L'ombre de l'amiante suisse plane sur Casale Monferrato

Depuis 1985, 500 personnes sont mortes d'un cancer des poumons dans la cité italienne. A l'origine: l'amiante produit par Eternit.

Ce contenu a été publié le 23 février 2002 - 11:37

A Casale Monferrato, des personnes meurent encore aujourd'hui des suites d'une forme grave de tumeur des voies respiratoires causée par l'amiante. Pendant 80 ans, la cité du Piémont a hébergé l'entreprise Eternit qui produisait des composants en amiante pour l'industrie.

Fermée depuis 1986 après une faillite, la société avait été reprise par le groupe suisse de Stefan Schmidheiny en 1973. Et c'est en 1995 seulement que les responsables de la société ont finalement été condamnés pour homicide involontaire.

Une manne pour l'économie

«A la fin des années 70, quand nous avons commencé à dénoncer le danger de la fabrique, la population nous accusait de vouloir provoquer une catastrophe économique. Une nuit, un inconnu a même brisé le pare-brise de ma voiture», se souvient Nicola Pondrano, ancien ouvrier d'Eternit.

L'entreprise a été implantée à Casale Monferrato au début du siècle dernier par une société belge. La production n'a cessé d'augmenter dans cette région riche en amiante. Le produit était très demandé notamment par l'industrie du bâtiment pour fabriquer des canalisations, des toitures ou des cheminées. Dans les années 50-60, 3 000 personnes travaillaient pour Eternit à Casale.

Un désastre pour la santé

Une source de richesse pour l'économie donc. Pas pour la santé... «On ne nous dira jamais comme tout cela était dangereux», lance Maria Saracco, ancienne ouvrière, qui vit aujourd'hui reliée à un poumon d'acier. Sa capacité respiratoire a diminué de 98%.

«Les personnes âgées se sentaient mal, mais elles disaient qu'elles souffraient d'asthme, poursuit Maria Saracco. Il n'y avait aucune mesure de sécurité. Quand la direction suisse a repris l'entreprise, elle semblait plus sensible aux problèmes de santé, mais ensuite elle n'a rien fait non plus!»

Des répercussions aujourd'hui encore

Actuellement, 25 décès directement imputables à l'amiante sont recensés chaque année, selon l'oncologue Daniela Degiovanni. Et ces 20 prochaines années, ce nombre pourrait augmenter jusqu'à 40 décès en moyenne par an.

Le plus préoccupant, c'est qu'aujourd'hui ce ne sont plus seulement les anciens ouvriers d'Eternit qui sont touchés. Leurs enfants souffrent à leur tour de tumeurs aux poumons parce qu'ils ont inhalé l'amiante que leurs parents véhiculaient sur leurs vêtements.

Il y a quelques années, la masse en faillite a versé environ cinq millions et demi de francs aux 1700 personnes qui s'étaient constituées partie civile. Une indemnisation d'à peine trois mille francs par personne pour un drame dont on mesure seulement aujourd'hui la portée effective.

Francesco Dirovio, Casale Monferrato

Cet article a été importé automatiquement de notre ancien site vers le nouveau. Si vous remarquez un problème de visualisation, nous vous prions de nous en excuser et vous engageons à nous le signaler à cette adresse: community-feedback@swissinfo.ch

Partager cet article