Incertitude autour de la succession de Samuel Schmid

Keystone

A la veille de l'élection d'un nouveau ministre, les prévisions restent difficiles. Il y a quelques jours encore, Ueli Maurer, candidat officiel de la droite nationaliste, faisait figure de grand favori à la succession de Samuel Schmid. Mais, les jeux semblent plus ouverts que jamais.

Ce contenu a été publié le 09 décembre 2008 - 16:24

Les surprises n'ont jamais manqué lors d'une élection au Conseil fédéral (gouvernement). A plusieurs reprises en effet, des candidats officiels des partis n'ont pas trouvé grâce aux yeux du Parlement.

Après la non réélection du ministre de la Justice Christoph Blocher, il y a tout juste un an, et le passage de son parti, l'Union démocratique du centre (UDC / droite nationaliste) dans l'opposition, le système est même devenu plus instable encore et les pronostics, par conséquent, plus difficiles.

Le Parlement qui est appelé mercredi à choisir un successeur au ministre de la Défense Samuel Schmid est le même qui, en décembre 2007, avait décidé de ne pas reconduire Christoph Blocher à son poste, lui préférant Eveline Widmer-Schlumpf, une démocrate du centre plus modérée et plus consensuelle.

Concordance arithmétique

Il est difficile de dire aujourd'hui si ce scénario est destiné à se répéter. La majorité de centre-gauche du Parlement (128 sièges sur 246) continue de disposer d'une force numérique suffisante pour barrer la route du gouvernement à un représentant de la frange dure de l'UDC. Mais toute la question est de savoir si elle entend user de cette force.

Il y a plusieurs semaines déjà, les partis gouvernementaux avaient annoncé qu'ils soutiendraient, en principe, le droit de l'UDC de réintégrer le gouvernement. En effet, ce parti représente la première force électorale du pays et l'abandon d'un système de concordance «arithmétique», basé sur la force des différents partis, pourrait se révéler problématique pour toutes les formations représentées au gouvernement.

Avec ces déclarations de principe, il devient un peu plus difficile pour les partis de la gauche et du centre de justifier un vote hostile au candidat officiel de l'UDC. La situation est d'ailleurs devenue encore plus complexe depuis que ce parti, suite à l'élection d'Eveline Widmer-Schlumpf, a adopté des statuts prévoyant l'expulsion automatique des ses membres qui accepteraient une élection au gouvernement sans être candidat officiel.

Des jeux encore ouverts

Suite à l'annonce du ticket officiel de l'UDC (Ueli Maurer et Christoph Blocher), la presse suisse avait été unanime pour dire que les jeux étaient pratiquement faits.

Dans un premier temps en effet, ce double ticket semblait la solution permettant de ménager la chèvre et le chou. D'une part, il permettait aux troupes de l'UDC de réaffirmer leur fidélité à leur leader historique Christoph Blocher; d'autre part, il permettait au parti de présenter un candidat issu de sa ligne dure, mais capable de réunir une majorité au sein d'un Parlement bien décidé à ne pas réélire l'ancien ministre de la Justice.

Les déclarations des responsables des autres partis avaient contribué à renforcer cette analyse. Ils décrivaient alors Ueli Maurer comme un homme capable de dialoguer avec ses adversaires et de rechercher le compromis. C'était toutefois faire fi des positions intransigeantes et idéologiques que celui-ci avait défendu lorsqu'il était président de l'UDC.

Un vent contraire

Mais pour Ueli Maurer, le vent a commencé à tourner quelques jours seulement après la présentation du ticket officiel UDC. Des voix critiques toujours plus nombreuses se sont fait entendre, soulignant que le candidat était un proche de Christoph Blocher et rappelant qu'il avait été coresponsable de campagnes politiques où l'UDC flirtait régulièrement avec les limites de la diffamation et du racisme.

«D'un point de vue stratégique, l'idéal pour l'UDC serait d'avoir une personnalité forte comme Ueli Maurer au gouvernement et Christoph Blocher comme chef de l'opposition», avait de son côté averti le politologue Pascal Sciarini dans les colonne du quotidien romand Le Temps.

Le scepticisme à l'encontre de l'ancien président de l'UDC n'a donc cessé d'augmenter, à tel point qu'Ueli Maurer lui-même a commencé à douter de ses chances d'être élu au gouvernement. «En ce moment, mes chances sont inférieures à 50%», a-t-il d'ailleurs déclaré dimanche dernier au journal alémanique Sonntag.

Les voix du centre

Ce qui manque en fait à Ueli Maurer, ce sont les voix du centre. Le soutien de son propre parti et du Parti radical-démocratique (PRD / droite) – qui s'est déjà exprimé en sa faveur – n'est en effet pas suffisant pour lui garantir une élection au gouvernement.

Compte tenu de l'opposition de la gauche, c'est donc une nouvelle fois le Parti démocrate-chrétien (PDC / centre-droit) qui détient les clefs de l'élection. Mardi, à l'issue d'une audition par le groupe parlementaire (qui comprend également les Verts libéraux et le Parti évangélique populaire) des candidats UDC, le sénateur Urs Schwaller a annoncé qu'une faible majorité (23 votes sur 45 valides) s'est exprimée en faveur d'Ueli Maurer.

L'élection de mercredi se jouera toutefois à peu de voix près. D'autres noms de possibles ministres UDC continuent de circuler. Il s'agit notamment de ceux des députés Hansjörg Walter, Bruno Zuppiger et Adrian Amstutz, du sénateur Hannes Germann ou encore de Rita Fuhrer, membre du gouvernement zurichois.

Redistribuer les cartes

Elire l'une des ces personnalités équivaudrait à défier ouvertement l'UDC, ce qui pourrait avoir des conséquences tout à fait imprévisibles sur les équilibres politiques au cours des prochaines années. Mais une partie du Parlement pourrait être tentée de le faire, et ce pour au moins deux raisons.

Premièrement, le Parlement marquerait ainsi sa volonté de ne plus se faire dicter les règles du jeu. La décision de l'UDC d'exclure automatiquement des candidats non officiels qui accepteraient leur élection est en effet perçue par beaucoup d'élus comme une limitation inacceptable des prérogatives du Parlement.

Deuxièmement, étant donné qu'il semble très peu probable qu'un candidat non officiel accepte son élection dans de telles conditions, un tel vote serait l'occasion de «redistribuer les cartes». Une nouvelle élection serait alors nécessaire pour remplacer Samuel Schmid et l'UDC serait alors contrainte de repenser toute sa stratégie.

swissinfo, Andrea Tognina
(Traduction de l'italien: Olivier Pauchard)

Faits

Actuellement, le gouvernement suisse est composé de:
2 membres du Parti radical-démocratique (PRD / droite)
2 membres du Parti socialiste
1 membre du Parti démocrate-chrétien (PDC / centre-droit)
2 membres du Parti bourgeois démocratique (nouveau parti issu d'une scission au sein de l'UDC)

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L'élection des ministres suisses

Les sept membres du Conseil fédéral sont élus en début de législature par les deux Chambres du Parlement (Assemblée fédérale). Les ministres élus restent en place durant quatre ans, puis doivent à nouveau être confirmés par le Parlement.

Les ministres sortant ont pratiquement toujours été réélus par l'Assemblée fédérale. A quatre reprises seulement (1854, 1872, 2003 et 2007), un conseiller fédéral en fonction n'a pas été réélu. C'était arrivé il y a un an à Christoph Blocher, qui avait dû céder son fauteuil à Eveline Widmer-Schlumpf. En 2003, ce même Christoph Blocher avait pris le fauteuil de la démocrate-chrétienne Ruth Metzler.

Lorsqu'un ministre démissionne, son parti propose un ou plusieurs candidats pour le remplacer. En règle générale, le Parlement choisit un candidat officiel, mais il peut aussi faire un autre choix. C'est ce qui était arrivé à Samuel Schmid, en 2000, lorsqu'il avait été préféré aux deux candidats officiels de l'UDC.

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Candidature verte

L'unique grand parti qui s'oppose au retour de l'UDC au gouvernement est le Parti écologique suisse (les Verts).

N'étant pas représentés au gouvernement, les Verts ont, il est vrai, moins à perdre que les autres à l'abandon d'une interprétation «arithmétique» de la concordance.

Pour l'élection de mercredi, les Verts soumettent la candidature du sénateur vaudois Luc Recordon, qui s'était déjà présenté l'an dernier contre Christoph Blocher. Mais cette candidature n'a pratiquement reçu aucun soutien des autres partis est semble condamnée à l'échec.

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