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La Bourse dope le bénéfice des banques suisses

2000, année record pour les banques suisses. Comme le montrent les premiers chiffres de la statistique annuelle de la Banque Nationale Suisse (BNS), leurs bénéfices n'ont jamais été aussi élevés que l'an dernier. Un résultat qui doit un peu à la santé de l'économie et beaucoup à celle de la Bourse.

Six milliards de francs en 97, 14,5 milliards en 98, 17,3 milliards en 99, 19,5 milliards en 2000. Considérée sur les quatre dernières années, la progression des bénéfices du secteur bancaire helvétique est impressionnante.

Et les banques étrangères établies en Suisse ne sont pas en reste, puisque pour l'année 2000, leurs bénéfices cumulés ont cru de 24%, frisant les 3 milliards de francs.

Dans la publication préliminaire de sa statistique annuelle - diffusée mercredi -, la BNS relève également que pour la première fois en 12 ans, le nombre de banques actives en Suisse a augmenté - de trois unités, qui en l'occurrence sont trois banques étrangères.

Et le secteur employait près de 125 000 personnes à fin 2000, contre moins de 120 000 une année plus tôt. Le nombre de guichets à disposition du public a par contre diminué, de 2973 à fin 99 à 2902 à fin 2000. Ceci est dû essentiellement au redimensionnement des réseaux des grandes banques, qui sont d'ailleurs les seules à avoir réduit leurs effectifs en personnel, de 0,4%.

Cette santé quasiment insolente du secteur bancaire ne reflète toutefois pas exactement celle de l'économie en général. Comme le souligne Claude Jeanrenaud, professeur d'économie à l'Université de Neuchâtel, les bénéfices des banques ont triplé depuis 1997 et on ne peut évidemment pas en dire autant de l'ensemble des bénéfices des autres entreprises.

On voit donc rapidement que l'essentiel de cette croissance vient de la Bourse. Tandis que le produit des commissions et autres prestations de services financiers augmente de 22%, les crédits et les prêts hypothécaires ne progressent, eux, que de 2,9 et 1,5%.

Est-ce que cela signifie que les banques se détournent de plus en plus de leur activité première, qui est de prêter l'argent nécessaire à l'activité économique? Werner Abegg, porte-parole de la BNS, ne le pense pas.

Pour lui, les entreprises en période de haute conjoncture ont plus de facilité à s'autofinancer. Elles trouvent également de plus en plus de sources d'argent frais hors du secteur bancaire, par exemple auprès des assurances. Et d'affirmer que «le lien entre la croissance et le crédit n'est plus aujourd'hui aussi évident qu'autrefois».

Les chiffres de la BNS montrent encore que l'épargne privée a tendance à diminuer. Elle est en recul de près de 9% sur cette année 2000, où pratiquement tous les autres chiffres sont à la hausse. On peut y voir un signe de bonne santé de l'économie (les gens consomment au lieu d'épargner), mais également la marque de la Bourse.

Aujourd'hui, en effet, les privés se détournent du bon vieux carnet d'épargne et lui préfèrent les fonds de placement ou le boursicotage plus ou moins avisé, notamment sur l'Internet. Mais attention, avertit Claude Jeanrenaud, «l'activité boursière est cyclique et elle ne reflète pas l'état réel de l'activité économique».

Marc-André Miserez


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