La question du coût des médicaments n'est pas réglée

L'initiative Denner: une mauvaise réponse à une bonne question. Keystone Archive

L'échec de l'initiative Denner «pour des médicaments à un moindre coût» est généralement accueilli avec satisfaction. De tous bords, on reconnaît que le texte a soulevé un vrai problème, mais qu'il proposait de mauvaises solutions.

Ce contenu a été publié le 04 mars 2001 - 21:11

Liliane Maury-Pasquier fait partie de celles et ceux qui ont applaudi après la débâcle. Mais pour la députée socialiste genevoise la question posée par l'initiative - le coût des médicaments - n'en est pas résolue pour autant.

«C'est, dit-elle, bien l'enjeu du débat qui va suivre Il faudra trouver un moyen terme entre une industrie pharmaceutique fortement implantée et les intérêts d'une population qui, par le biais de l'assurance maladie, met beaucoup de sa poche pour payer des médicaments performants mais d'un prix trop élevé en comparaison internationale».

Ce point de vue est partagé notamment par l'Union syndicale suisse (USS). Elle considère que l'initiative Denner proposait une solution erronée et dangereuse à un vrai problème.

De son côté, Lukas Brühwiler, porte-parole de Denner, a déclaré à l'ats que leur initiative «pour des médicaments à moindre prix» a remporté un certain succès. pour expliquer le non, les initiants ont évoqué la campagne massive financée par l'industrie pharmaceutique.

Le comité des socialistes favorable à l'initiative n'est pas surpris par les résultats. La campagne émotionnelle qui a entouré l'initiative, comme son origine, ont joué en sa défaveur, a déclaré Rudolf Strahm, conseiller national (PS/BE).

Mais à son avis, le débat a été ouvert sur la bienveillance du système à l'égard de l'industrie pharmaceutique: «Il s'agit d'un premier pas». Jean-François Steiert n'est pas loin de cette position. Président de l'association pour la santé à un prix abordable, il a soutenu l'initiative «pour avoir un moyen de pression».

Car, souligne Jean-François Steiert, «l'industrie pharmaceutique bloque complètement le dossier depuis plusieurs années et que les prix sont beaucoup plus élevés qu'à l'étranger».

«Pour régler la question du prix des médicaments, il suffirait d'entrer dans l'Union européenne», a lancé Christiane Brunner, la présidente du parti socialiste (PS). Elle a rappelé que le parti socialiste avait laissé la liberté de vote.

Les trois partis bourgeois, qui avaient recommandé de voter non, ont accueilli avec soulagement le non du peuple et des cantons. Les radicaux jugent le vote comme un signe des Suisses en faveur d'une médecine de qualité et d'une assurance maladie solidaire. Le oui signifie aussi, selon le PRD, que la population reconnaît l'importance de la place de la recherche en Suisse.

Le PDC se montre soulagé. «Nous devons déjà faire attention à l'heure actuelle que la médecine à deux vitesses ne devienne pas la norme», a déclaré Adalbert Durrer, président du PDC.

L'UDC marque aussi sa satisfaction. Il reconnaît le problème, mais considère que Denner a manqué sa cible. Même satisfaction chez Interpharma, l'association des entreprises pharmaceutiques de recherche en Suisse (Novartis, Roche, Serono). Ce non est un signe que les Suisses tiennent à la haute qualité des soins et au standard de sécurité élevé.

Enfin, le non permet de conserver les conditions nécessaires à un contrôle efficace du marché des médicaments, a indiqué l'Office intercantonal de contrôle des médicaments (OICM). L'effort de réduction des coûts sera poursuivi par d'autres moyens.

Jugurtha Aït-Ahmed

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