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La diplomatie suisse adopte un profil bas

La visite de Micheline Calmy-Rey en Turquie pourrait être reportée après les élections fédérales.

(Keystone)

L'annulation par la Turquie du voyage de Micheline Calmy-Rey est considéré par l’ambassadeur de Suisse comme un affront. Pourtant, la Suisse se montre plutôt conciliante.

Ankara évoque des problèmes techniques et parle de simple report de la visite.

Convoqué mardi au ministère suisse des affaires étrangères à Berne, l’ambassadeur turc Metin Örnekol précise que la visite de la cheffe de la diplomatie helvétique n’a pas été «annulée», mais «reportée pour des raisons techniques».

Cette convocation faisait suite à celle de l’ambassadeur de Suisse au ministère turc des affaires étrangères à Ankara. Lundi, en effet, les autorités turques avaient signifié à Kurt O. Wyss que Micheline Calmy-Rey n’était plus la bienvenue en Turquie lundi prochain.

Raison invoquée: l’adoption la semaine dernière par le parlement du canton de Vaud d’un postulat demandant reconnaissance du génocide arménien de 1915.

Des propos tempérés

Dans une première réaction, l’ambassadeur de Suisse à Ankara parle d’«affront pour Mme Calmy-Rey et pour la Suisse». Mais il tempère aussitôt ses propos.

Kurt O. Wyss considère l’annulation de ce voyage comme un «coup dur». Il juge la décision turque «disproportionnée».

Cela dit, le diplomate estime qu’une visite n’est pas exclue après les élections fédérales.

En fait, la Suisse officielle se montre plutôt conciliante. D’ailleurs, mardi, Micheline Calmy-Rey s’était contentée de regretter une «décision exagérée».

Et la ministre des affaires étrangères d’ajouter quelle n’est «pas de nature à faciliter les contacts avec la Turquie».

Les Turcs oint fait une erreur

Membre de la commission de politique extérieure du Conseil des Etats, Hans-Rudolph Merz adopte le même ton.

«Je pense que les Turcs ont fait une erreur, affirme le sénateur. Ils auraient mieux fait d’inviter Micheline Calmy-Rey pour discuter du sujet avec elle et pour lui livrer leur point de vue.»

Et de préciser: «Nous aurions eu la possibilité de leur expliquer pourquoi les députés du canton de Vaud ont voté ce postulat. C’est ainsi que doivent agir les pays les uns envers les autres».

Cela dit, le sénateur parle d’une attitude «inamicale et exagérée» de la part de la Turquie. Et il concède que, «sur le plan diplomatique, elle causera quelques difficultés».

Un autre voyage reporté

«Pour moi, dit Hans-Rudolph Merz, le sujet doit être discuté avant la poursuite des contacts diplomatiques entre nos deux pays.»

Le sujet a justement été débattu jeudi matin au parlement helvétique. Résultat: le voyage en Turquie d'une délégation de six sénateurs (conseillers aux Etats) n'aura pas lieu début novembre comme prévu.

Pour qu'une telle visite puisse être organisé, le gouvernement doit d'abord normaliser ses relations bilatérales avec la Turquie, estime la commission de politique extérieure de la Chambre des cantons.

Son président Maximilian Reimann précise qu'il ne s'agit pas d'une mesure de rétorsion à l'encontre d'Ankara et que la commission reste en contact avec le parlement turc.

Un opportunisme économique

Le profil bas adopté en l’occurrence par la Suisse n’étonne pas l’historien Hans Ulrich Jost.

«Dès qu’un pays d’une certaine envergure entre en conflit avec la Suisse, explique ce professeur à l’Université de Lausanne, il est conforme à sa tradition de se plier, de s’arranger.»

Pour Hans Ulrich Jost, «la Suisse cherche, par-dessus tout, à cultiver d’excellentes relations sur le plan international».

Son but est de ne pas perturber son commerce extérieur et les affaires de sa place financière.

«On appelle cela neutralité, précise le professeur Jost. Mais, en fait, c’est de l’opportunisme économique.»

Les règles du jeu

L’historien va plus loin. «Je constate que Micheline Calmy-Rey commence à apprendre les règles du jeu qui sont en vigueur à Berne. (…).»

En clair, précise le professeur, «elle commence à comprendre qu’il faut oublier le discours politique basé sur des principes et favoriser toutes sortes d’arrangements conformes à la tradition helvétique».

«Et, dit Hans Ulrich Jost, il faut savoir qu’en Suisse la politique étrangère se fait au département de l’économie.»

Une pomme de discorde

Mais la retenue de la Suisse en matière de politique étrangère a une autre origine. Qui est propre au système politique helvétique.

La Suisse, rappelle le professeur Pierre de Senarclens, est un pays «extraordinairement hétérogène», composé de petits états (cantons) qui n’ont pas forcément une longue histoire commune.

Et, dit le spécialiste en relations internationales de l’Université de Lausanne, il est très difficile à ces Etats d’adopter une position commune et profilée.

«La politique étrangère suisse est une éternelle pomme de discorde», constate Pierre de Senarclens.

Et de conclure que ce n’est pas un hasard si «la Suisse n’a pas de tradition de politique étrangère».

swissinfo et les agences

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