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La crise n'est pas finie pour tout le monde

«La Liberté», le nom de la galère construite par des chômeurs à Morges.

(swissinfo.ch)

«Les statistiques du chômage ne disent pas tout.» Initiateur du projet de galère, à Morges, Jean-Pierre Hirt donne un exemple pour appuyer ses dires: jusqu'à la fin de l'année, son chantier naval va employer une trentaine de chômeurs et autres érémistes.

Sur le chantier de «La Liberté», le nom de la galère construite par des chômeurs, de nombreuses personnes s'affairent. Jour «J» moins quatre, annonçait mardi un panneau à l'entrée du hangar, pour rappeler que la mise à l'eau a lieu samedi.

Désormais, plusieurs ouvriers sont des employés fixes, mais ce n'est pas le cas de tous... Ainsi, Paul (prénom fictif) va quitter le chantier à la fin du mois, après une année de travail. «Comme tout le monde, j'ai commencé comme aide-menuisier, explique cet homme de 60 ans. En réalité, je suis mécanicien et j'ai notamment réalisé les plombs pour lester la galère.»

Appuyé à une cabane de chantier, il raconte son parcours. «J'ai eu une carrière tout à fait respectable, j'étais cadre. Et puis il y a eu une restructuration.»

C'était il y a trois ans, Paul approchait la soixantaine. «Quand on cherche du travail, même avec un bon CV, et une grande expérience, on vous demande votre âge... 'Ah, vous avez 58 ans? Non, ce n'est pas un handicap, mais vous reviendrez quand vous en aurez 25'...»

Cette expérience n'a rien d'original. Dans la région de Morges, sur la Côte vaudoise, le taux de chômage est désormais à 2,3%, alors qu'il a flirté avec les 7% au gros de la crise.

Mais la récession a laissé des marques. Selon Laurent Marty, secrétaire syndical au SIB-La Côte, certains employés ont vu leurs revenus baisser, faute d'avoir trouvé un travail au salaire satisfaisant. Le travail à temps partiel se serait en outre développé, en particulier chez les femmes.

Autre réalité: les personnes proches de la retraite n'ont pas la cote auprès des employeurs. Et sont donc plus facilement exclues du monde du travail. «C'est la mentalité des entreprises, explique Laurent Marty. Elles estiment ne pas avoir besoin de personnes expérimentées, et licencient donc les employés les plus âgés.»

Paul appartient donc à cette catégorie. «Au bout d'un certain temps, avec le chômage, un vide s'instaure, poursuit-il. Il n'y a plus de repères. On ne perd pas uniquement son travail, mais aussi sa famille, ses amis, l'argent, la santé. Il reste l'humour.»

Le mécanicien a besoin de parler. Et il le fait bien. Il raconte le chômage, «cette chape de plomb qui s'abat sur vous», l'éloignement même de ceux qui traversent les mêmes difficultés, l'Office régional de placement, les CV...

Dans ce contexte, la galère, à Morges, a joué un rôle important. «Je suis venu ici pour retrouver confiance en moi. J'y ai appris à travailler le bois. Mais j'ai aussi réalisé que j'avais de la chance. Parce que j'ai rencontré des gens beaucoup plus démunis que moi. J'espère aussi avoir amené quelque chose à ces personnes.»

Caroline Zuercher


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