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Jimmy Carter, de Camp David aux accords de Genève

Prix Nobel de la paix 2002, Jimmy Carter est engagé depuis longtemps dans le dossier du Proche-Orient.

(Keystone)

L’ancien président américain, Jimmy Carter, soutient l’Initiative de Genève, un plan de paix israélo-palestien non officiel.

Il a confié à swissinfo que cet accord pourrait donner une impulsion à la «feuille de route» de l'administration Bush. Mais celle-ci doit modérer ses positions pro-israéliennes.

Le plan de paix officieux qu’est l’accord de Genève a reçu le soutien de nombreuses personnalités israéliennes et palestiniennes. Le gouvernement suisse a pour sa part offert un soutien logistique et financier à cette initiative.

L’accord, qui sera signé le 1er décembre à Genève, a attiré de sévères critiques du gouvernement israélien et de groupements juifs, mais aussi de factions palestiniennes.

swissinfo: Monsieur le Président, pourquoi avez-vous accepté l’invitation de la Suisse à assister à la signature de l’accord de Genève, le 1er décembre?

Jimmy Carter: Le Centre Carter a été tenu informé depuis plusieurs années du bon travail qui était fait par les parties impliquées dans cet accord. Et au cours des derniers mois, un de nos représentant était présent aux négociations.

Et bien sûr, je suis moi-même engagé dans le dossier du Proche-Orient depuis longtemps. J’ai d’ailleurs négocié et obtenu les accords de Camp David de 1978.

Par ailleurs, j’ai été très découragé et déçu par le manque de progrès dans le processus de ce qu’il est convenu d’appeler la «feuille de route». Les Israéliens et les Palestiniens n’ont pas fait un pas vers la paix. Les activités de colonisation se poursuivent en particulier.

Par contre, ce que l’accord de Genève prévoit est parfaitement et précisément compatible avec l’objectif ultime de la «feuille de route» et des accords d’Oslo de 1993.

swissinfo: Le rôle de la Suisse, instigatrice et promotrice de ce document, a été critiqué, par Israël notamment, qui le dit “pire que les accords d’Oslo”. Pensez-vous que c'est à un pays tel que la Suisse de tenter de résoudre ce conflit?

J. C: Nous sommes très reconnaissants envers les Suisses. Oslo, qui constitua un pas d’une importance majeure en direction de la paix , fut presque entièrement fait par les Norvégiens, sans beaucoup de soutien de la part des Etats-Unis.

swissinfo: L’ancien président Bill Clinton, convié à Genève, n’a pas encore accepté l’invitation. Et personne du gouvernement actuel n’a prévu d’assister à la signature de l’Initiative de Genève. Devraient-ils être présents l'un comme l'autre?

J. C: Oui, j’aimerais beaucoup qu’ils soient là. Je suis content qu’au moins, l’administration Bush n’ait pas condamné l’accord de Genève. J’ai l’impression que cet accord va bénéficier d’un soutien croissant, en Israël et ailleurs.

swissinfo: Les partisans de l’accord de Genève affirment qu’il s’appuie largement sur les propositions que M. Clinton a faites à Ehoud Barak et Yasser Arafat à Camp David en 2000. Est-ce correct?

J. C: C’est une continuation de Camp David. Ceci dit, les propositions faites à Camp David étaient inacceptables aux yeux des Palestiniens. Yasser Arafat n’aurait pas pu survivre sur le plan politique s’il les avait acceptées.

Elles conservaient intact un grand nombre de colonies de peuplement à Gaza et en Cisjordanie. Et puis, elles ne fournissaient pas de solution tangible aux problèmes de Jérusalem et des réfugiés. Mais c’était une base, et l’accord de Genève est l’apogée de tous les accords qui ont été conclus précédemment.

swissinfo: Les auteurs de l’accord de Genève disent que leur document règle toutes les questions, y compris celles de «statut final»: réfugiés, colonies, frontières d’un Etat palestinien et Jérusalem. Quelles sont ses forces et ses faiblesses?

J. C: De manière générale, des concessions de part et d’autre ont permis de faire un pas en avant, ce qui est positif. Par exemple, les dispositions concernant le retour des réfugiés devront être approuvées par le gouvernement israélien.

Il y a aussi un progrès en ce qui concerne les colonies. Pour la première fois, il est prévu que les colons pourront rester dans leurs maisons en terre palestinienne. Et puis, est aussi prévu le déménagement des colonies israéliennes les plus avancées qui, dès le départ, étaient illégales.

swissinfo: L’accord de Genève est-il le meilleur accord qui puisse être obtenu en ce moment?

J. C: A ce stade, c’est le meilleur qu’on puisse avoir, et c’est une chose bien difficile à accomplir que de faire ce type de concessions.

swissinfo: A propos, avez-vous rencontré les deux principaux auteurs de l’accord, le Palestinien Yasser Rabbo et l’Israélien Yossi Beilin?

J. C: Je connais M. Beilin mais je n’ai pas encore eu l’occasion de rencontrer M. Rabbo.

swissinfo: Les autorités israéliennes ont dénoncé M. Beilin comme un «traître». Quelle opinion avez-vous de lui?

J. C: C'est un héros, un citoyen d’Israël très courageux et tenace.

swissinfo: Au vu de la situation sur le terrain, il semble que la «feuille de route», parrainée par les Etats-Unis et les trois autres membres du Quartet (Russie, Union Européenne et ONU), ne fonctionne pas. Comment alors sortir de cette impasse?

J. C: L’accord de Genève est tout à fait compatible avec le but ultime de la «feuille de route». C’est le processus par étapes qui a tué cette dernière.

Le gouvernement israélien n’a pas souhaité prendre les premières mesures, comme le démantèlement des colonies, et cela a conduit à la violence du côté palestinien. Mais je crois que l’accord de Genève fournit une image de ce qui peut être accompli.

swissinfo: En Suisse comme dans d’autres pays d’Europe, on est souvent d’avis, surtout depuis l’arrivée de M. Bush à la Maison Blanche, que les Etats-Unis ne sont pas équitables dans la gestion du conflit israélo-palestinien. Etes-vous d’accord?

J. C: Je partage effectivement cet avis. Le président Bush est le premier président américain, depuis la création de l’Etat d’Israel, à avoir adopté une position qui manifeste un penchant marqué en faveur du camp israélien.

Mais la situation n’a pas été facile pour ses prédécesseurs aux Etats-Unis. Ils ont été critiqués à chaque fois qu'eux-mêmes critiquaient la politique américaine au Proche-Orient ou le gouvernement israélien.

Ce qu’il faut, c’est une série de propositions équilibrées. Malheureusement, le président Bush a presque invariablement pris le parti du Premier Ministre Sharon. Ou alors, quand M. Sharon a refusé d’accepter des propositions américaines, Washington n’a, de fait, pas prêté attention à ce qu’Israël a fait par la suite.

Il y a eu que quelques déclarations molles de la part de l’Administration Bush à propos des colonies et de la clôture, mais aucun effort réel pour faire plus.

swissinfo-interview, Marie-Christine Bonzom, Washington

En bref

- Non officielle, l’Initiative de Genève sera signée le 1er décembre dans la ville de Calvin.

- Ce plan de paix d’une cinquantaine de pages résulte des efforts des anciens ministres israélien Yossi Beilin et palestinien Yasser Abed Rabbo.

- Le Premier ministre Ariel Sharon, ainsi que certaines factions palestiniennes y sont fortement opposés.

- La Suisse a apporté un soutien logistique et financier à la diffusion du texte en Israël et en Palestine.

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