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L'affaire Dieudonné relance le débat sur la censure

Dieudonné jouera bel et bien à Genève du 15 au 17 mars.

(Keystone)

Genève refusait de lui louer une salle… Suite à une lettre d'excuse, l'humoriste français se produira pourtant bel et bien dans la cité de Calvin.

Après les cas Marilyn Manson à Zurich ou Joey Starr à Lausanne, le politique semble soudain très attentif à certains spectacles.

Le 17 février, Patrice Mugny, ministre genevois de la Culture, annonçait qu’il refusait de louer le Casino-Théâtre de Genève, propriété de la ville, aux Spectacles Onésiens, chargés d’organiser le spectacle de Dieudonné, du 15 au 17 mars.

Trois entretiens téléphoniques ont suffi à aplanir le différend entre Patrice Mugny et l’artiste français. Celui-ci a en effet accepté de clarifier «sa position d'humoriste et celle de citoyen engagé», a expliqué le magistrat.

Dans une lettre jointe au communiqué de presse, Dieudonné écrit notamment ceci: «J'ai admis que certaines de mes expressions malencontreuses, sorties de leur contexte, ont pu blesser certaines personnes de confession juive».

Le chapitre est clos. Dieudonné se produira donc à Genève. La polémique sur le bien-fondé de la décision du ministre genevois de la Culture, elle, risque encore de faire couler beaucoup d’encre.

Scandale télévisé

«Je n’aime pas le mot censure», a martelé Patrice Mugny, sur les ondes de la Radio suisse romande, au lendemain de sa décision contestée. «J’ai simplement refusé de me faire le complice de Dieudonné en lui louant une salle».

Et Patrice Mugny d’énumérer une série de propos tendancieux tenus par l'humoriste notamment à l'égard d'Israël et de la communauté juive.

Lors d'une émission télévisée diffusée sur une chaîne publique française, Dieudonné avait par exemple évoqué «l'axe américano-sioniste» et affirmé que l'Etat hébreu avait «financé l'apartheid et ses projets de solution finale».

«Ces propos ne sont tout simplement pas acceptables», avait décrété Patrice Mugny.

Sujet à polémique

La décision du ministre genevois de la Culture a toutefois suscité un tollé de protestations. Le monde du spectacle a invoqué l’atteinte à la liberté d’expression. Thierry Meury, humoriste suisse, a notamment qualifié la décision «d’acte de censure qui n’augure rien de bon pour la suite».

«Il ne s’agit pas de censure, mais de connerie», a surenchéri Me Charles Poncet dans la presse romande. Sans pour autant contester la décision du point de vue de la loi, l’avocat s’est plu à fustiger «la dérive du politiquement correct».

Le monde politique s’est lui aussi lancé dans la bataille. Dans un communiqué, les radicaux de la ville de Genève ont demandé une clarification du rôle de Patrice Mugny et le rétablissement de la location de la salle à l’humoriste français.

Des précédents

L'affaire a fait grand bruit. Pour autant, elle ne représente pas une première dans le monde du spectacle suisse.

En décembre 2003, la prestation lausannoise du rappeur français Joey Starr avait été annulée à la demande des autorités communales. Sous prétexte que l'ancien chanteur de NTM représentait une menace pour la sécurité de la ville.

Un mois auparavant, un député du Parti évangéliste avait tenté de faire annuler le concert de l'Américain Marilyn Manson au Hallenstadion de Zurich. Le concert eut néanmoins lieu.

A l'issue de celui-ci, une plainte pénale, déposée auparavant à l'encontre du sulfureux rocker, avait toutefois était balayée par un procureur zurichois.

Autant de faits qui incitent d'ores et déjà certains à brandir le spectre de la censure.

Des signes de crispation

«Le terme est inapproprié, affirme André Ducret, professeur de sociologie à l’Université de Genève. La censure s’exerce au nom de principes établis par le droit et la loi dans un contexte politique particulier.»

«Or, dans les cas mentionnés, poursuit le spécialiste des arts et de la culture, on a agi au nom de principes moraux et non de considérations politiques.»

Même appréciation de la part de Guillaume Chenevière. L’ancien patron de la Télévision suisse romande, sociologue de formation, dénote toutefois une certaine «crispation de nos sociétés».

«Nos sociétés ont des doutes quant à leur capacité à imposer des valeurs aussi fondamentales que celle de liberté ou de démocratie dans le monde d’aujourd’hui, commente Guillaume Chenevière. Ce qui les conduit à faire preuve d’une plus grande prudence.»

Des règles sociales en mutation

En clair, par peur des réactions communautaristes notamment, les sociétés occidentales développeraient une plus grande réserve, voire une certaine timidité, à bousculer les tabous.

«Il est vrai que les règles de la vie communautaire sont toujours moins claires, admet André Ducret, ce qui peut conduire à certains durcissements. Pour autant, nous vivons dans une société qui n’a jamais été aussi ouverte en matière de création et de liberté d’expression.»

«Les règles morales ou religieuses ne peuvent plus être imposées de manière définitive, ajoute le sociologue. Le défi de la modernité réside donc en sa capacité à se remettre en cause et à élaborer en permanence de nouvelles règles collectives.»

«Quant à la prise de position du monde politique en la matière, elle a au moins l’avantage de poser les responsabilités et de susciter le débat», conclut-il.

swissinfo, Vanda Janka

En bref

- Le 17 février, Patrice Mugny, ministre genevois de la Culture, a refusé de louer le Casino-Théâtre de Genève, propriété de la ville, aux Spectacles Onésiens, l'organisateur du spectacle de Dieudonné.

- Le 18 février, l'Olympia, à Paris, a également annulé le spectacle que l'humoriste devait donner vendredi soir. La salle mythique a reçu des menaces anonymes dénonçant les dérapages verbaux de l'artiste.

- Le 19 février, le juge des référés du Tribunal de grande instance de Paris a rejeté la demande de l'humoriste qui s'opposait à la décision de la direction de l'Olympia d'annuler son spectacle pour raisons de sécurité.

- Le 10 février, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) a porté plainte contre Dieudonné «pour incitation à la haine raciale et antisémite», suite à ses propos tenus dans le «Journal du Dimanche» du 8 février.

- Le 5 février, un spectacle à Lyon a été émaillé d'incidents. Un spectateur avait notamment lancé depuis le balcon de la salle une bouteille contenant de l'acide.

- La polémique a été déclenchée le 1er décembre suite à des propos jugés antisémites tenus par l’humoriste sur une chaîne de télévision publique française. Des déclarations qui lui ont valu d'être renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris.

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