L’Américain d’Estavayer-le-Lac à la voix de stentor

François Loup à la ville. Marie-Christine Bonzom

François Loup fête ses 50 ans d’opéra. Avec sa voix de baryton-basse, il s’est produit sur les plus grandes scènes internationales et a chanté avec Luciano Pavarotti. Il vit à Baltimore mais reste «au fond du cœur» un enfant d’Estavayer-le-Lac. Portrait.

Ce contenu a été publié le 21 juin 2011 - 18:15
Marie-Christine Bonzom, Washington, swissinfo.ch

À 71 ans, François Loup est gourmand de la vie. Trois nationalités: suisse, française, américaine. Deux mariages, le dernier avec une Américaine.

Voix de stentor, celle d’un baryton-basse qui a caracolé du «Vieux chalet» de l’abbé Bovet jusqu’à Honegger, en passant par Mozart ou Rossini. Parcours de baroudeur des planches: de l’Ensemble Instrumental de Lausanne au Metropolitan de New York, via l’Opéra-Bastille, l’Albert Hall, sans oublier les festivals de Glyndebourne, Aix-en-Provence et Spoleto. Un chanteur qui adore enseigner et qui va continuer bien qu’il prenne sa retraite de la faculté de musique de l’Université du Maryland.

Rêverie

Mais pour cet hyperactif, tout a commencé dans la rêverie offerte à sa fenêtre de bambin par le lac de Neuchâtel. «Le lac devant moi, le Jura sur l’autre rive, les couchers de soleil, le vent dans les roseaux, Neuchâtel et ses lumières qui scintillent le soir, je passais des heures à regarder et à rêver à la fenêtre de ma chambre et tout ça m’a donné un sentiment de paix, le goût pour le beau, le secret, les choses intimes que je ne pouvais pas dire à mes parents ou mes amis», se souvient François Loup.

La chambre avec vue imprenable était perchée sur les remparts médiévaux d’Estavayer. «Un petit paradis», dit François Loup en évoquant sa ville natale où son père, hagiographe du Vatican, auteur de théâtre, fondateur de l’école secondaire locale, ami de Claudel et Colette, a une statue. Robert Loup meurt quand François n’a que 13 ans. «C’est ma mère qui nous a appris à chanter à moi, mon frère et mes quatre sœurs». La fratrie forme bientôt un groupe a cappella. «On chantait pour les pauvres, dans les hôpitaux et les maisons de retraite».

Bégaiement

Mais à la suite d’une grosse émotion, François se met à bégayer. Il peine à parler jusqu’à 26 ans. «J’en ai énormément souffert, mais quand je chantais, ça allait parce que quand on chante, la voix se détend», confie-t-il aujourd’hui.

À 19 ans, il entre au conservatoire de Fribourg dont les cours l’aident à contrôler peu à peu son bégaiement. La passion de la musique l’habite depuis longtemps mais c’est aussi par réaction à son bégaiement qu’il décide de devenir chanteur professionnel. «Je me suis dit: il faut que je fasse quelque chose de moi, sinon je suis un raté vu que je ne peux pas parler, et à partir de ce moment, j’ai eu une énergie énorme», dit-il.

Diplômes en poche, François Loup est remarqué par Gian Carlo Menotti lors d’une représentation chorale au Grand Théâtre de Genève. Le compositeur l’invite au festival Spoleto de Charleston, en Caroline du Sud. «Il y avait dans la salle tous les directeurs d’opéra des Etats-Unis réunis à Charleston pour un congrès, je ne le savais pas, j’ai donc chanté et joué très librement», raconte le chanteur. Le lendemain, la grande agence new-yorkaise Columbia lui propose de gérer sa carrière.

Le rêve américain

Les engagements se succèdent aux Etats-Unis. Le Metropolitan est sa base pendant des années. Il y chante notamment «La Bohème» avec Luciano Pavarotti sous la direction de Placido Domingo. Il se spécialise dans les rôles comiques. Il est Figaro dans «Les Noces» ou Bartolo dans «Le Barbier de Séville».

«Pour trouver sa voix, il faut être libre, heureux et d’une intelligence animale, c'est-à-dire qu’il faut bien comprendre ce qui se passe dans son corps», note François Loup.

Le monde de plus en plus frénétique de l’opéra fait des dégâts. Voix cassées, carrières brisées. Surtout aux Etats-Unis. François Loup déplore une époque où «le chef d’orchestre est la star de la soirée», les théâtres américains où «la fosse d’orchestre s’est élargie», les régisseurs qui «nous demandent de chanter vers la salle pour que la voix passe».

«Du coup, on chante trop fort et il n’y a qu’en Europe et ici, dans les petits théâtres, qu’on peut faire les nuances dont a besoin et les subtilités que le compositeur voulait». François Loup déplore aussi qu’aux Etats-Unis, l’opéra n’est pas accessible au grand public car «les billets sont trop chers».

Un fils prodigue

Mais, accueilli «à bras ouverts» aux Etats-Unis, le natif d’Estavayer ne se sent pas fils prodigue en Suisse. «Fribourg construit son premier opéra, vous croyez qu’ils m’auraient invité pour l’inauguration ou pour donner mon impression, moi qui suis le seul artiste fribourgeois et le seul qui ait fait carrière internationale, hé bien non!», lance-t-il.

Il tente une explication: «il y a malheureusement en Suisse une mentalité qui fait que, si vous êtes suisse, vous n’êtes pas soutenu par les compagnies d’opéra». Il observe que les directeurs d’opéra sont souvent allemands.

«Si je retourne en Suisse, c’est pour ma famille et mes amis», souligne-t-il. La maison sur les remparts est toujours dans la famille. La vue depuis son ancienne chambre, toujours merveilleuse. «Je suis resté enfant, mes amis me disent que je suis comme j’étais quand j’avais 10 ans, j’aime bien ça et j’espère que c’est vrai !», conclut François Loup.

bio express de François Loup

Naissance. En 1940 à Estavayer-le-Lac, dans le canton de Fribourg

Nationalités. Suisse, française et américaine

Formation. Premiers prix de virtuosité des Conservatoires de Fribourg et de Genève 

Remarqué. Par le compositeur italien Menotti au Grand Théâtre de Genève en 1972

Carrière. En Europe, Amérique Latine et Amérique du Nord

USA. Travaille et vit aux Etats-Unis depuis 1974

Metropolitan. Une centaine de représentations à New York entre 1992 et 2002

Collègues. A chanté avec Theresa Berganza et Luciano Pavarotti

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Professeur de chant

Elèves. Parmi eux, figure le baryton français François Le Roux

 

En Suisse. Commence à enseigner au Conservatoire de Fribourg

 

De 1996 à 2011. Enseigne à la Faculté de Musique de l’Université du Maryland

 

Depuis 2011. Enseigne au Conservatoire Peabody de Baltimore

Atelier privé. Pour chanteurs qui se destinent à une carrière professionnelle

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Disques et films

Disques chez Erato, Naxos, Accord, CBS, Supraphon

Enregistrements filmés sur les labels NVC, Philips et Radio France

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