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La crise de la police genevoise, un mal suisse

Le sous brigadier Alain Devegney, pionnier du travail avec les communautés étrangères à Genève.

(Keystone)

Effectifs insuffisants, tâches de plus en plus nombreuses et quelques bavures retentissantes: les problèmes que connaît la police genevoise se multiplient.

Un projet de loi – débattu vendredi au Parlement – est censé résoudre une partie au moins de cette crise vécue également dans d’autres villes suisses.

Le texte discuté par le législatif cantonal doit permettre d’accroître les effectifs de police et revaloriser le statut des fonctionnaires de police.

Sa portée, toutefois, dépend des amendements adoptés par les parlementaires genevois et des moyens financiers à disposition du canton ces prochaines années.

Les difficultés que traverse la police, elles, sont bien là. Comme le prouve plusieurs cas de bavures policières apparues au grand jour ces dernières semaines.

Mais ce n’est que la partie visible de l’iceberg. Selon le porte-parole de la police genevoise, trois facteurs pèsent sur les conditions de travail des forces de l’ordre.

«Nous manquons d’effectifs, comme en témoigne la forte augmentation des heures supplémentaires et nous avons des difficultés à recruter de nouveaux policiers», précise Robert Di Giorgio.

«De plus, poursuit le porte-parole, les tâches administratives occupent une part importante de notre emploi du temps.»

Le rôle social du policier en Suisse

Mais le défi le plus important pour les pandores réside dans la multiplication des tâches et des fonctions que la société leur impute.

«80% de nos interventions relèvent du social plus que du répressif», affirme Robert Di Giorgio.

Ce développement n’est pas nouveau, mais il s’accentue à Genève comme dans les autres grandes villes de Suisse.

Selon l’ancien chef de la police vaudoise, la mission des policiers a en effet évolué ces dernières années en intégrant mieux la prévention de la criminalité.

«Il ne s’agit plus seulement de poursuivre l’auteur d’un délit, précise Pierre Aepli. Il faut aussi agir sur les causes de l’insécurité.»

Une problématique complexe et en constante évolution dans les grandes villes. L’insécurité et sa perception par la population urbaine sont en effet liés à des facteurs plus larges comme la cohésion sociale, l’intégration des migrants ou bien les mutations de l’économie.

En conséquence, Pierre Aepli estime que les conflits entre personnes augmentent et que les populations urbaines sont plus hétérogènes et plus fragiles qu’il y a quelques années.

«Or, dans bien des cas, la police se retrouve en première ligne, puisqu’elle est atteignable 24 heures sur 24. Peut-être plus que d’autres services, la police est donc un reflet de la société et de ses difficultés.»

Sur le terrain, cela signifie que l’agent doit souvent jouer l’assistant social, l’éducateur ou le médiateur interculturel.

De la formation dans 26 écoles en Suisse

«Parmi les organes de l’Etat, celui qui est le plus ouvert aux réformes est le corps de police. Car il n’a guère d’autres choix», assure même Pierre Aepli.

Avant d’ajouter: «le risque est que les policiers pallient aux manques d’autres services comme la justice ou les services sociaux».

Une chose est sûre. Les compétences professionnelles et humaines des policiers doivent s’élargir.

Que ce soit à Genève ou dans les autres villes suisses, les autorités tentent de répondre à ces nouveaux besoins en améliorant les cours et les programmes de formations continues dispensés, entre autre, par les 26 écoles de police réparties dans toute la Suisse.

«Comparés à leurs collègues européens, les policiers suisses sont en général bien formés», estime Fritz Lehmann.

«Pour devenir policier, il faut en effet avoir au moins 20 ans. Les policiers suisses ont donc également suivi une autre formation, que se soit des études ou un apprentissage», ajoute le directeur adjoint de l’Institut suisse de police, un organisme qui dispense des cours aux cadres des polices helvétiques.

La bonne personne au bon endroit

L’objectif, selon Pierre Aepli, est de pouvoir disposer de policiers spécialisés dans les différentes tâches que doit remplir la police. Un moyen d’éviter certaines bavures policières.

Encore faut-il disposer des effectifs suffisants. A Genève, c’est loin d’être le cas, selon Robert Di Giorgio.

Ailleurs en Suisse, le problème semble moins aigu. «En général, le nombre de policiers est suffisant pour les tâches courantes. Les carences en personnel surgissent lors des évènements exceptionnels », estiment Pierre Aepli.

Pour y faire face, l’ancien commandant de la police vaudoise préconise une meilleure collaboration intercantonale et la création d’un corps de police fédérale de 1000 hommes affectés dans les différentes polices cantonales.

Mais l’idée peinent à passer la rampe dans un pays très attaché à son fédéralisme.

Gare aux ghettos

Et ce n’est pas tout. Le fédéralisme helvétique produit un autre effet pervers que souligne Fritz Lehmann.

«Les classes aisées ont tendance à fuir les centres villes et s’établissent dans les communes ou les cantons avoisinants, souvent avantageux sur le plan fiscal.»

Résultat: «les communes urbaines voient leurs revenus diminuer et disposent donc de moyens de plus en plus limités pour lutter contre l’insécurité».

Certaines villes de Suisses risquent donc de connaître un cercle vicieux bien connu aux Etats-Unis: la population urbaine s’appauvrit, les problèmes sociaux et la criminalité augmentent. Et la police ne peut y faire face, faute de moyens. Ce qui fait fuir le reste de la population aisée.

swissinfo, Frédéric Burnand à Genève

En bref

- Genève compte 760 gendarmes, 255 membres de la police judiciaire et 203 membres de la police de sécurité internationale.
- Les cantons suisses disposent de 14'500 policiers et les communes de 3'500.
- 26 écoles de polices permettent de les former.

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