La descente aux enfers du FC Lugano

Message de soutien devant le Stade Cornaredo, à Lugano. Keystone

3e du championnat suisse de cette année, promu en Coupe UEFA pour la saison à venir, le FC Lugano croule sous les dettes. Il doit dire adieu à la Ligue A.

Ce contenu a été publié le 31 mai 2002 - 18:16

A six ans de son centième anniversaire, le FC Lugano - fondé en 1908 - vit ces jours-ci les heures les plus sombres de son histoire. En toile de fond, la gestion catastrophique de feu son président qui s'est suicidé le 7 mars dernier.

Plus de 80 millions de francs de dettes

En fait, le club tessinois croule sous une montagne de dettes. Alors qu'il avait avoué environ 20 millions de francs de découvert, il a dû reconnaître un chiffre bien plus élevé.

Ce ne sont pas moins de 82 millions de francs que les créanciers réclament à la société. Une bonne partie de cette somme considérable est revendiquée par les ex-clients italiens de la société de gestion comptable d'Helios Jermini.

Président du FC Lugano depuis 1995 mais «padre-padrone» et «mécène» depuis bien plus longtemps, Helios Jermini s'est donné la mort le 7 mars dernier. Acculé par des clients lésés dont il avait, pendant presque 20 ans, délesté les comptes au profit de «son» équipe de foot, il s'est jeté dans le lac de Lugano au volant de sa voiture.

Les capitalistes italiens réclament leur dû

L'enquête judiciaire immédiatement ouverte par le procureur luganais Emanuele Stauffer a démontré que, de 1983 et jusqu'à la veille de sa mort, Helios Jermini avait détourné 60 millions de francs.

Sur cette somme, 45 millions de francs ont été versés au club. Qui, malgré le manque de public endémique, est parvenu bon an mal an à boucler ses comptes.

Aujourd'hui, les capitalistes italiens - qui avaient décidé à la faveur du décret Tremonti de rentrer leurs avoirs dans leur pays - réclament leur dû à l'équipe qui en a involontairement profité.

Une partie des salaires versés au noir

La chute du FC Lugano a été d'autant plus rapide lorsque le fisc cantonal s'en est mêlé. L'enquête du procureur a mis à jour toutes les magouilles de feu le président. Une partie des salaires des joueurs étrangers leur était versée au noir.

Sur ces sommes, les impôts à la source et les charges sociales telles que l'AVS n'ont jamais été payés au canton. Le FC Lugano doit donc passer à la caisse pour une ardoise de quatre millions de francs dont un million d'amende.

La semaine dernière, pour éviter la relégation en Ligue B, la direction du club a demandé au canton d'adhérer au sursis concordataire. Faute de quoi, le FC Lugano ne pourrait pas présenter, à la Ligue nationale de football, les garanties financières suffisantes pour rester en Ligue A.

Pas d'exception pour le FC Lugano

Le dernier espoir des dirigeants de l'équipe, son nouveau président Umberto Giovine en tête, s'est évanoui mardi soir lorsque le gouvernement tessinois a refusé d'accepter le sursis concordataire.

«Nous devons agir selon les lois et ne pouvons pas faire d'exception», a dit le Conseil d'Etat tessinois. Qui, dans la foulée, a aussi repoussé la demande d'amnistie fiscale, pour un million de francs, du Hockey-club Ambri-Piotta.

Un héritage très lourd à porter

Exit donc le coup de pouce cantonal, il ne restait que le mécène qui, avant ce vendredi - date limite pour la présentation à la ligue nationale d'assurances financières -, aurait dû assurer une garantie bancaire de 17,5 millions de francs. Quelques noms ont circulé dont celui de l'industriel Begjhet Pacolli, patron de la Mabetex, mais aucune offre concrète n'a été faite.

Jeudi, de New York où il se trouvait pour affaires, le milliardaire luganais Geo Mantegazza, qui finance déjà le Hockey-club de la ville, a promis le versement d'un million de francs à verser au fisc cantonal.

«Mais, a-t-il précisé, à condition que l'équipe reste en Ligue A.» Ce n'est bien sûr pas assez pour que la Ligue nationale de football accorde la licence pour la saison 2002-2003. Sa décision finale va tomber mardi prochain.

Un an pour mettre de l'ordre dans la maison

Ainsi, pour éviter la faillite et la dégringolade en 5ème Ligue, le président du FC Lugano, Umberto Giovine, a mis sur pied un nouveau projet pour relancer le club, à partir de la Ligue B.

Il en a parlé jeudi à l'entraîneur Roberto Morinini. Libéré de ses engagements, il vient de signer un contrat de deux ans avec le FC Servette.

L'héritage d'Helios Jermini est donc lourd à porter. Le club luganais se donne un an en Ligue B pour assainir partiellement ses finances, trouver de nouveaux capitaux et retourner en Ligue A.

Umberto Giovine a d'ores et déjà annoncé qu'il allait faire place aux jeunes pour le championnat de Ligue B et que le FC Lugano disputerait quand même la coupe UEFA. Quitte à ne pas aller plus loin que le premier tour.

Lugano ne mérite pas une équipe en ligue A

Les fans de la première heure sont amers. Jeudi, ils ont appelé les Luganais à manifester leur soutien à leur club avec banderoles, slogans et défilé jusqu'au siège de la municipalité.

Mais, en ce jour férié de la Fête-Dieu et par un temps d'été, les «tifosi» n'étaient que quelques dizaines: «Lugano ne mérite pas d'avoir une équipe de football en ligue A, dit un jeune supporter en colère. Ici le cœur des gens ne bat que pour le hockey.»

swissinfo/Gemma d'Urso à Lugano

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