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La chair canonisée

Philippe Morand, Coline Pellaton et Robert Bouvier.

(swissinfo.ch)

Jusqu´à dimanche, le Théâtre du Passage à Neuchâtel présente «Saint Don Juan» de Joseph Delteil, avec Philippe Morand et Coline Pellaton. A la mise en scène, le patron de ce lieu flambant neuf: Robert Bouvier.

Don Juan a vieilli, et il se souvient. Il se souvient du défilé de femmes qui a constitué sa vie, mais surtout des moments clés de son enfance et de son adolescence, qui expliquent, faute de légitimer, sa soif de sexe. Ou d'amour, la frontière est ténue. Parmi ces reflets retrouvés, l'image d'un cygne et sa blancheur, et puis Thérèse, première émotion érotique et passion pour toujours.·

Face à ce mystique de la chair, interprété par le ténébreux Philippe Morand, la clarté de Coline Pellaton, de sa voix et de son violon. Coline Pellaton dont c'est le premier rôle au théâtre. Ecoutant et «aérant» le monologue de Don Juan, qui est-elle, que représente-t-elle?

«Parce qu'elle est une femme, et une bien belle femme, elle peut pousser cet homme à se remémorer un certain nombre d'événements de sa vie. Elle les suscite. C'est donc un personnage qui initie l'histoire. Sans elle, on pourrait très bien imaginer que l'histoire ne se raconterait pas», explique Philippe Morand.·

«La femme présente peut être aussi bien un souvenir, une projection, un désir, un fantasme, un juge, un critique, un confesseur, un psychiatre... c'est surtout une façon de chercher dans la mise en scène une part moins réflexive: d'oser la sensualité, parce que c'est quand même la grande question de Don Juan» ajoute Robert Bouvier.·

Face à cette présence féminine, Don Juan passe effectivement de la confidence à la confession, et surtout à la prise de conscience: tous ces corps de femme, les a-t-il possédés, ou est-ce lui qui a été possédé par eux? L'ombre du Commandeur viendra briser davantage encore l'ancien séducteur. Une évolution traduite par le décor, sobre et beau: le vaste lit qui occupe le centre de la scène, recouvert d'un tissu soyeux et froissé, se transforme en une pierre tombale d'ardoise, fissurée.·

Et pourtant, Don Juan échoue au paradis. Son paradis. «Je pense que Delteil s'intéressait à l'âme de Don Juan, et lui a donné une possibilité de se racheter. Lui-même avait été très étonné de découvrir à la Bibliothèque Nationale un projet de canonisation de Don Juan...» commente Robert Bouvier.·

Bernard Léchot

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