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Il y a, à nouveau, un pilote dans l'avion

Mario Corti a incontestablement la cote auprès des actionnaires.

(Keystone)

Le grand vainqueur de cette assemblée de tous les dangers, c'est Mario Corti. Super Mario est déjà considéré comme l'homme qui sauvera Swissair. Mercredi soir, les actionnaires n'ont pas manqué de lui témoigner leur confiance.

15 heures dans l'immense Halle III de Zurich-Kloten. Le coup d'envoi de la grand'messe va être donné. Sur le podium, «Super Mario» sort un peigne de sa poche et tente de dompter la mèche rebelle qui barre son crâne dégarni. La salle applaudit à tout rompre. Pas de doute, le nouveau boss a la cote auprès de ses actionnaires.

Ceux-ci devront pourtant attendre 21 heures avant d'apprendre comment le pilote (il l'est réellement au civil) entend redresser l'avion. Un avion qui,selon lui, ne doit plus avoir honte de ses couleurs.

«Swissair et Crossair sont des marques fortes, martèle Mario Corti. Je suis toujours étonné par la bonne réputation dont jouissent nos compagnies... surtout à l'étranger, il est vrai».

Le groupe doit donc se recentrer sur son métier de base: le transport aérien et les activités au sol qui l'accompagnent. Tout ce qui n'entre pas dans ces catégories sera vendu. Les hôtels le sont déjà, une partie du parc immobilier suivra. Et parallèlement, l'organigramme du groupe sera simplifié et le Conseil d'administration amaigri.

Swissair va par contre continuer à développer ses secteurs les plus rentables. Soit le catering (restauration embarquée), dont il est numéro deux mondial, ainsi que les services au sol et les boutiques dans les aéroports, dont il est carrément le leader.

Et ceci avec une préoccupation centrale: le client. Tout en félicitant le personnel pour son engagement, Mario Corti l'appelle à en faire encore plus pour que le passager soit roi à bord des avions frappés du logo rouge... ce qui actuellement ne va pas toujours de soi.

Venu de la banque et du secteur alimentaire (il a notamment dirigé les finances de Nestlé), «Super Mario» apprend très vite son nouveau métier. Et il ne se prive pas de faire part à l'assemblée des deux ou trois choses qu'il en sait déjà.

Malgré son expansion fulgurante de ces 30 dernières années, le transport aérien demeure un secteur fragile. Les besoins en capital et les frais fixes sont énormes, la valeur des actions très volatile, et le mouvement de concentration n'en est qu'à ses débuts.

Ainsi, les deux tiers des vols à l'échelle mondiale sont encore opérés par des PME. Et l'avantage des regroupements n'est pas évident. Dans ce domaine, Mario Corti ne cache pas que le portefeuille de participations de Swissair est particulièrement médiocre.

Quant au pôle français du groupe, il obtient un sursis. Après l'avoir fait pour Air Littoral, Swissair coupera les vivres à AOM et à Air Liberté dès la fin juin. Mario Corti a averti personnellement le ministre français des transports Jean-Claude Gayssot, tout en précisant que le groupe helvétique «cherche une solution raisonnable» pour se défaire de ses participations.

En ce qui concerne Sabena, les discussions sont encore en cours. Mais Mario Corti ne veut en aucun cas augmenter la part que son groupe détient dans le capital de la compagnie belge.

On attendait également une déclaration sur l'avenir de l'aéroport de Zurich-Kloten, condamné à des sévères restrictions de trafic par l'accord passé cette semaine entre Moritz Leuenberger et son homologue allemand. Mario Corti en est, évidemment fâché. Et il promet que Swissair étudiera tous les moyens possibles pour se défendre.

Parmi ceux-ci, le nouveau patron a évoqué «une redéfinition du rôle de Genève-Cointrin», qui va bien au-delà de la simple déclaration d'intention, puisqu'un groupe de travail a été nommé pour plancher sur le sujet.

«Je ne vous promets pas de revenir sur toutes les décisions prise à l'époque, mais certaines options sont à nouveau ouvertes, notamment en ce qui concerne les longs courriers», a dit Mario Corti.

De quoi faire plaisir aux Romands et à tous ceux qui jugent que c'est à Genève que Swissair a entamé sa descente en vrille, notamment en laissant easyJet occuper le terrain.

Marc-André Miserez, Zurich

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