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Genève s'investit dans le système de santé bosniaque

Dans l'ancienne Yougoslavie, les médecins spécialisés étaient bien formés. Mais pas les généralistes.

(Keystone Archive)

Une centaine de médecins et infirmières de Sarajevo reçoivent cette semaine des certificats couronnant une formation menée de front par Project HOPE et par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Peu après la fin de la guerre en Bosnie, la Commission des affaires humanitaires des Hôpitaux universitaires de Genève s'était demandé quel genre d'appui elle pouvait apporter à la réhabilitation du système de santé publique bosniaque.

La réponse lui est venue de la fondation suisse Project HOPE, filiale d'une ONG américaine - Health Opportunities for People Everywhere -, active dans de nombreux pays en matière d'éducation sanitaire, d'assistance humanitaire et de politique de santé, et qui avait déjà un relais à Sarajevo.

Il faut savoir que la Bosnie disposait jadis - comme toute l'ancienne Yougoslavie - d'un système de santé très axé sur la prévention, mais ignorant la notion de médecin de famille. Le corps médical était en grande majorité composé de spécialistes vers lesquels les patients étaient dirigés en fonction de leur âge ou de leurs maladies.

Aujourd'hui, le système de santé bosniaque est en pleine mutation. Il ne s'agit pas seulement de réparer les méfaits de la guerre en termes d'infrastructures et de matériel médical, ni de répondre à des besoins nouveaux comme le soutien psychologique aux nombreuses personnes traumatisées par l'exil et le deuil de leur proches.

Il faut aussi investir dans la formation. L'idée de base, explique le Dr Louis Loutan, responsable des affaires humanitaires des HUG, est de «mieux former les médecins généralistes pour qu'ils puissent eux-mêmes examiner, soigner, suivre, régler et assumer l'essentiel des tâches de premier recours».

Les spécialistes yougoslaves, poursuit-il, avaient un niveau de formation relativement bon. Mais ce n'était pas le cas des généralistes dont la fonction se limitait à un rôle de dépistage et d'orientation, pour ne pas dire à des tâches d'écriture d'ordonnances.

Depuis 1997, ce projet a pris peu à peu de l'ampleur, passant de cours organisés ponctuellement à Genève à un vrai cycle de formation continue dispensé à Sarajevo. Un projet qui bénéficie aujourd'hui du financement de la Coopération suisse à raison d'un demi-million de francs par année.

Les résultats sont là: une première volée de médecins et infirmières reçoivent ce vendredi le certificat qui couronne trois types de recyclage et de perfectionnement en médecine de famille, en formation de formateurs ou en management de centres de santé.

Il importait d'avoir une pédagogie orientée sur la participation des principaux intéressés, dit encore le Dr Loutan, qui constate que ce ne fut pas très facile au départ: «médecins et infirmiers qui avaient jusque-là un système de santé très hiérarchisé ont dû apprendre à trouver leurs propres solutions dans le dialogue».

La bonne surprise, selon le spécialiste genevois, c'est que des gens que la guerre avait divisés et rejetés dans des camps opposés ont réussi à surmonter leurs appréhensions et autres sentiments exacerbés par le conflit, et à collaborer alors que ce n'était pas gagné d'avance.

Humainement et professionnellement parlant, le Dr Loutan a donc quelques sérieux motifs de satisfaction. «Il y a même, dit-il, des choses que l'on fait là-bas qu'on ne fait pas chez nous!» A quoi pense-t-il? En particulier au manque de formation conjointe des médecins et du personnel infirmier suisse.

Dans ce domaine, ce serait trop souvent le chacun pour soi: «on commence seulement maintenant à travailler en termes d'équipes médicales». Ce qui revient à dire qu'on peut, à Genève, tirer aussi quelques leçons de la coopération à Sarajevo.

Bernard Weissbrodt, Genève


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