Invalidité: les chiffres relancent la polémique

80% des bénéficiaires d'une rente sont devenus invalides suite à une maladie, et 34% à une maladie psychique. Keystone

Le nombre de bénéficiaires de l'assurance invalidité (AI) a quasiment augmenté de 50% au cours des dix dernières années. Alors que les comptes restent dans le rouge.

Ce contenu a été publié le 15 septembre 2003 - 18:58

Ces chiffres risquent d'alimenter la polémique engagée par la droite dure à propos des «faux invalides» qui abuseraient de l’AI.

Quelque 465’000 personnes ont touché une prestation de l'AI en Suisse en 2002 (320‘000 en 1992) et 271’000 personnes ont perçu une rente entière, soit 4,8% de plus qu’en 2001. Ces chiffres émanent du rapport annuel de l'Office fédéral des assurances sociales (OFAS).

Voilà qui apporte de l’eau au moulin de la droite dure de l’Union démocratique du centre (UDC). En juin dernier en effet, son tribun Christoph Blocher avait politisé le débat sur les problèmes financiers de l’AI.

Dans une virulente campagne de presse et d’affichage, le député UDC avait estimé que l’assainissement des assurances sociales suisses devait commencer par l’assurance invalidité, première victime d’abus.

«La majorité des malades psychiques sont des simulateurs», avait-il notamment affirmé, convaincu que beaucoup ne souhaitaient pas guérir pour continuer à bénéficier de leur rente.

Une rente qui atteignait en janvier 2003 la somme de 1491 francs au maximum.

Un cas sur trois d’ordre psychique

L’OFAS confirme que presque 80% des bénéficiaires d'une rente sont devenus invalides suite à une maladie, et 34% à une maladie psychique.

On trouve beaucoup jeunes et de moins de 20 ans dans cette dernière catégorie.

Pour Colette Nova, de l’Union syndicale suisse, ce phénomène est proportionnel à l’augmentation de l’offre médicale. «Dans les régions où le nombre de cabinets de psychiatre augmente, le nombre de maladies psychiques augmente, surtout parmi les jeunes.»

Enfin, les infirmités congénitales et les accidents sont des causes d'invalidité moins fréquentes.

Augmentation du stress

De manière générale, l'OFAS explique cette hausse par différents facteurs: le vieillissement de la population, la mauvaise conjoncture économique, le fait que la prestation soit perçue plus longtemps vu que l'âge moyen d'entrée dans l'assurance a diminué et l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes.

Du côté des employeurs, Hubert Barde, vice-président de l’Union patronale suisse, confirme à swissinfo: «Il est certain que la vie est devenue beaucoup plus stressante en dix ans. Le chômage n'arrive pas toujours à recycler les victimes de cette évolution, qui finissent souvent par émarger au budget de l'assurance invalidité.»

Côté syndical, Colette Nova estime que, pendant les années de vaches grasses, «la Suisse a importé en masse de la main-d’œuvre non qualifiée, plus difficile à recycler et à réintégrer en cette période de crise économique».

Les plus âgés plus touchés

La part des hommes se monte à 265’000, celle des femmes à 200’000. Ce sont les assurés de plus de 40 ans mais n'ayant pas passé l'âge de la retraite qui représentent le groupe le plus affecté par les ennuis de santé.

Environ 25% des hommes et 16% des femmes deviennent bénéficiaires entre 60 ans et l'âge de la retraite. Affinant son approche, l'OFAS précise que la probabilité d'être invalide suit une courbe en «U» selon l'âge.

«Abus social»

L’UDC avait également pointé du doigt les entrepreneurs qui dégraissaient en licenciant les employés proches de l’âge de la retraite et donc en «abusant socialement» de l’AI, comme par exemple les Chemins de fer fédéraux.

Depuis, la polémique ne cesse d’enfler. Il y a quinze jours, l’entreprise de Christoph Blocher, Ems-Chemie, annonçait la suppression de 43 emplois. Ce qui a fait bondir le Parti socialiste.

L’un de ses représentants, le conseiller national Andrea Hämmerle a épinglé dans le quotidien alémanique Blick une politique «scandaleuse qui consiste à s’acharner contre les invalides d’un côté et, de l’autre, à produire des simulateurs dans sa propre entreprise.»

De leur côté, les syndicats désignent également les cantons, qui financent 2,5% de l’AI. «Pour les cantons, cela revient moins cher de faire émarger des chômeurs en fin de droit à l’AI plutôt que de les inscrire au bénéfice de l’aide sociale, dont les budgets explosent également.»

14% de rentiers à l’étranger

Autre cheval de bataille de la droite: les étrangers. L’OFAS précise que les Suisses sont sur-représentés dans la catégorie des maladies psychiques. Les étrangers, eux, sont en majorité victimes de maladies corporelles et d’accidents.

La probabilité d’émarger à l’AI est de 5,9% chez les Suisses et de 3,3% chez les étrangers. Parmi ces derniers, 14% des rentiers (39'000) sont retournés dans leur pays d’origine.

De son côté, le gouvernement planche sur la 5e révision de l’AI et devrait soumettre son projet en procédure de consultation d’ici à la fin de l’année. La nouvelle loi, qui limite l’accès à l’AI, ne devrait pas entrer en vigueur avant 2005 au plus tôt, et 2007 au plus tard.

swissinfo et les agences

En bref

- Recettes de l’AI (en milliards de francs):
Contribution des salariés: 3,8
Confédération: 3,7
Cantons: 1,2
Déficit: 1,2

- L’AI compte 4'180'000 cotisants et 460'000 bénéficiaires.

- Nombre de rentes pleines:
1960: 26’000
1980: 123’000
1990: 164’000
2000: 229’000
2003: 271’000

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