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La longue marche vers une bourse unique européenne

(swissinfo.ch)

Depuis lundi matin, les valeurs vedettes du marché helvétique sont négociées à Londres, sur une nouvelle plate forme électronique, baptisée virt-x. C'est la réponse de la Bourse suisse au mouvement de rapprochement entre les places financières européennes. Reste à savoir si Virt-x trouvera sa place dans le marché global qui se dessine.

Ça y est. Les blue chips du SMI - les Roche, Nestlé, UBS, soit 80% de la capitalisation boursière du pays - ont émigré en Angleterre. Elles sont depuis lundi négociées par virt-x, un nouveau marché électronique, lancé conjointement par la Bourse suisse et Tradepoint, un partenaire anglais.

Mais l'ambition de virt-x, qui est dirigée par Antoinette Hunziker-Ebneter, la présidente de Bourse suisse, va évidemment bien au-delà des 29 valeurs vedettes suisses. Son but est de prendre pied sur le marché pan-européen des blues chips, et d'en avaler, en un an, au moins 10%.

Il faut dire que l'univers des bourses est en plein mouvement, dans toute l'Europe. Et beaucoup craignent d'être laissés de côté. «Pour la Bourse suisse, virt-x c'est un désenclavement important», commente Paul Dembinski, directeur, à Genève, de l'Observatoire de la Finance.

Depuis 5 ou 6 ans, les projets d'alliance se font et se défont à un rythme soutenu. Il y a d'abord eu un projet d'alliance entre Paris et Francfort. En vain. Puis entre les deux plus grandes, la Deutsche Börse et le London Stock Exchange, qui annonçaient même, il y a un an, leur fusion. Echec, suivi d'une tentative - avortée - d'OPA suédoise sur Londres.

Trois raisons pour expliquer ce remue-ménage, selon Paul Dembinski. Il y a tout d'abord une question de taille critique: les marchés ont peur, en ne grandissant pas, de ne pas rester compétitifs. Il y a ensuite la transformation du statut des bourses européennes. Elles étaient jadis des mutuelles, elles deviennent de plus en plus des sociétés par actions, soumises à des impératifs de rentabilité.

Troisième raison: «il y a tout de même l'euro, qui est un facteur d'unification et de transparence, explique le directeur de l'Observatoire de la Finance. Les bourses européennes se devaient de réagir. On ne pouvait pas continuer avec des cotations sur des bourses nationales compartimentées, comme dans les années 60 ou 70.»

Mais virt-x, aujourd'hui, n'est bien sûr pas la seule bourse à monter à l'assaut de ce marché européen. Il y a Euronext, issue de la fusion de Paris, Amsterdam et Bruxelles, qui s'apprête d'ailleurs à entrer en bourse. Il y a d'autres plates-formes purement électroniques, comme Jiway, lancé par Morgan Stanley et les Suédois de OM Group et Nasdaq Europe.

Pour la Bourse suisse, le pari n'est donc pas gagné d'avance. Il faut rappeler que seules les valeurs vedettes suisses seront négociées exclusivement sur virt-x. Pour toutes les autres, la nouvelle bourse londonienne ne sera qu'une deuxième cotation. Beaucoup dépendra donc de la capacité de virt-x à attirer de gros volumes.

«Le grand défi de virt-x, c'est très clairement la liquidité, avertit Jean-Marie Martin, de Lombard Odier. Il lui faudra notamment amener les intermédiaires financiers, comme les grandes banques d'investissement, à offrir des titres sur cette plate forme, à être prêt à en acheter, pour créer justement ce marché.»

A la tête de virt-x, Antoinette Hunziker se veut rassurante: «nous avons la promesse des banques qu'elles fixeront des prix acheteur et vendeur sur plus de 500 blue chips. Leurs fixations de prix finiront de convaincre les marchés.» Mais, évidemment, seul l'avenir dira si virt-x parvient véritablement à décoller. Ses responsables prévoient de tirer premier bilan à la fin du mois prochain.

Pierre Gobet, Zurich


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