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L'adieu à la politique

Loin du parlement, les députés quittent également la scène médiatique.

(Keystone)

Le 19 octobre, 38 parlementaires ne solliciteront pas un nouveau mandat. Parmi eux: Vreni Spörry, Claude Frey, Rosmarie Dormann et Rüdi Baumann.

Dans un entretien accordé à swissinfo, ils font le point sur les années passées sous la coupole fédérale.

Les sortants constatent en premier lieu que les conditions ont bien changé depuis leurs débuts au Parlement. «Lorsque je suis entré sous la coupole, en 1979, c’était dix ans avant la chute du Mur. Les soucis n’étaient pas les mêmes», déclare le Neuchâtelois Claude Frey (PRD / droite).

Un climat plus agressif

En Suisse aussi les conditions ont changé, indique la Zurichoise Vreni Spörry (PRD). «A l’époque, nous étions déjà confrontés à des thèmes comme le vieillissement de la population, l’arrivée d’étrangers issus de cultures très différentes ou la question de l’ouverture du pays au monde. Mais ces questions n’avaient pas l’importance qu’elles ont aujourd’hui.»

Les dossiers de l’asile et de l’adhésion à l’Union européenne ont particulièrement contribué à cristalliser les positions. «Les divergences sont devenues plus évidentes, estime Vreni Spörry. Outre les traditionnelles divisions entre la gauche et la droite et entre Romands et Alémanique, on a vu des dissensions aussi entre les partis de droite.»

Rüdi Baumann a une explication à ce durcissement de ton. Pour le député écologiste, il est à mettre sur le compte de l’Union démocratique du centre (droite dure), un parti qui suscite «un climat de peur et de tension».

«La confrontation des idées se réduit souvent à l’échange de slogans sans grand contenu, poursuit l’écologiste. Il n’y a plus de vrai débat politique.»

Des thèmes toujours plus complexes

La députée démocrate-chrétienne (centre droit) Rosmarie Dormann a également pu observer un changement de climat au Parlement. La Lucernoise estime que la pression exercées sur les élus a augmenté, que tout est devenu plus complexe et que tout doit être fait plus vite.

Les parlementaires sont confrontés à des thèmes toujours plus complexes. Presque plus personne n’arrive à avoir une vision générale des dossiers. Rosmarie Dormann avoue qu’elle a dû apprendre «à déléguer les décisions et à parler avec des gens qui connaissent certains sujets mieux qu’elle.»

Claude Frey regrette pour sa part cette évolution. «Hélas, les députés sont de plus en plus spécialisés, notamment en raison des commissions permanentes, dit-il. Cela donne des dialogues de sourds.»

«Si un parlement de milice veut continuer à pouvoir donner des impulsions en politique, il doit rester généraliste», estime encore l’élu neuchâtelois. En effet, le parlementaire trouve face à lui des ministres et des fonctionnaires qui sont des professionnels. S’il entre dans les détails, il est donc perdu.»

Peu de temps libre

Les quatre sortants soulignent que l’activité parlementaire est harassante, d’autant plus qu’elle s’ajoute dans la plupart des cas à une vie professionnelle. «Aujourd’hui, les élus travaillent 60 ou 70 heures par semaine, déclare Claude Frey. C’est un sacrifice.»

«Traiter son mandat politique et sa vie professionnelle avec sérieux constitue une lourde charge», confirme Rüdi Baumann. Même son de cloche pour Rosmarie Dormann qui avoue «ne pratiquement pas avoir eu de temps libre au cours des dernières années.»

Mais les élus acceptent ce sacrifice en temps, car il y a des compensations. Tous estiment que l’activité parlementaire et à la source d’un important enrichissement intellectuel et humain.

«C’est un enrichissement personnel incroyable et un travail fascinant», confie Claude Frey. «J’ai vraiment beaucoup appris et j’ai aussi pu beaucoup donner», déclare pour sa part Rosmarie Dormann.

Une nouvelle vie qui commence

On pourrait s’attendre à ce que les élus montrent une certaine nostalgie au moment de quitter une arène politique dans laquelle ils évoluent depuis de nombreuses années. Mais ce n’est généralement pas le cas.

Ils considèrent que c’est l’occasion de donner une nouvelle orientation à leur vie, de faire d’autres choses. «Il y a une vie après la politique, déclare par exemple Claude Frey. C’est une autre vie qui commence avec de nouvelles possibilités et de nouveaux enrichissements intellectuels.»

C’est le même optimisme du côté de Rosmarie Dormann qui «se réjouit de relever un nouveau défi».

Vreni Spörry est cependant plus nuancée et admet que l’adieu à la politique ne sera pas facile. «La politique regroupait tous mes hobbies: lire, écrire et discuter avec les gens», explique la Zurichoise.

Cette nuance s’explique peut-être par le fait que Vreni Spörry (65 ans) est désormais à l’âge de la retraite, alors que ses trois collègues continuent une carrière professionnelle.

Claude Frey va s’investir davantage dans le monde de l’économie. Rüdi Baumann continuera de s’occuper de son exploitation agricole en Gascogne (qu’il exploite avec sa femme, elle aussi parlementaire sortante). Quant à Rosmarie Dormann, elle est désormais à la recherche d’un emploi.

swissinfo, Christian Raaflaub et Olivier Pauchard

En bref

Le Bernois Rüdi Baumann (Verts) a siégé 12 ans au Conseil national. Agé de 56 ans, il exploite une ferme en France. De 1997 à 2001, il a été le président du Parti écologiste suisse.

La Lucernoise Rosmarie Dormann (PDC) a siégé 16 ans au Conseil national. Elle s’est surtout fait un nom en politique comme «mère» de la norme anti-racisme. Elle est âgée de 56 ans.

La Zurichoise Vreni Spörry a siégé 12 ans au Conseil national et 8 ans au Conseil des Etats. Son nom a parfois été évoqué comme possible conseillère fédérale. Représentante d’un fort libéralisme, elle a été critiquée pour sa participation au conseil d’administration de la défunte Swissair. Elle est âgée de 65 ans.

A 60 ans, le Neuchâtelois Claude Frey (PRD) est un «vétéran» de la politique fédérale. Il a en effet siégé 24 ans au Conseil national, chambre dont il a assumé la présidence en 1994-1995. Candidat à la succession du conseiller fédéral Jean-Pascal Delamuraz en 1998, il avait été battu par Pascal Couchepin.

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