L'euthanasie est encore tabou au parlement

Seuls les Pays-Bas ont dépénalisé l’euthanasie active, mais selon des critères stricts . swissinfo.ch

En balayant deux initiatives, le Conseil national a refusé mardi la dépénalisation de l'euthanasie. Mais le débat n'est pas enterré.

Ce contenu a été publié le 11 décembre 2001 - 20:44

Les médecins qui administrent une piqûre fatale à la demande d'un patient incurable continueront à être punissables. Les députés ont, en effet, rejeté deux initiatives parlementaires.

«L'euthanasie est encore tabou chez les politiques». Le diagnostic de Franco Cavalli, oncologue de profession, a le mérite d'être clair. C'est en ces termes que le conseiller national s'est exprimé mardi sur les ondes de la Radio Romande. Instigateur de l'une des deux initiatives, ce médecin milite en faveur de la dépénalisation l'euthanasie active.

«Les soins palliatifs ont fait de gros progrès. Cependant, nous sommes incapables d'assurer une fin de vie digne pour de nombreux patients qui ne peuvent même pas se faire aider à mourir par des proches», a précisé Franco Cavalli.

Balayage politique

Le conseiller national tessinois n'est pas surpris par ce refus. Car seul le PS et quelques écologistes voulaient mettre un terme à un certain nombre d'hypocrisies. Et Franco Cavalli de rappeler que «les radicaux qui nous soutenaient ont fait marche arrière sous les pressions de mouvements fondamentalistes.»

Déçu, le conseiller national a toutefois relevé l'acceptation par les parlementaires d'une motion du démocrate-chrétien argovien, Guido Zäch.

«Cette motion, précise Franco Cavalli, vise à combler le vide légal qui entoure l'euthanasie active indirecte (administration de substances pour réduire les souffrances), et euthanasie passive (renonciation à mettre en œuvre des thérapies prolongeant la vie).»

«Cela dit, conclut l'oncologue, son acceptation oblige le parlement et le Conseil fédéral à continuer le débat, même si cela prendra encore beaucoup de temps»

Initiatives antagoniques

En refusant la seconde initiative de la radicale argovienne Dorle Vallender, le parlement a réellement démontré le manque de volonté des politiques à débattre du sujet.

Pourtant, le texte de Dorle Vallender était beaucoup plus restrictif. Il demandait un contrôle des associations d'aide à la mort, comme Exit ou Dignitas. Il demandait par ailleurs de limiter la dépénalisation aux proches directs des patients demandeurs.

Pour la conseillère nationale, le message de son initiative est clair. «Il s'agit d'éviter que des personnes âgées soient poussées au suicide par des anges de la mort autoproclamés», a-t-elle expliqué devant les conseillers nationaux.

Des propos soutenus par Fernand Mariétan. Le conseiller démocrate-chrétien valaisan considère en effet que «la dépénalisation ferait courir au médecin le risque d'être un acteur de la mort contre son gré, alors que sa mission est de protéger la vie.»

Pour d'autres, le débat sur l'euthanasie n'est pas du ressort du politique. C'est le cas de la libérale genevoise Barbara Polla. «Il n'appartient pas au politique de légiférer en la matière», a déclaré la conseillère au plénum. Pour elle, «seuls, les patients, les proches parents, et les soignants pouvaient décider d'une issue, face à un mal incurable»

La question divise donc largement les esprits, à l'heure ou les règles sur l'euthanasie sont du seul ressort de l'Académie suisse des sciences médicales.

A noter que tous les pays d'Europe tentent d'aborder ce dossier, avec souvent des réactions passionnées. Pour l'heure, seuls les Pays-Bas ont dépénalisé l'euthanasie active, mais selon des critères très stricts et clairement définis par les patients désirant en finir avec la vie.

Jean-Louis Thomas

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