Jonathan, le Tibet toujours

«Que cherches-tu Jonathan? Une étoile en plein jour» swissinfo.ch

Cosey sort ces jours le 13e album des aventures de son personnage-fétiche, Jonathan. «La saveur du Songrong» nous replonge dans l'antagonisme sino-tibétain.

Ce contenu a été publié le 18 novembre 2001 - 13:01

«Le Tibet, c'est un lieu qui m'a fait rêver quand j'étais gamin, adolescent. J'ai lu les récits d'Alexandra David-Neal, j'ai lu Tintin au Tibet. Cela me plaisait: j'aimais la montagne, j'étais intéressé par les philosophies orientales. Alors pourquoi pas le Tibet?», se souvient Cosey.

«En dessinant Jonathan, j'ai assez vite épuisé les images qui existaient sur le Tibet. Il y en avait peu à l'époque, contrairement à aujourd'hui. Cela a été un déclencheur qui m'a fait aller chercher mes propres images», ajoute-t-il. Depuis, Cosey s'est rendu cinq fois au Tibet, la dernière en 1998. Précision: «Jamais dans la même région».

Incunable et champignons miraculeux

Jonathan, dont le premier album avait été publié en 1977, vit donc sa treizième aventure. Au cœur de celle-ci, un manuscrit, «Les entretiens de Lingpa», un recueil d'enseignements secrets rédigés au 14e siècle par Lingpa, un Sage tibétain. L'unique exemplaire de cet ouvrage est parvenu à Tulku Lingpa XI, 11e réincarnation du Sage en question.

Mais lors de la Révolution culturelle, les Chinois, non contents de saccager les temples, brûlent également les livres. Et faute de mettre la main sur ces fameux entretiens, ils emprisonnent Tulku Lingpa X1. Le dernier album de Cosey s'ouvre sur son évasion, et sa mort consécutive.

Le «songrong» est un champignon réputé pour ses vertus médicinales. Songrong et manuscrit entretiennent dans cet album un lien que nous ne dévoilerons pas ici, mais, on s'en doute, Jonathan aura à faire aux deux. Et à la belle colonel(le) chinoise Lan, déjà présente dans l'album précédent, «Celui qui mène les fleuves à la mer».

Car Cosey se refuse au manichéisme: «L'histoire va se résoudre grâce à une dissidente chinoise, et ça, ça me plaît bien, je suis content de cette idée. Ma position est claire, et celle de Jonathan aussi: l'occupation du Tibet par la Chine est inacceptable. Mais il ne faut pas pour autant condamner chaque Chinois. Ce n'est pas une question de race, mais d'approche politique».

Ces fameux «Entretiens de Lingpa», on en parle donc beaucoup dans «La saveur du Songrong», mais on ne saura pas grand chose sur leur contenu, comme l'admet Cosey: «J'ai pris le parti de considérer que c'était un texte traditionnel. J'aurais pu essayer d'inventer un texte, mais ça me paraissait très prétentieux, un peu fumeux. Qu'est-ce que je pouvais inventer comme enseignement spirituel?»

Le «Pictionnary» comme langage

Le nouveau Jonathan, paru aux Editions du Lombard, est au croisement du polar, de la quête spirituelle et de la romance amoureuse. Mais comme toujours chez Cosey, c'est aussi une immersion dans un univers culturel bien précis, retranscrit au travers d'une foule de détails matériels et de portraits, ainsi ces vieilles femmes Naxi, aux propos joyeusement libertins. Du vécu?

«Je ne parle pas le Chinois et encore moins le Naxi. Donc quand je voyage, les échanges sont non-verbaux. Je pratique le 'pictionnary': je fais des petits croquis, ça fait rire les gens, il y a un échange avec eux, ils reprennent le crayon», commente Cosey.

Alors les propos en question sont-ils de la pure fiction? «Même si on ne parle pas la langue, on observe, on voit les rires, les regards. On devine certaines choses. En l'occurrence, c'est une société matriarcale, où de toute évidence, les femmes sont très libérées. L'amour et la sexualité y sont un sujet de plaisanterie quotidien. J'ai transposé, mais tout en m'assurant ensuite par des lectures que je ne déraillais pas complètement!»

«Thank you for the dayyyyyyys...»

A chaque nouvelle aventure de son héros, Cosey précise en quatrième de couverture la musique qui doit accompagner la lecture de l'album. Cette fois-ci, il s'agit de «Tibet, Tibet» de Yungchen Lhamo, de «Tian e» de Ling Ling Yu et de «Days» des Kinks.

Le clin d'œil d'un passionné de musique qui fut, dans les années 67-68, le bassiste d'un groupe local baptisé «Les Momies». Et cela sous le pseudonyme de «Bud Coco», ça ne s'invente pas.

Plus sérieusement, signalons encore qu'une exposition consacrée à Cosey (et aux photos tibétaines de son ami Jean-Pierre Grandjean) aura lieu à la Librairie Galerie Raspoutine du 30 novembre au 18 décembre. A cette occasion sera dévoilé un tirage de luxe (399 exemplaires numérotés) de «La saveur du Songrong».

Bernard Léchot

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