L’argent des démocrates-chrétiens français passait par la Suisse

Trois anciens ministres français, dont celui de la Justice Pierre Méhaignerie, sont actuellement jugés à Paris pour abus de confiance et recel. La caisse noire de leur parti était gérée, à Genève, par un expert-comptable suisse.

Ce contenu a été publié le 10 décembre 1999 - 11:04

Trois anciens ministres français, dont celui de la Justice Pierre Méhaignerie (photo), sont actuellement jugés à Paris pour abus de confiance et recel. La caisse noire de leur parti était gérée, à Genève, par un expert-comptable suisse.

C’est une lettre anonyme, envoyée de Genève le 23 juin 1993 à la presse française et à des journaux romands, qui a déclenché l’affaire des fonds secrets du Centre des démocrates sociaux (CDS), le parti des démocrates-chrétiens français. Un ancien employé de la fiduciaire Tecafin, affirme dans ce document que c’est sa société qui gérait «les comptes occultes» du CDS. Il parle de 8 millions de francs.

Cette dénonciation a conduit cette semaine trois anciens membres du gouvernement, Pierre Méhaignerie, ministre de la justice, Jacques Barrot, et Bernard Bosson (par ailleurs maire d’Annecy) devant le tribunal de grande instance de Paris.

Pour accueillir cette caisse noire, Henri-Albert Jacques, patron de Tecafin, une fiduciaire installée avenue Krieg à Genève, crée une société panaméenne Sun Investments en 1986 et ouvre un compte à l’UBS. Il accueille les «dons» des entreprises qui souhaitent s’attirer les bonnes grâces du CDS.

L’argent est ensuite reversé en France à une société d’études bidon, baptisée Stratégie et Méthodes, et à l’association SOS-Chrétiens du Liban… Pour justifier les sommes, Tecafin émet de fausses factures jusqu’en 1992.

«J’ai fait fructifier cette cagnotte. Pour preuve, j’ai renvoyé plus d’argent que les fonds encaissés», tient à souligner Henri-Albert Jacques. Cet admirateur de Raymond Barre (l’argent a notamment servi pour sa campagne électorale de 1988) ajoute que la comptabilité de cette caisse noire était «scrupuleusement tenue». Cela n’a pas empêché la justice française d’inculper l’expert-comptable suisse pour «infraction à la législation sur le financement des partis» et «faux et usage de faux».

Ian Hamel

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