Genève aime ses étrangers, mais peine à les intégrer

Les résidents d’origine étrangère représentent 38 pour cent de la population genevoise (vue du Palais des Nations). Keystone

Paradoxe: alors que Genève a été ce week-end le champion du non à l´initiative des 18 pour cent, le canton a de la peine à mener une vraie politique d'intégration. Les associations qui travaillent sur le terrain dénoncent et s´impatientent.

Ce contenu a été publié le 25 septembre 2000 - 22:11

«Genève est la cité pluriculturelle par excellence, rappelle Patrizio Daza de l'association Mondial Contact. Les résidents d'origine étrangère y représentent 38 pour cent de la population, auxquels vous pouvez ajouter tous les immigrés naturalisés ou de seconde génération - qui ont gardé un pied dans une autre culture - et les milliers de clandestins, qui n'entrent dans aucune statistique».

Or, pour Mondial Contact, comme pour le Centre de contact Suisses-Immigrés (CCSI), le Gouvernement de la République et Canton du bout du Lac n'a simplement pas de politique d'intégration. «Il est vrai que le Conseil d'Etat s'est bien engagé dans la campagne pour la votation sur les 18 pour cent, admet Patrizio Daza, mais le reste du temps il ne fait rien».

Au début de l'été, Mondial Contact et le CCSI ont refusé de s'associer à la Commission extraparlementaire sur l'intégration, présidée par l'ancien Conseiller d'Etat Dominique Föllmi. Pour eux, cette instance nommée à la hâte ne sert en fait qu'à racheter l'échec de l'officielle Fondation pour l'intégration des immigrés, à laquelle ils ont participé pendant des années sans que ses travaux ne débouchent jamais sur le moindre résultat.

Les deux associations ont donc choisi de faire cavalier seul et de présenter leur propre rapport, qui doit servir de base à une loi voulue par à peu près tous les partis politiques. «Je comprends parfaitement que les associations militantes - au sens noble du terme - commencent à s'impatienter, commente Bernard Gut, bras droit du Conseiller d'Etat en charge de la Justice et de la Police. Le dépôt de leur rapport va certainement faire avancer les choses ».

Ce rapport demande notamment la création d'un Bureau de la Coordination à l'Intégration et la prise en charge par l'Etat de certaines tâches que les associations assument seules, comme le fait de rendre l'accès des guichets officiels plus aisé aux habitants qui ne parlent pas le français.

Mondial Contact et le CCSI souhaitent également l'instauration d'une commission qui examinerait périodiquement les problèmes d'intégration qui se posent à l'école, dans le système de santé ou au travail. Pour Sandrine Salerno, du CCSI, «une partie de la population genevoise vit actuellement dans des ghettos, même s'ils peuvent paraître dorés, comme ceux des fonctionnaires internationaux, qui n'ont pratiquement pas de vie sociale hors du cercle de leurs collègues de travail».

Et quand on lui demande si les 76,1 pour cent de non à la dernière initiative anti-étrangers ne sont pas finalement le signe que tout ne va pas si mal entre communautés genevoises, Sandrine Salerno se garde de pavoiser: «Bien sûr, nous vivons bien ensemble, mais n'oubliez pas les 35 pour cent qui ont accepté cette initiative au niveau national, ni le fait que Genève a refusé deux fois le droit de vote aux étrangers».

Quant à Bernard Gut, si ce score le réjouit, il refuse également d'y voir le signe que tout va pour le mieux dans la République. Pour le haut fonctionnaire de Justice et Police, «tirer prétexte de ce résultat pour ne rien faire serait certainement la plus mauvaise solution».

A Genève donc, il semble qu'autorités et partisans de davantage d'intégration soient destinés à finir par s'entendre.

Marc-André Miserez

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