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L'éthique à tout prix

Le besoin d’une réflexion éthique concernant la recherche scientifique remonte aux années 80.

(Keystone)

Depuis une dizaine d’années, les commissions d’éthique au service des secteurs public et privé foisonnent en Suisse.

En fait, même les politiciens et les économistes ont de la peine a suivre les progrès de la science et, en particulier, de la médecine.

Organismes humains génétiquement modifiés (OGM), clonage humain, cellules séminales, embryons surnuméraires et parthénogénétiques.

Tout en étant habitués à débattre de nombreux thèmes, les membres du parlement et du gouvernement suisses ont de quoi se trouver démunis face aux nouveaux défis lancés par la science.

Car souvent, il s’agit de recherches médicales ou scientifiques qui ne donneront pas de résultats avant des années, voire plusieurs décennies.

Progrès et menaces

Dès lors, il n’est pas facile pour les politiciens, même les plus préparés d’entre eux, de prendre des décisions. Surtout lorsque cela concerne des applications qui peuvent représenter non seulement des progrès fantastiques, mais aussi de terribles menaces pour l’humanité.

Il ne faut pas non plus oublier que les Chambres fédérales sont composées en grande majorité de juristes ou d’économistes, alors que les scientifiques sont minoritaires.

Le rôle des commissions d’éthique

Pour tenter d’approcher de nouveaux territoires défrichés par la science, le gouvernement (Conseil fédéral) a créé, ces dernières années, deux commissions d’éthique indépendantes. Elles rassemblent des chercheurs scientifiques et des experts en psychologie, philosophie, théologie et droit.

La Commission fédérale d’éthique pour le génie génétique dans le secteur non humain (CENH) a été instituée en 1998, celle pour la médecine humaine (CNE) en 2001.

«Les commissions d’éthique ont pour tâche d’évaluer la portée des applications scientifiques pour offrir un éventail d’explications, d’opinions divergentes et de recommandations», explique Ariane Willemsen, secrétaire de la CENH.

«Mais les politiciens ne peuvent certainement pas se décharger de leur responsabilité sur les spécialistes d’éthique. Car, en fin de compte, c’est à eux de prendre les décisions.»

C’est pour cela, à en croire Ariane Willemsen, que les arguments d’une commission doivent être davantage pris au sérieux que ses propres recommandations. Qu’elles soient favorables ou non à telle ou telle recherche scientifique.

Trouver des points de repère

Les deux commissions fédérales doivent aussi informer la population et savoir promouvoir un débat éthique dans la société.

L’éthique ne concerne pas seulement les politiciens. Depuis plusieurs années, un besoin toujours croissant de nouveaux points de repère se dessine dans l’ensemble de la société.

Ainsi, en moins d’une décennie, plus d’une centaine de commissions d'éthique ont fait leur apparition en Suisse.

Notons par ailleurs que les cantons disposent désormais aussi de leurs propres groupes de spécialistes. Ils interviennent surtout en matière d’expérimentations cliniques ou de tests sur les animaux.

«Le besoin d’une réflexion éthique remonte aux années 80, surtout en ce qui concerne la fécondation in vitro», explique Carlo Foppa, philosophe et expert en éthique au CHUV à Lausanne.

«Durant ces 20 dernières années, face aux nouveaux défis de la médecine et de la génétique en particulier, le besoin de chercher dans l’éthique des réponses aux questions de légitimité et la pertinence des développements technologiques a augmenté», poursuit Carlo Foppa, qui est également l’un des 21 membres de la Commission fédérale d’éthique pour la médecine humaine.

Des lacunes législatives

Des commissions d’éthique sont aujourd'hui en activité dans les hôpitaux, les cliniques psychiatriques, les associations médicales et même dans les grandes entreprises privées.

La rapidité des progrès scientifiques et technologiques révèle souvent des lacunes au niveau législatif: les lois entrent en vigueur plusieurs années après les applications scientifiques.

«La question des cellules séminales s'est posée dans nos laboratoires bien avant qu’elle ne se pose au niveau des Chambres fédérales» explique Bruno Hofer, porte-parole du groupe pharmaceutique Novartis.

«Du coup, notre direction a émis des directives internes pour réglementer la recherche. Elle a aussi institué une commission d'éthique pour surveiller l’application de ces directives.»

Les entreprises, associations professionnelles et organisations humanitaires qui ne peuvent pas se permettre de créer une commission ad hoc ou qui n’en ont pas besoin, se sont toutefois dotées d’un code éthique.

Ceci dit, l’éthique peut parfois représenter un alibi ou un instrument pour rehausser l’image d’une entreprise.

La religion aussi

Les commissions d’éthique ne se contentent pas d’évaluer l’impact de nouvelles applications scientifiques.

Elles sont toujours plus fréquemment appelées à intervenir sur des thèmes délicats, qui touchent aux valeurs morales de la société, comme l’euthanasie ou l’avortement.

Il y a une dizaine d’années, ces questions étaient encore soumises à l’autorité morale de l’Eglise. Aujourd’hui, on recourt de plus en plus souvent à des commissions d’éthique qui ne comptent que peu de religieux.

Toutefois, à en croire Carlo Foppa, ces commissions n’ont pas pour but de se substituer à l’Eglise.

«L’éthique peut représenter un espace plus neutre que celui offert par la religion pour établir les normes dans certains secteurs. Ceci aussi parce que, dans une société culturellement diversifiée et laïque comme la nôtre, il est toujours plus difficile de savoir quelle religion peut être revêtue d'une autorité normative.»

swissinfo, Armando Mombelli
(Traduction/adaptation: Gemma d’Urso)

En bref

- Le gouvernement et les Chambres fédérales sont de plus en plus souvent appelés à décider et à réglementer de nouvelles applications de la science et de la médecine, notamment dans le cadre de la génétique.

- Durant ces cinq dernières années, le Conseil fédéral (gouvernement) a institué deux commissions fédérales d’éthiques (CENH et CNE) afin de conseiller les autorités, en particulier dans les secteurs de la biotechnologie et du génie génétique.

- La CENH s’est déjà prononcée à propos de la réglementation de la diffusion, dans l’environnement, d’organismes génétiquement modifiés, des dispositions sur les denrées alimentaires contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM), des transplantations ou d’animaux et plantes brevetés.

- La Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine (CNE) s’est en revanche surtout occupée de cellules séminales, de clonage reproductif et de l'interruption de grossesse.

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Faits

1998: création de la Commission fédérale d’éthique pour le génie génétique dans le secteur non humain (CENH).
2001: création de la Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine (CNE).
1er janvier 2004: entrée en vigueur de la Loi fédérale sur le génie génétique.

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