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L'aide suisse pour le Rwanda en question

Près de 800 000 Rwandais ont été tués durant le génocide de 1994. Keystone Archive

Le patron de l’aide au développement entame mercredi une visite au Rwanda pour décider de l’avenir de l’engagement helvétique dans ce pays d’Afrique.

Ce contenu a été publié le 19 janvier 2005 - 10:23

La visite de Walter Fust tombe au moment où la justice traditionnelle commence les auditions de centaines de milliers de Rwandais suspectés de participation au génocide de 1994.

Durant quatre jours, Walter Fust va rencontrer des représentants des autorités rwandaises, mais aussi d'ONG et d'autres pays donateurs.

Le député socialiste fribourgeois Erwin Jutzet fait partie de la délégation helvétique. Il y représente la commission des affaires extérieures du Conseil national (chambre basse du Parlement fédéral).

Le programme spécial de 1988

Selon le porte-parole de la Direction de la coopération et du développement (DDC), ce voyage doit permettre à Walter Fust de «prendre une décision» sur l'avenir du programme spécial de coopération au Rwanda qui a été décidé et lancé par le Parlement en 1988.

Et Harry Sivec de rappeler que ce programme arrivait à échéance à la fin 2004. Reconduit pour trois ans en 2001, il se concentre notamment sur les questions liées à la bonne gouvernance, l'Etat de droit, la transition démocratique ou encore les droits de l'homme.

D’environ cinq millions de francs par année (dont 2 millions pour la région des Grands Lacs), son budget est bien inférieur à l’aide accordée avant le génocide de 1994 qui a fait près de 800'000 morts.

A cette époque, le Rwanda était encore l’un des pays de concentration de l’aide suisse au développement. Il fut d’ailleurs l’un des premiers à bénéficier de la coopération helvétique.

Entre 1963 et 1993, ce pays africain de la région des Grands Lacs a reçu près de 300 millions de francs suisses, soit en moyenne dix millions de francs par an.

Un consensus pour le statu quo

Le président de la commission des affaires extérieures du Conseil national estime qu'il existe un consensus au niveau des instance de décision suisses pour «au moins continuer sur le statu quo».

Selon Erwin Jutzet le gouvernement (Conseil fédéral) devra prendre une décision assez rapidement. Mais, ajoute-t-il, «il ne faut pas stopper ce programme d'aide ni l'intensifier tout de suite».

Certes, son avenir est âprement discuté à Berne. Ainsi, certains dénoncent l'ingérence militaire rwandaise en République démocratique du Congo voisinne. D'autres relèvent des carrences en ce qui concerne la «bonne gouvernance» et la transition démocratique.

Mais, dans le même temps, plusieurs ONG de Suisse romande demandent, dans une pétition adressée au gouvernement, de «renforcer le soutien de la Confédération à la stabilisation et à la reconstruction dans la région des Grands Lacs et de s'y engager à long terme».

Cette revendication est d'ailleurs soutenue par la commission des affaires extérieures du Conseil national.

Un million de Rwandais suspectés

La visite de la délégation helvétique tombe au moment où les tribunaux traditionnels créés en 2002 s’apprêtent à entendre des centaines de milliers de Rwandais soupçonnés d’avoir participé de près ou de loin au génocide de 1994.

En tout, un million de personnes actuellement en liberté - soit un huitième de la population du pays – sont menacées de poursuites devant les «gacaca».

Dans certaines partie du Rwanda, les procès pourraient débuter entre le mois prochain et 2006.

Près de onze ans après les massacres, quelque 80’000 personnes sont déjà emprisonnées. Elles attendent toujours d’être jugées par les tribunaux, cette fois conventionnels.

swissinfo et les agences

Faits

Engagement de la Confédération au Rwanda:

2002: 4,2 millions de francs
2003: 6,8 millions de francs
2004: 5,9 millions de francs

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En bref

- En 1962, l’indépendance du Rwanda consacre la revanche de la caste des Hutu sur celle des Tutsi, victimes par la suite de massacres.

- En 1990, la diaspora tutsie menée par Paul Kagamé lance depuis l’Ouganda une offensive militaire contre le gouvernement rwandais dirigé par le président Juvénal Habyarimana.

- Le 6 avril 1994, l’avion du président rwandais est abattu. Le génocide démarre dans les heures qui suivent cet attentat.

- Quelques 800'000 Rwandais sont systématiquement tués jusqu’à la prise du pouvoir par le général Paul Kagamé, le 4 juillet 1994.

- Début 2005, démarrage des auditions de centaines de milliers de personnes soupçonnées d’avoir été impliquées dans le génocide, en vue des procès des tribunaux traditionnels.

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