Crise climatique

Pourquoi la fonte des glaciers nous concerne tous

Les glaciers alpins pourraient disparaître d’ici la fin du siècle. Les conséquences s’en feront sentir non seulement dans les montagnes suisses, mais dans toute l’Europe.   

Ce contenu a été publié le 16 octobre 2020 - 11:39
Corinna Staffe (illustration)

Les glaciers sont en train de fondre, mais ce n’est pas une nouveauté: depuis 1850, le volume des glaciers alpins s’est réduit d’environ 60%. Ce qui surprend, en revanche, c’est le rythme auquel les «géants» des Alpes diminuent. En 2019, les pertes de masse gelée ont atteint des «niveaux record», écrit l’Académie suisse des sciences naturelles. En l’espace de seulement deux semaines estivales, on a perdu 800 millions de tonnes de neige et de glace, ce qui correspond à un cube de glace d’environ un kilomètre de large, indique Matthias Huss, responsable du Réseau suisse de surveillance des glaciers.  

Malgré les températures estivales relativement modérées, même 2020 «peut être considérée comme une mauvaise année pour les glaciers», note Matthias Huss. 

Depuis l’ère préindustrielle, la température en Suisse a augmenté de près de 2°C, soit le double de la moyenne mondiale. À ce rythme, la moitié des 1500 glaciers alpins – dont le majestueux glacier d'Aletsch, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, – disparaîtront au cours des 30 prochaines années. Et si rien n’est fait pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, tous les glaciers de Suisse et d'Europe risquent de fondre presque complètement d’ici la fin du siècle, avertissent les chercheurs. 

Depuis 1864, la température moyenne en Suisse a augmenté de 1,9 degré Celsius

Le déclin des glaciers, phénomène récurrent dans l'histoire de la Terre, bien que sur des périodes plus longues, aura-t-il un impact négatif sur notre avenir? C’est difficile à dire. Mais une chose est sûre: cela nous oblige à nous préparer à de nouveaux scénarios. 

En Suisse, la fonte des glaciers entraîne notamment un risque accru de catastrophes naturelles telles que les inondations, les coulées de débris et les glissements de terrain. Les lacs qui se forment à l’intérieur d’un glacier risquent de se déverser soudainement dans une vallée, anéantissant villages et infrastructures. Et à mesure que la couche de glace et de permafrost s’amincit, les montagnes deviennent plus instables. Régulièrement, les images d’affaissement de flancs de montagnes alpines font le tour du monde.  

Avec la fonte des glaciers, la Suisse perd une importante réserve d’eau qui, selon les estimations, pourrait garantir la consommation de sa population pendant 60 ans. La Suisse continuera à disposer de suffisamment d’eau, même si sa population passe de 8,5 millions d'habitants aujourd'hui à 10 millions en 2050. Il faudra cependant gérer différemment les précipitations – qui passeront de plus en plus de la forme de neige à la forme de pluie – afin d’éviter les conflits autour de l’eau, souligne Paolo Burlando, professeur d’hydrologie et de gestion de l’eau à l’École polytechnique fédérale de Zurich. La création de nouveaux bassins d’accumulation à usages multiples en montagne, dans des zones libérées de la glace, pourrait offrir de nouvelles possibilités pour la production d’énergie hydroélectrique et pour l’agriculture. 

La situation pourrait être plus problématique en Europe, dans des régions situées à des centaines de kilomètres des Alpes suisses. En raison d’un apport amoindri d’eau issue de la fonte des neiges et des glaciers, le débit des principaux fleuves européens – le Rhône, le Rhin, le Danube et le Pô – pourrait diminuer considérablement en été. Une baisse du niveau des cours d’eau et des lacs rendra plus difficile la navigation et le transport de marchandises à destination et en provenance de la Suisse. 

Pour préserver un patrimoine d’importance nationale qui a contribué à faire connaître la Suisse au monde entier, les scientifiques se sont lancés dans une course contre la montre. À Morteratsch, dans les Grisons, un projet a été lancé pour protéger le glacier avec de la neige artificielle. S’il s’avère efficace, ce système pourrait également être utilisé dans l’Himalaya et les Andes. 

Mais la science ne peut rien faire si les émissions de gaz à effet de serre augmentent. En Suisse, la lutte pour la protection des glaciers passe ainsi de la montagne aux couloirs de la politique et aux urnes.

Déposée en novembre 2019, l'initiative populaire «Pour un climat sain» (initiative pour les glaciers) demande que les objectifs de l'accord de Paris sur le climat soient ancrés dans la Constitution helvétique et que les émissions de gaz à effet de serre de la Suisse soient neutralisées d'ici 2050. Le gouvernement fédéral entend aussi atteindre la neutralité climatique d’ici le milieu du siècle. Mais il est contre une interdiction générale des carburants et combustibles fossiles, comme le demande l’Association suisse pour la protection du climat, à l’origine de l’initiative. 

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