Gérard Guillaumat en compagnie de Maupassant

Le grand acteur français lit les «Contes paysans» au Théâtre Saint-Gervais à Genève. Un bonheur.

Ce contenu a été publié le 05 décembre 2001 - 14:38

Il y a quelque chose de divin dans la gestuelle de Gérard Guillaumat. Qu'il donne à entendre Dickens, Hugo ou Sartre, chacune de ses lectures s'ouvre sur un mouvement de la main qui semble appartenir à l'éternité: un doigt se soulève lestement, désigne le public puis revient effleurer la page du livre que l'acteur tient.

Le doigt de Dieu

La voix de Guillaumat perce alors le silence de la salle et aussitôt, comme par enchantement, un univers naît, respire. On aurait dit le doigt de Dieu dans «La création d'Adam» de Michel-Ange. Ce doigt magique qui d'un rien fait sortir le plus fascinant des rêves: le monde humain.

Le monde que créera Guillaumat, à partir du 6 décembre au Théâtre Saint-Gervais, est celui paysan de Maupassant. Soit six contes («La ficelle», «Les sabots», «La Martine», «Petit soldat», «La mère sauvage» et «Toine») de l'écrivain français que le comédien lira assis sur une petite table basse en bois. Objet anodin mais qui, par l'alchimie du verbe, donne à la scène l'atmosphère d'une chaumière.

Voilà des années que le comédien promène à travers les villes ces «Contes paysans». Quand on l'écoute, c'est toujours avec ravissement. Lui ne se lasse jamais de «raconter l'écriture» de Maupassant, donnant à chaque re-création de son spectacle une coloration différente.

S'imaginer le parfum d'une soupe

«La mère sauvage, confie-t-il, qui tue quatre soldats prussiens parce que la guerre lui a enlevé son propre fils, je la jouais au début comme une revancharde. Aujourd'hui, avec tous les conflits sanglants qui nous encerclent, je la comprends autrement. Son acte criminel est le paraphe de son espoir désespéré».

Les lectures de Guillaumat sont souvent qualifiées de «récitals». On pourrait étoffer l'image en rappelant que les «Contes paysans» sont comme des partitions musicales à l'écoute desquelles tout peut s'imaginer: le parfum d'une soupe, le crépitement d'un feu, la voix égrillarde d'un fermier, la rugosité de sa femme, le bonheur de vivre et l'horreur de mourir.

Ghania Adamo

«Contes paysans», à Genève, Théâtre Saint-Gervais; du 6 au 22 décembre. Tel: 022/908 20 20.

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