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Hodler entre ciels et lacs

Le lac de Thoune vu depuis Leissigen, peint par Hodler en 1904.

(Musée d'art de Berne)

Le Kunsthaus de Zurich présente 70 paysages peints par le plus grand peintre suisse du début du 20e siècle.

C’est d’ailleurs surtout grâce à ces paysages que Ferdinand Hodler suscite depuis quelques années l’intérêt des collectionneurs et des grands musées internationaux.

«Ferdinand Hodler n’accordait pas une grande importance à la peinture des paysages, explique Tobia Bezzola, curateur de l’exposition présentée au Kunsthaus. Généralement, il se consacrait aux paysages lorsqu’il ne recevait pas d’autres commandes et qu’il disposait d’un peu de temps libre.»

Or du temps libre, Ferdinand Hodler devait en avoir beaucoup… Jusqu’à présent, on a déjà découvert au moins 700 paysages peints par l’artiste bernois entre la fin du 19e et le début du 20e siècle.

L’exposition du Musée d’art de Zurich (Kunsthaus) – déjà présentée l’an dernier par le Musée Rath de Genève à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance du peintre – présente une sélection d’une septantaine d’œuvres splendides.

On y retrouve les principaux paysages qui avaient fixé le regard du peintre, à commencer par les Alpes bernoises, le lac de Thoune, le lac Léman ou la colline du Salève à Genève.

Le peintre avait en effet l’habitude de retourner exactement aux mêmes endroits, même à des années ou à des décennies de distance, pour lancer un nouveau défi à la lumière et aux couleurs de la nature.

Nature idéale

Ferdinand Hodler a débuté sa carrière dans un atelier de peinture de Thoune. Cette petite entreprise produisait des tableaux en série qui représentaient les paysages typiques de la région et qui étaient destinés aux touristes de passage.

Chaque artiste était spécialisé. Un peignait le lac, un autre la montage, un autre encore les habitants ou les chalets.

Cette vision stéréotypée du paysage semble être restée imprimée dans l’esprit artistique de Ferdinand Hodler durant toute sa vie.

C’est peut-être pourquoi le peintre a en réalité seulement recherché cinq ou six types de paysage au cours de sa longue carrière, principalement des lacs ou des montagnes. Ou bien des montagnes et des lacs ensemble. Ou, encore, des montagnes se reflétant dans des lacs…

Le peintre devait certainement avoir une conception bien précise de la manière dont devait être le paysage. C’est pourquoi il recherchait des lieux «idéaux» pour peindre la nature. Et, si nécessaire, il n’hésitait pas à retoucher la géométrie.

«Dans ses tableaux, Hodler contraignait les montagnes à se présenter selon sa volonté, comme si elles avaient été des modèles dans un atelier», souligne Tobia Bezzola.

C’est ainsi que les montagnes se retrouvent souvent sous la forme de triangles placés au centre de la peinture, tandis que les lacs et les nuages forment des ovales.

Un peintre national

Dans le même temps, le peintre bernois n’hésitait pas non plus à retoucher à la réalité en éliminant dans ses toiles les routes, les voies de chemin de fer ou tout autre témoignage du passage de la civilisation.

Les paysages de Ferdinand Hodler montrent un besoin d’ordre et d’harmonie, un besoin qui le poussait pratiquement à discipliner la nature et à la représenter sous des lumières et des couleurs plus favorables.

Il en est ressorti des œuvres d’une grande beauté esthétique et formelle qui expliquent, en partie, la popularité et le succès dont jouissait l’artiste au cours des 20 premières années du 20e siècle.

Considéré à cette époque comme le plus grand peintre suisse, la renommée de Ferdinand Hodler a par la suite été revue à la baisse, particulièrement à l’étranger, à cause de l’étiquette de peintre patriote et national liée à des œuvres historiques telles que «Guillaume Tell».

Toutefois, alors même que ses œuvres historiques subissaient un peu l’usure du temps, ses paysages ont recommencé à resplendir dans les musées et dans les mains des collectionneurs.

Il y a à peine deux ans, la toile «Grammont», dédiée au lac Léman, a été vendue aux enchères pour 4,2 millions de francs – un tel record n’avait jamais été atteint pour une œuvre de Hodler.

Une nouvelle cote internationale

«Contrairement aux portraits et aux tableaux historiques réalisés sur commande, Hodler évolue avec une totale liberté de recherche et d’expérimentation dans ses paysages», explique Paul Lang, conservateur du Musée d’art de Genève.

Ferdinand Hodler, qui avait su développer une grande originalité picturale au cours de la grande révolution artistique qui a eu lieu il y a plus d’un siècle, est de nos jours de plus en plus souvent comparé aux grands maîtres de son temps, comme par exemple Edvard Munch.

Au cours de ces dix dernières années, les œuvres du peintre suisse ont été achetées et remises en valeur par quelques-uns des plus grands musées du monde, comme le Musée d’Orsay de Paris ou le Musée d’art de Chicago.

«Surtout grâce à ses paysages, Hodler est en train de regagner la renommée internationale qui était la sienne il y a un siècle, lorsqu’il était encore en vie», conclut Paul Lang.

swissinfo, Armando Mombelli
(traduction: Olivier Pauchard)


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