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La nouvelle image des féministes suisses

Dix ans après la grève des femmes, le mouvement féministe tient à dépoussiérer son image.

(Keystone Archive)

Le 14 juin 1991, pour revendiquer une égalité de fait avec les hommes, les femmes faisaient la grève, toutes de rose vêtues. Dix ans plus tard, cette couleur est à l'honneur. D'autant plus que la journée est marquée par la naissance d'émilie, le journal relooké des féministes suisses.

Trente ans du suffrage féminin, vingt ans de l'inscription de l'égalité dans la constitution, dix ans de la grève des femmes, cinq ans de la loi sur l'égalité: pour les féministes, l'an 2001 est celui de toutes les commémorations.

L'occasion pour les féministes suisses de dépoussiérer leur lutte. Pour marquer le coup, elles ont donc décidé de relifter leur journal, fidèle compagnon de toutes les luttes depuis 1912. But de cette opération: tenter d'élargir un lectorat plutôt confifentiel, estimé à 2000 personnes.

La rédaction a tout d'abord pris un sacré coup de jeune, puisque la moyenne d'âge des onze collaboratrices est passée à 28 ans. Une révolution qui a également déteint sur la maquette du journal.

Finalement, le mensuel de 24 pages a été rebaptisé «l'émilie», en l'honneur d'Emilie Gourd, la fondatrice du journal «Le Mouvement féministe», devenu ensuite «Femmes suisses», puis «Femmes en Suisse».

Une façon de souligner l'importance de l'héritage féministe pour la jeune génération. Et de signaler que les réformes ont leurs limites. C'est que les problématiques traditionnelles - l'avortement, l'égalité salariale ou l'assurance-maternité - n'ont pas changé.

Du coup, selon la rédactrice en chef de 26 ans, Andrée-Marie Dussault, la ligne éditoriale du magazine devrait rester «assez similaire». Avec un plus grand intérêt pour l'actualité, ou bien un élargissement du débat à de nouvelles problématiques. La représentation des femmes dans la publicité, par exemple.

«Je ne pense pas que le féminisme soit dépassé, poursuit-elle. Si l'on regarde objectivement les statistiques, on constate qu'il y a encore beaucoup de discriminations, et donc de travail à effectuer.»

Mais Andrée-Marie Dussault l'admet: un grand travail doit également être fait pour modifier l'image du féminisme. Pour cela, sa nouvelle rédaction souhaite élargir son réseau, notamment auprès des médias, mais aussi en travaillant avec ceux qui luttent contre d'autres formes de discrimination, l'homophobie ou le racisme notamment.

«Le féminisme se modernise», confirme Maria Roth-Bernasconi. Selon la coprésidente des femmes socialistes, les femmes collaborent désormais plus avec les hommes pour obtenir l'égalité.

Autre nouveauté: l'approche, dite «intégrée», de l'égalité. Les féministes tentent par là d'introduire la réflexion de l'égalité dans des domaines très divers. Dans la formation, par exemple, où certains métiers sont encore présentés comme typiquement masculins ou féminins.

Dans l'immédiat, la journée de jeudi est placée sous le signe du monde du travail. Il y a dix ans, les grévistes revendiquaient une loi sur l'égalité, application pratique de l'égalité de salaire théorique inscrite dans la constitution depuis 1981.

Désormais, cette loi existe. Mais l'égalité dans le monde du travail n'est toujours pas devenue réalité. A preuve, selon l'Office fédéral de la statistique, dans le privé, le salaire des femmes est de 21,5% inférieur à celui des hommes.

Caroline Zuercher


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