné.

Constatant le mauvais état des relations entre le DFAE et les associassions suisses à l’étranger, Gerhard Brügger a signalé qu’il se rendrait tel un «voyageur de commerce» dans les différents pays touchés par les fermetures pour tenter d’expliquer et de «vendre» cette réorganisation.

Car pour lui, les critères utilisés par le DFAE sont raisonnables. D'autant plus que les distances jusqu’au consulat le plus proche en Chine sont largement plus importantes qu’en Italie par exemple.

Par ailleurs, Gerhard Brügger a signalé que des mesures plus souples seraient mises en place, notamment des facilitations dans le cadre de la transmission des données pour le passeport biométrique. A noter également qu’une ‘helpline’ a été mise en place par le DFAE.

Approbation du manifeste

 

Les cent membres du Conseil des Suisses de l’étranger ont adopté a l’unanimité le manifeste électoral destiné aux partis politiques, dans la perspective des élections parlementaires 2011.

Le manifeste demande aux partis et acteurs politiques suisses de créer une loi unique portant sur toutes les questions relatives aux Suisses de l'étranger. Un tel texte permettrait au gouvernement «d'avoir enfin une politique unifiée et cohérente sur la question des Suisses de l'étranger et de leur mobilité internationale», indique le CSE.

Une loi unique devrait amener au fait que les Suisses de l’étranger aient un interlocuteur fédéral unique. C’est-à-dire que les compétences concernant la Cinquième Suisse soient rassemblées dans un seul ministère. Ce qui n’est toujours pas le cas aujourd’hui. Le ministère de Justice et Police est par exemple en charge des questions de passeports et de cartes d’identité. Mais c’est le DFAE qui décide de la vie ou de la mort des consulats…

Parmi les autres demandes du manifeste figurent le développement du vote électronique, la possibilité pour les Suisses de l’étranger de participer à l’élection du Conseil des Etats (Sénat) et non plus seulement de celle du Conseil national (Chambre du Peuple), une amélioration de la communication et une valorisation du Conseil des Suisses de l’étranger.

CSE

'Parlement'. Le Conseil des Suisses de l'étranger (CSE) défend les intérêts de tous les Suisses et Suissesses de l'étranger vis-à-vis des autorités et de l'opinion publique en Suisse. Raison pour laquelle il est souvent qualifié de ‘Parlement de la Cinquième Suisse’.

Position. Le CSE se réunit en séance deux fois par année en Suisse, pour examiner des questions politiques touchant les Suisses de l'étranger et pour faire connaître la position de la «Cinquième Suisse» sur des sujets d'actualité.

Printemps-été. Le Conseil se réunit chaque année au printemps ainsi que dans le cadre du Congrès annuel des Suisses de l'étranger qui a lieu à la fin de l'été. Entre les sessions, le Comité et le secrétariat traitent les affaires courantes.

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La 5ème Suisse en chiffres

Presque 700.000. Le nombre des Suisses de l’étranger s’élevait fin 2010 à 695.101, soit 10.127 personnes de plus que l’année précédente (en 2000, leur nombre s’élevait à 580 396).

Doubles nationaux. Le nombre de doubles nationaux a crû particulièrement fortement: fin 2010 leur nombre atteignait 502.320 personnes, soit 8852 de plus qu'en 2009.

 

Continents. L’Europe est la zone dans laquelle la population suisse a connu la plus forte expansion en 2010 (+ 6215), viennent ensuite l’Asie (+1768) et l’Amérique (+1388).  

UE. La majorité des Suisses et Suissesses établis à l’étranger, soit 415.517 personnes (59,8%), vivent dans un pays de l’Union européenne.  La France accueille le plus gros contingent (181.462); elle est suivie de l’Allemagne (77.827) et de l’Italie (49.187).

 

Hors d’Europe, le hit-parade se présente ainsi: Etats-Unis (75.252), Canada (39.186), et Australie (23.076).

 

Votants. Sur un total de 538.243 Suisses et Suissesses de l’étranger ayant le droit de vote, 135.877, soit 25,24%, se sont inscrits dans une commune de Suisse pour participer aux élections et votations (+4,5% par rapport à 2009).  

 

Chiffres 2010. La statistique englobe tous les Suisses immatriculés auprès d’une représentation suisse à l’étranger.

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