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La protection des consommateurs à mi-parcours

Simonetta Sommaruga, conseillère aux Etats et présidente de la Fondation pour la protection des consommateurs (SKS).

(ZVG)

En Suisse, la protection des consommateurs reste un besoin bien réel. Le pays est en effet à la traîne des lois européennes.

Alors que la Fondation de protection des consommateurs (SKS) célèbre ses 40 ans, sa présidente, Simonetta Sommaruga, répond aux questions de swissinfo.

Simonetta Sommaruga est une politicienne qui compte sous la Coupole fédérale. Après quatre ans passés sur les bancs du Conseil national (chambre basse), la socialiste bernoise est conseillère aux Etats (chambre haute) depuis l’automne dernier.

Directrice de la Fondation de protection des consommateurs durant huit ans, elle en est depuis 2002 la présidente.

swissinfo: En tant que «Madame protection des consommateurs», vous avez rendu populaires les préoccupations desdits consommateurs. Pensez-vous que les producteurs cherchent systématiquement à les tromper?

Simonetta Sommaruga: Je ne pars pas de l’idée que l’on cherche à tromper le consommateur. Mais je constate que le producteur a toujours une longueur d’avance au niveau de l’information. Qu’il l’utilise, et parfois en abuse.

Notre tâche est justement d’éviter cela.

swissinfo: Qui est le mieux protégé en Suisse, le producteur ou le consommateur?

S.S.: En observant la composition du Parlement, on voit que n’y siègent presque que des producteurs. Notre législation en est le fruit.

Toutefois, nous nous battons sans relâche pour que la protection des consommateurs, l’information et la transparence aillent de soi en Suisse.

swissinfo: Pourquoi mon bon sens ne suffit-il pas à me protéger en tant que consommateur?

S.S.: Nous attendons des consommateurs qu’ils s’informent. Mais pour cela, il faut que l’information soit disponible.

Que faire, par exemple, avec les 13 pages d’un contrat d’assurance écrit en petits caractères? Même un juriste a de la peine à en venir à bout. D’où la nécessité d’une instance qui examine ce genre de choses dans l’intérêt du consommateur. D’où l’exigence aussi d’une législation adéquate.

swissinfo: Une formation à la consommation est-elle souhaitable dans le cadre des programmes scolaires?

S.S.: C’est une évidence dans d’autres pays européens. En Suisse, nous n’avons rien de la sorte.

J’ai le sentiment qu’ici, on ne souhaite pas que chacun puisse agir sur le marché en consommateur critique, autonome et bien informé.

swissinfo: Lorsque vous comparez la législation helvétique sur la protection des consommateurs avec celle de l’Union européenne, comment se situe la Suisse?

S.S.: Il y a une différence d’attitude fondamentale. Dans l’Union européenne, quand un nouveau produit, ou une nouvelle technologie, apparaît sur le marché, les règles du jeu font en sorte que le consommateur sache de quoi il en retourne. Ce qui permet à la concurrence de jouer.

En Suisse, par contre, la protection des consommateurs est mal-venue. Elle est vue comme un obstacle pour les entreprises, qu’il faut réduire.

Une étude de la SKS montre que la Suisse adopte sans rechigner la législation européenne lorsqu’elle est utile à l’industrie d’exportation. Mais lorsqu’elle sert les intérêts des consommateurs, nous sommes systématiquement à la traîne.

swissinfo: A partir de quand devenons-nous consommateurs?

S.S.: Dès que quelqu’un achète quelque chose à un offreur professionnel. Aujourd’hui s’ajoute à cela le fait que les gens produisent de moins en moins les choses essentielles.

Dans le cas des denrées alimentaires par exemple, on trouve entre l’agriculteur et le consommateur toute une série d’intermédiaires. Cela affaiblit la position des consommateurs et les rend dépendants.

swissinfo: En 40 ans, depuis que la SKS est active, les façons de consommer doivent avoir changé. Quel était l’essentiel de votre activité au départ?

S.S.: Nous avons commencé très tôt avec les tests. La Fondation de protection des consommateurs a été la première à publier le nom des produits testés et l’identité du fabricant.

Au départ, cela a suscité le trouble et de fortes protestations. Certains ont exigé que la publication de ces tests dans les médias soit interdite. La SKS a souvent été menacée de plaintes. Mais personne n’est jamais allé jusqu’au bout.

swissinfo: Et actuellement, quelle est la mission centrale de la SKS?

S.S.: Au cours des dernières décennies, les dépenses en matière de services – banques, assurances, mais aussi loyers – se sont envolées. A l’inverse, les dépenses pour l’alimentation ont massivement chuté.

Pour la SKS, cela signifie que nous nous occupons toujours plus des services. Mais aussi du secteur de la santé et du coût des médicaments.

En ce qui concerne l’alimentation, les méthodes de production et les manipulations génétiques sont sujettes à scandales. Là aussi, la protection des consommateurs demeure importante.

swissinfo: Que conseillez-vous aux consommateurs? Et quel est le but à atteindre sur le plan légal?

S.S.: Les consommateurs doivent se montrer plus critiques. Dans ce pays, nous avons l’habitude de croire que le prix fait la qualité.

Cette approche nous assure les services bancaires les plus chers, les assurances les plus chères, les médicaments les plus chers. Nous payons 30% de plus que pour des produits identiques importés de l’Union européenne. Nos produits ne sont pas meilleurs, seulement plus chers.

Il faut changer ça. C’est mauvais pour l’économie suisse. Et cela nous prive du même coup d’une part de notre pouvoir d’achat. Au final, le consommateur se fait plumer.

Interview swissinfo: Urs Maurer
(Traduction: Pierre-François Besson)

Faits

Simonetta Sommaruga est née le 14 mai 1960.
Formation de pianiste au Conservatoire de Lucerne, puis en Californie et à Rome. Etudes de philologie anglaise et de langues romanes à Fribourg.
Directrice de la SKS entre 1992 et 2000, présidente depuis.
Conseillère nationale (députée) entre 1999 à 2003 et, depuis, conseillère aux Etats (sénateur) du parti socialiste.

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En bref

- La Fondation pour la protection des consommateurs a été crée en 1964.
- L’ascendant des producteurs sur les consommateurs reste important.
- La Suisse dispose d’une loi sur l’information des consommateurs, mais pas sur leur protection.

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