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Jean Ziegler entame sa croisade onusienne contre la faim

Les analyses de Jean Ziegler susciteront sans doute nombre de commentaires au cours des prochains jours.

(Keystone)

C'est une vraie semaine inaugurale que Jean Ziegler vit à Genève. Nommé l'automne dernier rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, c'est ces jours-ci qu'il présente son premier rapport à la Commission des droits de l'homme.

Un rapporteur spécial, dans le jargon onusien, c'est un expert désigné à titre personnel pour examiner certaines pratiques en matière de droits de l'homme. Ils sont, aujourd'hui, une cinquantaine à rendre compte soit de situations particulières à des pays, soit - comme Jean Ziegler - de problèmes abordés de manière thématique et globale.

Le mandat confié au professeur genevois est nouveau. Il lui revient de recueillir toutes informations utiles sur la mise en œuvre du droit à l'alimentation et faire en sorte qu'il soit effectivement appliqué, ce qui ne peut se faire évidemment qu'avec la collaboration des gouvernements et des institutions internationales.

En clair, on lui demande d'abord d'élaborer des normes et des stratégies, ce qui suppose aussi des définitions. Et dans ce domaine, celui des concepts et des plans de bataille, Jean Ziegler connaît la musique, on n'a guère de soucis à se faire pour lui.

«Le droit à l'alimentation, écrit-il, est le droit d'avoir un accès régulier, permanent et libre, soit directement, soit au moyen d'achats monétaires, à une nourriture quantitativement et qualitativement adéquate et suffisante, correspondant aux traditions culturelles du peuple dont est issu le consommateur, et qui assure une vie psychique et physique, individuelle et collective, libre d'angoisse, satisfaisante et digne.»

Les problèmes commenceront pour lui lorsqu'il s'attaquera à ce qui fait obstacle à la réalisation de ce droit fondamental, c'est-à-dire à une certaine façon d'organiser le commerce mondial, à l'endettement des pays pauvres, à la modification génétique des plantes, à la corruption, à l'accès à la terre et au crédit ou encore aux discriminations de toutes sortes.

En mettant le doigt sur ces réalités-là, Jean Ziegler ne va pas se faire que des amis. Certains gouvernements voient déjà dans son mandat une manière de nouvelle ingérence occidentale. Et, même à l'intérieur du système des Nations Unies, on peut prévoir que ses «coups de gueule» ne plairont pas à tout le monde.

Par exemple, quand il dénonce des contradictions entre ce que fait le Fonds monétaire international - dont certains plans d'ajustement «augmentent la sous-alimentation dans les pays où ils sont appliqués» - et ce que fait d'autre part le Programme alimentaire mondial, qui chaque jour «nourrit 89 millions de personnes».

Il y a urgence. Le temps, c'est la vie humaine, dit celui qui, il n'y a pas si longtemps, avait déjà rédigé «La faim dans le monde expliquée à mon fils» et qui, aujourd'hui, propose sans attendre trois mesures prioritaires qui permettraient d'alléger les souffrances de millions de gens qui souffrent de faim.

Il invite les Etats concernés à mettre des semences locales et des terrains pour jardins potagers familiaux à disposition des familles les plus pauvres. Il leur demande aussi d'offrir des repas scolaires journaliers à tous les enfants nécessiteux et de subventionner des tickets donnant accès aux aliments aux plus démunis.

Les analyses, critiques et recommandations de Jean Ziegler susciteront, sans doute, nombre de commentaires au cours des prochains jours. Les listes des intervenants, notamment celle des ONG, sur le thème des droits économiques, sociaux et culturels ne cessent de s'allonger: la Commission des droits de l'homme est entrée dans sa phase marathon, de jour et de nuit.

Bernard Weissbrodt


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