La fête du Grütli doit être maintenue

Selon la police, la mouvance d'extrême droite regroupe dans les 1000 personnes. Keystone Archive

Une nette majorité de citoyens suisses déplorent les incidents du 1er Août au Grütli mais estiment que ce n’est pas une raison pour supprimer la fête officielle.

Ce contenu a été publié le 07 août 2005 - 11:56

De son côté, le président du Parti socialiste Hans-Jürg Fehr dénonce la responsabilité de Christoph Blocher, représentant de la droite populiste de l’UDC au gouvernement.

Les Suisses condamnent à une nette majorité de 83 % la participation de l'extrême droite à la fête nationale au Grütli. Mais les débordements ne sont pas une raison pour y supprimer les festivités. Près de neuf personnes sondées sur dix veulent que le 1er août soit fêté au Grütli.

Mais dans un sondage publié par le SonntagsBlick, 24 % sont d'avis qu'il faut alors en exclure les extrémistes de droite et 34 % estiment que les festivités ne pourront se dérouler à l'avenir que sous protection policière.

Presque une même proportion (31 %) des 1001 personnes interrogées par l'Institut Isopublic pensent que la fête doit se poursuivre sans mesures particulières.

Un chapelet d’injures

Le 1er août lors du discours traditionnel du président de la Confédération, Samuel Schmid a été chahuté et injurié par quelque 700 extrémistes de droite, notamment chaque fois qu’il prononçait le mot «intégration».

Debout et drapeaux suisses à la main, la plupart des néo-nazis se tenaient derrière la foule estimée à 2000 personnes. Ils ont scandé des slogans nationalistes tout en traitant le président de «cochon» et de «Judas», entre autres gentillesses.

Cela fait environ 10 ans que des membres de l'extrême droite se rendent au Grütli le 1er Août. Elle s'est regroupée en 2000 dans le Parti des Suisses nationalistes (PNS), à l'origine des contre-manifestations organisées.

La même année, le conseiller fédéral Kaspar Villiger avait déjà essuyé quelques plâtres lors de son discours du 1er Août. Mais jamais les choses n’avaient dégénéré au point qu'un président soit personnellement injurié et quitte les lieux aussitôt son discours prononcé, sans attendre que la foule entonne l’hymne national.

Les choses ont atteint un degré tel que la présidente de la commission du Grütli (Schwytz), l’ancienne députée démocrate-chrétienne Judith Stamm, a décidé de lancer dès septembre une réflexion sur le maintien ou non de la célébration officielle sur la colline mythique du Grütli (qui est propriété de la Confédération).

Coresponsabilité de Blocher

Durant toute la semaine, la discussion a fait rage sur l’attitude à adopter face à l’extrême droite. Jusqu’au ministre socialiste Moritz Leuenberger qui n’a pas ménagé ses critiques contre son collègue Christoph Blocher, représentant de l’Union démocratique du centre (UDC, droite nationaliste).

Dans le Tages-Anzeiger, Moritz Leuenberger a estimé que l'UDC et son leader avaient contribué à repousser la ligne rouge du langage politiquement acceptable. Par exemple, lorsque Christoph Blocher avait utilisé des termes comme «sans caractère» ou «demi-conseiller fédéral» pour Samuel Schmid, également membre de l’UDC mais jugé trop «mou» par ses camarades zurichois.

Frontière poreuse avec l’extrême droite

Dimanche, c’est au tour du président du Parti socialiste d’en remettre une couche, toujours par presse interposée. «Le silence de Blocher renforce sa coresponsabilité». Il «aurait eu l'occasion de corriger le tir, ne l'a pas saisie», déclare le président du PS dans une interview au Matin dimanche.

«Lui qui s'exprime volontiers sur de nombreux thèmes devrait au moins se montrer solidaire de Samuel Schmid et condamner clairement les agissements des extrémistes de droite», ajoute le député socialiste.

M. Fehr partage les critiques émises par Moritz Leuenberger qu'il a par la suite nuancées. Il suppose en outre que l'UDC abrite toujours des gens qui se réclament de l'extrême droite.

«Ce que l'on peut reprocher à l'UDC, c'est d'entretenir une frontière poreuse avec l'extrême droite», estime le président du PS.

Mieux appliquer la loi

Hans-Jürg Fehr est par ailleurs d'avis que la police «intervient de manière bien plus préventive et massive contre les agitateurs d'extrême gauche ou du Bloc noir» que contre ceux d'extrême droite.

Il regrette qu'on minimise souvent les agissements de ces derniers et pense qu’en attendant l'interdiction des symboles néonazis, les lois et les moyens policiers existants doivent être mieux appliqués.

swissinfo et les agences

Faits

Le rapport sur la sécurité intérieure en 2003 recensait 1000 extrémistes de droite, regroupés dans des groupes de skinheads tels que les «Hammerskins» ou le «Morgenstern».
Créé en 2000, le Parti des Suisses nationalistes (PNS), est à l'origine des contre-manifestations sur le Grütli
Un membre de ce parti a été élu en avril à l’exécutif communal de Günsberg (Soleure).
Récemment, 4 membres du PNOS ont été condamnés à une amende pour atteinte à la loi contre le racisme.

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En bref

- La Fête nationale du premier Août a été introduite en 1891 et cette journée fériée officielle depuis 1994.

- On célèbre sur la colline du Grütli (Uri), lieu mythique où aurait été conclu le pacte défensif de 1291 entre représentants des cantons d'Uri, Schwytz et Unterwald, à l'origine de la Suisse moderne de 1848.

- Depuis une dizaine d'années, des extrémistes de droite se rendent à la célébration du Grütli.

- Les contre-manifestations organisées ont commencé en 2000 (contre Kaspar Villiger), mais jamais visant personnellement un représentant du gouvernement.

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