La communauté juive de Suisse redécouvre ses problèmes internes

Différée par la crise des fonds en déshérence, la rivalité qui oppose juifs libéraux et juifs orthodoxes resurgit à l’occasion de l’élection, ce jeudi, du nouveau président de la Fédération suisse des communautés israélites.

Ce contenu a été publié le 01 juin 2000 - 08:46

Rolf Bloch estime en effet que le plus grand défi de son successeur est interne. «Nous devons trouver une unité entre les juifs de différentes tendances», lance le président sortant de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI).

En clair, la FSCI se retrouve confrontée au problème de l’intégration des communautés juives libérales qu’elle n’a toujours pas admis en son sein. François Garaï, le rabbin de la communauté israélite libérale de Genève, conteste donc la représentativité de la FSCI.

«Je trouve extrêmement déplorable que cette fédération qui n’a pas une coloration religieuse particulière n’arrive pas à s’ouvrir à toutes les communautés juives de Suisse, lance François Garaï, alors que les organes similaires en France ou en Angleterre représentent, eux, l’ensemble des courants».

Plusieurs communautés orthodoxes menacent, en effet, de quitter la FSCI si les juifs libéraux y entrent. Jusqu'à maintenant, ce chantage a réussi à bloquer la situation. «Comme en Suisse, on aime bien le consensus, le problème s’est arrêté là», explique le rabbin de la communauté israélite libérale de Genève.

Selon André Klopman, rédacteur en chef de la Revue juive, ces communautés implantées dans de petites villes, essentiellement alémaniques, pèsent d’un grand poids dans la FSCI. André Klopman souligne également le vieillissement des structures de la FSCI pour expliquer ce déficit démocratique.

L’opposition entre libéraux et orthodoxes est, en tout premier lieu, théologique. «Les communautés orthodoxes considèrent la loi comme immuable. Les libéraux estiment eux qu’elle est évolutive», explique le rabbin François Garaï.

Mais cette opposition est d’autant plus vive qu’elle pose la question de l’avenir de la communauté juive qui regroupe moins de vingt mille personnes en Suisse. «Il est maintenant démontré que dans une vingtaine d’années, la majorité des juifs du monde seront en Israël et plus en diaspora», estime André Klopman.

La raison principale de ce phénomène: les mariages mixtes entre juifs et non-juifs. Selon la tradition, c’est la mère qui transmet l’identité juive de génération en génération. Un homme de confession israélite qui épouse une chrétienne aura des enfants qui ne seront donc pas considéré comme juifs.

C’est en tout cas le point de vue des orthodoxes qui respectent en outre des règles de conversion extrêmement strictes, au contraire des libéraux.

En résumé, les juifs orthodoxes considèrent que la conception ouverte du judaïsme prônée par les libéraux est une grave menace pour la survie de la communauté juive dans son ensemble. D’où leur refus catégorique d’admettre les communautés juives libérales au sein de la FSCI.

Frédéric Burnand

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