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La Romandie fascinée par «Loft Story»

M6

Les Romands découvrent à leur tour les émissions de «télé-réalité». Alors que les Alémaniques regardent «Big Brother» depuis septembre 2000, sa petite soeur française, «Loft Story», a débarqué jeudi dernier. Produite par la chaîne M6, cette émission alimente de nombreux débats, en France et en Suisse.

Le concept de «Loft Story» est simple: onze jeunes gens, six filles et cinq garçons, sont confinés dans un appartement. Ils sont filmés en permanence par 26 caméras, qui attendent tout particulièrement de voir les couples s'acoquiner. Les meilleurs moments de leur aventure font l'objet d'une émission quotidienne.

Chaque semaine, les téléspectateurs vont éliminer un candidat. Après 70 jours, le couple restant gagne une maison dans le Sud de la France. A condition d'y cohabiter durant six mois, une nouvelle fois sous l'œil des caméras.

Né aux Pays-Bas, ce type d'émission a essaimé dans de nombreux pays. Y compris en Suisse, où la chaîne privée alémanique TV3 a commencé, le 28 janvier dernier, une nouvelle édition du jeu.

Les succès ont été presque aussi nombreux. La version française n'échappe pas à cette règle. Alors que le site Internet de l'émission est pris d'assaut, «Loft Story» a raflé 26% des parts de marché (PDM) jeudi dernier. Ce chiffre est passé à 32% lundi. Le succès se transforme en plébiscite chez les 15-24 ans ( 71%).

Côté suisse, 20% des téléspectateurs romands ont suivi le lancement du jeu, jeudi dernier. Du coup, l'émission se place en deuxième position derrière Temps Présent (40% de PDM), mais devant les autres chaînes françaises. Là aussi, les jeunes ont été plus curieux.

Ces chiffres inquiètent Raymond Vouillamoz. Cité mardi par le quotidien Le Matin, le directeur des programmes de la télévision suisse romande (TSR) admet qu'il sera difficile de concurrencer cette émission sur le long terme. Mais, pour des raisons éthiques, la chaîne romande n'envisage pas de se lancer dans l'aventure.

En France, de nombreuses voix s'élèvent également contre cette dérive vers le voyeurisme et la médiocrité. Et mercredi, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a même appelé la chaîne M6 à la «vigilance» pour éviter «tout dérapage». Il lui a en outre demandé de cesser la promotion de l'émission sur le satellite et Internet.

Côté suisse, le débat fait également rage, aussi bien dans la rue que par médias interposés. Dangereuse, «Loft Story»? Le sexologue Willy Pasini tranche: «Les participants au jeu prennent un risque, mais il est justifié par le gain espéré. En revanche, j'ai plus de doutes sur les téléspectateurs. Le voyeurisme est une perversion, même si elle est légère.»

Et le Genevois de donner une explication à ce phénomène: «Par le passé, le public s'intéressait aux divas. Aujourd'hui, l'individu s'est recentré sur lui-même. Il n'a donc plus de modèle idéal, et veut savoir ce que fait son voisin.»

Reste que cette mode n'est peut être que passagère. Certes, d'autres chaînes françaises vont lancer des émissions de ce type. Mais en Suisse, TV3 ne compte pas rééditer l'expérience une troisième fois. Il faut dire qu'après avoir enregistré de bonnes parts de marché (jusqu'à 16%), «Big Brother» est en recul (10-12%). Le public s'est lassé.

Caroline Zuercher


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