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L'iconoclasme, de Berne à Strasbourg

Détail de l'affiche de l'exposition.

Jusqu'au 26 août, la ville de Strasbourg, en France, accueille l'exposition «Iconoclasme: Vie et mort de l'image médiévale», montée par le Musée d'Histoire de Berne.

Au cours de l'hiver et du printemps, ce sont 70.000 visiteurs qui se sont plongés dans cette passionnante exposition, montée par le Musée Historique de Berne. Un réel succès. Et depuis quelques jours, ce sont les Strasbourgeois qui peuvent la découvrir, au Musée de l'Oeuvre Notre-Dame.

Rappel... Il y a quinze ans, dans le cadre d'une réparation du mur soutenant la plate-forme de la Cathédrale de Berne, les ouvriers eurent une drôle de surprise: à 14 mètres de profondeur gisaient des statues en piètre état: têtes arrachées, membres brisés... Au début du 16e siècle, la Réforme était passée par là, et ses partisans bernois avaient décidé de faire, sans jeu de mots, d'une pierre deux coups: supprimer la statuaire chrétienne du lieu, et la transformer en matériau de remblayage. Avec l'exposition «Iconoclasme», c'est la première fois que cet ensemble de sculptures est présenté au public.

«Tu ne te feras point d'image taillée, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut dans les cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux sous la terre» (Exode 20 :4), aurait dit Dieu à Moïse, après l'avoir convoqué sur le sommet du Mont Sinaï histoire de lui dicter ce qu'on nomme aujourd'hui les «Dix Commandements».

Mais voilà... Il fut peu écouté. «Au début, les Chrétiens, alors qu'ils étaient encore une secte juive, ont strictement observé l'ordonnance des 10 commandements. C'est avec l'influence des cultures grecques et romaines que les Chrétiens ont commencé à adopter des éléments de ces cultures, y compris les images. Cela a peut-être commencé par le fait que les Romains adoraient l'image de l'Empereur. Et l'image de l'Empereur a été remplacée par celle du Christ», explique Quirinus Reichen, conservateur du Musée d'Histoire de Berne.

Avec des objets provenant de Suisse alémanique et de Suisse romande, mais aussi de France, d'Allemagne, des Pays-Bas ou d'Italie, l'exposition illustre à la fois la richesse de l'art chrétien à la fin du Moyen-Age et, sous un angle presque ethnologique, la piété populaire qui l'accompagnait.

Elle concrétise également l'explosion de colère qui caractérisa les réformés. Le retour au seul et unique «Livre», avec à la clé le rejet de tous les «artifices» du catholicisme: l'art bien sûr, mais aussi le culte des saints, le commerce des indulgences et les supercheries diverses.

L'iconoclasme, une spécificité protestante? Les organisateurs de l'exposition ont eu l'intelligence d'élargir le propos, et de nous rappeler par exemple que les Chrétiens d'avant la Réforme avaient eux-mêmes été des iconoclastes en s'attaquant à moult témoignages de l'art antique, les détruisant ou les transformant selon leurs propres besoins. Un iconoclasme peut en cacher un autre.

Bernard Léchot

«Iconoclasme: Vie et mort de l'image médiévale», à voir au Musée de l'Oeuvre Notre-Dame, Strasbourg, 3 place du Château (Tel. 0033 388 52 50 00)


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