Interview de Lukas Mühlemann

swissinfo: Vous êtes un des leaders de l'économie de ce pays. Comment voyez-vous la Suisse d'aujourd'hui?

Ce contenu a été publié le 18 août 2002 - 10:51

Lukas Mühlemann: La Suisse a tous les atouts pour être un pays prospère occupant une position dominante dans de nombreux secteurs. Que ce soit l'industrie chimique, la finance, l'alimentation, les montres ou encore la mécanique de précision.

La Suisse doit-elle s'intégrer à l'Union Européenne (UE)?

Je poserais le problème différemment. Géographiquement, la Suisse est au milieu de l'Europe. Cela dit, elle a ses traditions propres. Et les Suisses sont très attachés à leurs cultures ainsi qu'à leur système politique. En ce sens, la Suisse est très différente du reste de l'Europe.

Nous avons conclu des accords bilatéraux et il faudra voir à la longue comment les relations évoluent entre la Suisse et l'UE, à l'heure où sa politique est à l'expansion avec les pays de l'Est.

Quels sont les avantages du secret bancaire?

Ce n'est pas la Suisse qui y trouve avantage, mais les clients d'une banque qui garantit une certaine sphère de confidentialité. C'est très important pour la majorité des Suisses et pour moi-même. C'est une nécessité, à condition, bien entendu, qu'il n'y ait pas d'abus. Ce qui est le cas en Suisse.

Contrairement à d'autres pays, les banques suisses ne fournissent pas automatiquement des informations aux services fiscaux. Et le secret bancaire n'est levé que s'il y a soupçon de blanchiment ou lors d'enquêtes criminelles.

Nous devons impérativement conserver ce régime qui permet à la fois de préserver cette sphère de confidentialité, tout en empêchant les criminels de sévir.

Mais le secret bancaire protège aussi la fraude fiscale...

La Suisse prélève des impôts à la source sur les mouvements financiers réalisés dans le pays. Hélas, il y a actuellement une faille à cette loi sur des mouvements réalisés vers l'étranger. Nous avons fait une proposition à l'UE pour y remédier.

L'évasion fiscale doit-elle être punie en Suisse?

Le principe de retenue à la source me semble être un très bon système. Il évite de criminaliser un simple oubli ou une petite fraude. En revanche, en cas de grosse triche, il permet de récupérer des revenus. C'est pourquoi la Suisse a un taux de conformité fiscal très élevé, par rapport à la plupart des autres pays d'Europe.

Seriez-vous favorable à une amnistie fiscale comme en Italie ou en Allemagne?

Il revient à chaque pays d'en décider et je peux le comprendre. Mais je peux comprendre également que l'on s'y oppose.

Notre stratégie est d'offrir des services de qualité en Suisse et sur toute la planète. Ainsi partout où nos clients décident de faire gérer leur fortune, nous espérons être présents et leur donner satisfaction.

Une amnistie fiscale porterait-elle préjudice à la place financière helvétique?

Après l'amnistie fiscale en Italie, nous avons constaté que l'impact en est relativement limité. Mais il est clair que plus la situation fiscale est intéressante à l'intérieur d'un pays, plus les chances de voir s'évader l'argent diminuent.

Cependant, je crois qu'il y aura toujours un grand marché extraterritorial, pas seulement pour des raisons fiscales, mais avant tout parce que les clients veulent diversifier leurs placements géographiquement.

Beaucoup de managers ont eu des problèmes ces deux dernières années. Vous êtes toujours fiers d'en être un ?

Ceux que l'on applaudissait hier sont aujourd'hui montrés du doigt comme des boucs émissaires pour les pertes subies par beaucoup d'investisseurs. C'est compréhensible. En ce qui me concerne, j'essaie de faire mon travail au mieux et de manière intègre. Et j'en suis fier.

Quelles sont les retombées de la chute de l'empire financier de Martin Ebner pour la place helvétique?

Les conséquences sont pour l'heure minimes. A lire les articles parus sur le Groupe BZZ, les investissements sur ce groupe ne représentent que 1% du marché suisse.

Cela dit, l'affaire a plus de conséquence pour les petits investisseurs qui ont écouté Martin Ebner, et ils sont nombreux à avoir perdu de l'argent.

Pourriez-vous jurer de la conformité des comptes du Credit Suisse?

Bien entendu. Nous sommes très attentifs à nos déclarations financières et nous n'avons aucune difficulté à les certifier.

Une fusion entre le Credit Suisse et UBS vous semble-t-elle possible?

Je ne pense pas. Une trop forte concentration du marché ne rendrait service ni deux banques ni à la Suisse.

swissinfo

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