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La liste de Carla et les Balkans à Locarno

Carla del Ponte ou la quête de la justice. (fotofestival/Abram)

Carla del Ponte, procureure du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie était ce week-end au Festival du film de Locarno, pour la projection du documentaire sur son travail.

L'occasion de parler de cette «Liste de Carla», des Balkans et de sa lutte contre les criminels de guerre.

«Carlina la peste» - le surnom dont l'avait affublée le président de la Lega (parti populiste) Giuliano Bignasca lorsqu'elle était procureure au Tessin - n'a rien perdu de sa proverbiale ténacité.

Sous bonne escorte et acclamée comme une star de cinéma à son arrivée, dimanche matin au Forum Espace Cinéma de Locarno, Carla del Ponte, 59 ans, a tenu la vedette durant un débat sur les "Défis dans les Balkans".

A un peu plus d'un an de la fin de son mandat (septembre 2007), la magistrate tessinoise a répété qu'elle n'avait pas perdu l'espoir de mettre la main sur les criminels de guerre serbes Radovan Karadzic et Ratko Mladic, responsables du massacre de Srebrenica (Bosnie-Herzégovine) en 1995.

La Serbie doit tenir ses engagements

«Leur capture, a-t-elle dit, a été annoncée à plusieurs reprises et promise à des dates bien précises. Le premier ministre serbe n'a pas tenu ses engagements envers le TPIY. Il va devoir le faire s'il veut que la Serbie puisse reprendre les négociations, interrompues, sur son adhésion à l'Union européenne».

«C'est aussi pour accélérer leur livraison à la justice que le réalisateur Marcel Schüpbach a tourné le documentaire "La liste de Carla", a précisé la procureure».

«Ma liste a-t-elle ironisé, aligne les noms des hauts responsables des crimes de guerre et indique leur rôle. In primis Karadzic et Mladic que j'espère voir dès que possible derrière les barreaux».

La procureure du TPIY a rappelé que son travail «dépend principalement de la volonté politique des dirigeants des pays des Balkans et de l'importance de la collaboration et des contacts directs avec les procureurs des pays concernés».

La communauté internationale complice

Invités au débat, deux d'entre eux, le procureur général de Croatie Mladen Bajic et son collègue bosniaque Marinko Jurcevic ont approuvé leur collègue suisse. Ils ont répété, à l'unisson, qu'il existe désormais un «engagement total des institutions» de leurs pays respectifs pour livrer les criminels de guerre à la justice de La Haye.

«La population des Balkans désire que justice soit faite et qu'une paix durable s'installe dans la région», ont-ils ajouté. Ils ont rappelé que leurs efforts ont permis la capture du général croate Ante Gotovina, pourtant considéré comme un héros national par nombre de ses compatriotes.

«Il nous a fallu des années pour lui mettre la main au collet parce que pendant quatre ans, ce criminel de guerre a eu tout loisir de parcourir le monde en exhibant un faux passeport» a lancé le procureur croate Bajic. Il a reproché à la communauté internationale d'avoir favorisé cette fuite par son manque de responsabilité et d'efficacité.

Dick Marty joue l'avocat du diable

Le sénateur tessinois Dick Marty, président de la Commission des droits de l'homme au sein du Conseil de l'Europe, a joué l'avocat du diable: «il est très dangereux, a-t-il dit, de mêler la politique à la justice surtout lorsqu'il s'agit d'une justice des vainqueurs, une justice très partiale».

Dick Marty a avoué qu'il demeure «très sceptique» sur le contexte dans lequel se fait le travail de la cour internationale de La Haye. Il estime qu'aussi longtemps que des puissances mondiales comme les Etats-Unis et la Chine refusent de ratifier les Statuts de Rome (ces statuts qui, en 1998, ont amené à la constitution de la cour), «les résultats obtenus par le TPIY ne seront pas complets».

«Le TPIY a ajouté Dick Marty, a été voulu par la communauté internationale qui s'est ainsi lavée la conscience après les interventions de l'OTAN dans les Balkans puis en Irak. Le cheminement de la justice internationale est très lent, le conflit au Liban en est la preuve. Chaque bombe qui tombe ces jours au Proche-Orient fait naître de nouveaux terroristes et ceci est épouvantable !»

swissinfo, Gemma d'Urso à Locarno

En bref

- Le débat public intitulé "Promouvoir la paix, lutter contre l'impunité - les défis dans les Balkans" a été organisé par le Département fédéral des afaires étrangères (DFAE) et le Festival international du film de Locarno, à l'occasion de la première sortie mondiale du documentaire "La Liste de Carla".

- Projeté samedi soir sur la Piazza Grande en présence de son réalisateur, le Romand Marcel Schüpbach et de la protagoniste Carla del Ponte, le film a suivi le travail de la procureure et de son équipe durant plusieurs mois.

- Outre Carla del Ponte, le sénateur tessinois Dick Marty et les procureurs généraux Mladen Bajic (Croatie) et Marinko Jurcevic (Bosnie-Herzégovine) ont participé au débat.

- Le procureur serbe Vladimir Vukcevic, attendu à Locarno, a dû renoncer pour des raisons de santé.

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Faits

Carla del Ponte, 59 ans, ex-procureure générale de Lugano et ex-procureure du Ministère public de la Confédération, est procureure auprès du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) depuis 1998.
Son mandat arrive à échéance en septembre 2007. A ce jour, Carla del Ponte a mis 161 personnes sous accusation dont plus de 50 ont été définitivement condamnées. Alors que six accusés de grosse envergure sont toujours en fuite, 47 détenus sont encore derrière les barreaux.
Carla del Ponte a acquis une renommée internationale lors du procès intenté à Slobodan Milosevic, ex premier ministre serbe. Ce dernier est mort prématurément, d'un arrêt cardiaque, en mars dernier dans sa cellule de La Haye.

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