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L'Eglise mouille sa soutane pour les sans-papiers

Monseigneur Bernard Genoud, et Olivier Humbert, curé de la paroisse de St.Paul.

(swissinfo.ch)

Coincée entre des paroissiens récalcitrants et un conflit à caractère politique qui tend à s'enliser, l'Eglise s'engage aux côtés des sans-papiers. Elle propose la création d'un collège de médiateurs qui serait chargé de favoriser les négociations entre les autorités fédérales et les clandestins.

Depuis l'occupation de leurs églises de Bellevaux, à Lausanne, et de St Paul, à Fribourg, les communautés religieuses sont confrontées à un sérieux dilemme.

D'un côté, elles doivent honorer les valeurs chrétiennes, qui prônent un engagement total en faveur des plus pauvres et des plus démunis. Et, de l'autre, elles doivent respecter le principe de laïcité, qui veut que l'Eglise ne se mêle pas - du moins pas ouvertement - des affaires de l'Etat.

Non contente de se débattre dans cette contradiction, l'Eglise doit en plus ménager l'opinion d'une partie de ses paroissiens peu enclins à soutenir les revendications des clandestins.

Mardi soir, à Fribourg, les représentants des diverses communautés religieuses - chrétiennes, mais également juives et musulmanes - étaient invités à débattre de la question. En vue d'adopter une position claire sur le problème de l'occupation des églises.

«Il était de notre devoir d'accueillir les sans-papiers, lance l'abbé Cornelius Koch. Et, aujourd'hui, nous devons les défendre.» Et le pionnier des mouvements de soutien aux sans-papiers d'ajouter: «il en va de la crédibilité de l'Eglise».

Le ton est donné. Alors que le Conseil fédéral laisse la situation s'enliser - misant sur le temps qui finit par éroder les revendications les plus légitimes - l'Eglise, elle, doit faire un choix.

D'un côté, son aile dure la presse de libérer les locaux occupés. Et, de l'autre, une partie de ses fidèles l'incite à prendre fait et cause pour les sans-papiers. Pour sortir de l'impasse, le curé de la paroisse de St Paul propose la création d'un collège de médiateurs qui serait chargé de renouer les fils du dialogue entre les clandestins et les autorités politiques.

«Ce collège de médiateur pourrait être formé de 7 ou 8 représentants des diverses communautés religieuses, explique le curé Olivier Humbert. Il aurait pour mission d'intervenir auprès du Conseil fédéral. Et de trouver un compromis acceptable au problème des sans-papiers.»

Pour ce qui est de la participation des membres du clergé à ce groupe de médiateurs, la question reste ouvert. «Je ne pense pas que ce collège doive nécessairement être formé de membres des autorités religieuses, précise Olivier Humbert. En revanche, il doit pouvoir compter sur leur appui.»

En d'autres termes, pour l'heure, le représentant de la paroisse de St Paul préfère s'en tenir à un rôle d'initiateur. Même si son projet a déjà récolté l'approbation de Monseigneur Bernard Genoud.

Mardi soir, l'évêque de Fribourg, Genève et Vaud, l'a dit haut et fort: il apporte son soutien inconditionnel aux sans-papiers. Mieux, il se réjouit de voir l'Eglise offrir ses services en qualité de médiateur.

«Pour autant, souligne Monseigneur Genoud, il ne s'agit pas d'une prise de position politique, mais d'un engament en faveur de l'humain.»

Les 12 000 paroisses suisses seront également mises à contribution. «Nous les inviterons à écrire aux conseillers nationaux de leur canton, explique l'abbé Koch. Notre objectif est de mobiliser les parlementaires afin qu'ils interviennent auprès du Conseil fédéral en faveur des sans-papiers.»

Vanda Janka

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