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Internet: après la «toile», la «grille» se tisse au CERN

(swissinfo.ch)

L'idée est simple: mettre en réseau des millions d'ordinateurs parfois sous-utilisés pour en faire un super-centre de calcul mondial. Après la révolution du web (la toile), les scientifiques - et notamment ceux du CERN à Genève - préparent celle du «grid» (la grille), qui marquera le prochain âge de l'Internet.

Sur sa page d'accueil, l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire se présente fièrement comme le lieu de naissance du web. Paternité incontestable, mais pas unique.

En effet, si les chercheurs du CERN ont mis au point les protocoles qui évitent de passer une demi-heure derrière son écran pour envoyer un fichier d'Europe aux Etats-Unis, c'est bien outre-Atlantique que sont nés les navigateurs, ces programmes qui permettent à tout un chacun d'accéder si facilement à la toile.

Cette histoire d'invention européenne commercialisée par les Américains risque-t-elle de se répéter avec la grille? La perspective n'effraie pas Fabrizio Gagliardi. «Notre rôle est d'abord de faire tourner nos accélérateurs de particules, pas de faire de l'informatique», précise d'emblée le directeur du projet DataGrid au CERN.

De toute façon, la grille - pure affaire de scientifiques, du moins dans un premier temps - est plutôt bien partie pour être une vraie réalisation mondiale. Une réunion tenue au mois de mars à Amsterdam a permis la fondation d'un «Global Grid Forum», où Américains, Japonais et Européens se sont engagés à tous tirer à la même corde. L'expérience du web a montré en effet qu'il était nettement plus facile de s'entendre lorsque les protocoles sont unifiés.

Une première donc, immédiatement suivie d'une autre, qui réjouit beaucoup Fabrizio Gagliardi: l'Union européenne a décidé d'allouer un crédit de 15 millions de francs pour le développement des logiciels nécessaires au fonctionnement de la grille et c'est le CERN qui sera chargé de coordonner les travaux entre les 21 partenaires impliqués sur le continent.

Mais au fait, le grid, comment ça marche? «L'ère des super-ordinateurs IBM ou Cray est pratiquement révolue, explique Fabrizio Gagliardi. Aujourd'hui, le PC que vous trouvez dans le commerce tourne avec un processeur aussi puissant que ces grosses machines et au CERN, nous les avons remplacées par des étagères entières d'ordinateurs personnels mis en réseau».

L'idée de la grille est donc d'interconnecter ces réseaux locaux pour en faire un réseau mondial. Et contrairement au web, qui fonctionne encore le plus souvent avec une structure en toile d'araignée (un serveur pour de nombreux clients), le grid sera une véritable grille, tissée entre des ordinateurs qui vont travailler «d'égal à égal».

Tous les projets de recherche qui nécessitent d'énormes puissances de calcul, comme les travaux du CERN, mais également ceux du génome humain ou de la modélisation des galaxies (entre autres exemples) vont donc pouvoir en bénéficier. Sans oublier l'industrie, qui travaille souvent de manière éclatée entre des centres de recherche et des usines réparties dans le monde entier.

«Aujourd'hui, les machines et les lignes à haut débit qui permettent de les connecter sont là. Le matériel ne pose donc pratiquement pas de problèmes, précise Fabrizio Gagliardi. Ce qui nous reste à mettre au point, ce sont des programmes suffisamment performants pour savoir en tout temps quel centre pourra faire les calculs demandés avec l'efficacité maximale et au coût le moins élevé».

Avec le grid, les scientifiques préparent donc LE super-ordinateur mondial de demain. Eclaté entre des millions de petites boîtes réparties sur tous les continents, il n'aura, on le voit, rien de commun avec la grosse machine centrale qu'imaginaient volontiers les auteurs de science-fiction des années 60.

Une révolution invisible donc, et ce d'autant qu'elle ne concerne pour l'heure pas l'utilisateur lambda. Mais cela devrait venir. «Prenez l'exemple de Napster, cette communauté d'échange de musique. Il s'agit d'un réseau où chacun peut être à la fois fournisseur et client. Et dans ce sens, c'est bel et bien une forme de grille pour le grand public», rectifie Fabrizio Gagliardi.

Pour le directeur du projet au CERN, le développement de la technologie permettra certainement, à terme, d'offrir à chaque utilisateur des possibilités nouvelles. Comme l'accès à une puissance de calcul ou à des capacités de stockage de données encore insoupçonnées aujourd'hui.

Marc-André Miserez


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