La lutte anti-terroriste menace les réfugiés

Ruth Metzler en compagnie de Ruud Lubbers, Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés et d'une jeune réfugiée. Keystone

En marge de la conférence sur les réfugiés de Genève, plusieurs ONG dénoncent le durcissement des gouvernements à l'égard des étrangers.

Ce contenu a été publié le 13 décembre 2001 - 08:22

«La lutte contre le terrorisme ne doit pas se faire au détriment des réfugiés», a averti la ministre suisse Ruth Metzler, en ouverture mercredi de la conférence sur la protection des réfugiés.

Catherine Morand, de la section suisse d'Amnesty international, ne peut qu'approuver le point de vue de la responsable du Département fédéral de justice et police.

Un double langage

Ce qui ne l'empêche pas de dénoncer la révision de la loi sur l'asile que préparent justement les services de Ruth Metzler. «Nous craignons que le contexte actuel pousse la Suisse à durcir une politique d'asile déjà extrêmement restrictive», s'inquiète Catherine Morand.

A l'instar de Ruth Metzler qui préside la conférence de Genève, nombre de responsables de gouvernements occidentaux multiplient les appels à la tolérance depuis le 11 septembre, tout en durcissant leurs législations nationales à l'égard des étrangers.

C'est en tout cas le point de vue de plus de 80 ONG qui ont dénoncé mercredi, en marge de la réunion de Genève, ce double langage.

«Le risque est bien réel de voir la rhétorique utilisée par les gouvernements à Genève ne pas être suivie d'effets dans leur pays», s'inquiète Ed Schenkenberg, directeur du Conseil international des agences bénévoles.

Légaliser la torture

Amnesty international pointe en particulier les mesures prises ou envisagées par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. «Les autorités américaines tentent même de légaliser l'usage de la torture pour faire pression sur de présumés terroristes. Une extrémité également débattue en Grande-Bretagne», affirme Catherine Morand.

Les autres pays européens n'en sont pas encore là. Mais Amnesty international, comme nombre d'autres ONG de défense des droits humains, s'inquiètent de l'arsenal anti-terroriste que l'ensemble de ces pays sont en train de mettre en place.

Effet pervers

Ces nouvelles restrictions ne sont pas seulement liberticides. Elles provoquent également un effet pervers déjà à l'œuvre avant le 11 septembre et qu'a dénoncé mercredi le Haut commissaire de l'ONU aux réfugiés.

«Les voies légales pour arriver dans un pays étant closes, beaucoup de réfugiés se tournent vers des passeurs illégaux, malgré les dangers et le coût financier. D'autres migrants se font passer pour des réfugiés. Il s'ensuit une confusion entre le réfugié et le migrant et une mise en cause du réfugié perçu comme quelqu'un qui enfreint la loi», a souligné Ruud Lubbers.

Frédéric Burnand, Genève

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